SEfFB : Politique – La quadrature du cercle ? - 8/2022

SEfFB : Politique – La quadrature du cercle ?

Sur les dix-sept membres de la commission de la Formation du Grand Conseil bernois, à peine deux sont francophones. Et les représentant·es du corps enseignant ne sont pas légion. Leur marge de manœuvre est donc forcément limitée.

 

 

Les 160 membres du Grand Conseil bernois ont été élu·es ou réélu·es ce printemps et y siègent depuis le début du mois de juin. Le Parlement compte un nombre important d’agricultrices et d’agriculteurs. Les responsables d’entreprises de taille moyenne, ainsi que les juristes garnissent aussi largement les vétustes bancs du Rathaus. Mais les enseignantes et les enseignants ne sont pas non plus totalement absents de l’hémicycle.

 

Parmi ces députées et députés, une dizaine travaille en effet dans l’enseignement, soit car ils·elles dirigent un établissement scolaire, soit parce qu’ils·elles y enseignent. La plupart sont membres de partis de gauche – essentiellement du Parti socialiste – ou des Verts’libéraux. Mais par rapport à la précédente législature, cette profession a quelque peu perdu en poids politique dans le canton de Berne avec notamment la démission de l’ancien président du Parti socialiste bernois Roland Näf, le départ à la retraite de l’ancien président du Parti libéral-radical bernois Pierre-Yves Grivel, ou encore la non-réélection du socialiste Peter Gasser, qui vient aussi de quitter la coprésidence du Syndicat des Enseignant·es francophones de Formation Berne.

 

Mise en route

 

Dans la partie francophone du canton de Berne, tous les espoirs des membres du corps enseignant reposeront donc en principe ces quatre prochaines années surtout sur les épaules de deux parlementaires : l’écologiste de Tramelan Moussia de Watteville, et le socialiste romand de Bienne Karim Saïd. La première, connue pour s’être spécialisée dans la construction de murs en pierre sèche, a longtemps enseigné les sciences naturelles dans le degré secondaire I. Pour sa part, Karim Saïd dispense des cours de mathématiques dans un établissement neuchâtelois.

 

Moussia de Wattewil et Karim Saïd sont les deux seul·es francophones membres de la commission de la Formation du Grand Conseil bernois. La Tramelote ne débarque pas en terre inconnue, puisqu’elle en était membre suppléante durant la législature précédente. En revanche, pour le socialiste biennois, qui vient d’être élu pour la première fois dans un législatif, c’est un peu un saut dans l’inconnu. « Nos premières séances ont surtout permis à commencer à faire connaissance, à nous initier aux outils parlementaires et à commencer à remplir nos agendas ! », reconnait Karim Saïd.

 

Cette commission, chargée de toutes les questions législatives relevant de l’éducation, de l’école, de l’université, de la formation continue et de la recherche, est composée de dix-sept membres et d’autant de membres suppléant·es. Cinq de ses membres siègent dans les rangs de l’UDC, quatre dans ceux du Parti socialiste, deux au sein du Parti libéral-radical, des Verts’libéraux et des Verts. Enfin, le Centre et le Parti évangélique ont droit chacun à un·e représentant·e. Les rapports de force politiques sont donc assez clairs. D’autant que le président de la commission de la Formation, Andreas Schüpbach, est un élu de l’UDC. Il exerce dans l’Oberland la profession d’agriculteur.

 

Un travail de l'ombre

 

Autre fait statistique : seuls six membres de la commission de la Formation sont ou ont été actifs dans l’enseignement et deux tiers d’entre eux sont issus de régions rurales ou de montagnes.

 

Les décisions prises par cette commission ne font pas souvent la une des quotidiens. Et pour cause : leurs délibérations ont très souvent des portées que l’on peut pudiquement qualifier de « techniques ». Il s’agit bien souvent en effet pour ses membres de lire, de dépiauter et d’analyser en profondeur des rapports sur la gestion des établissements scolaires ou de formation du canton. Un travail de l’ombre indispensable, mais peu médiatisé.

 

C’est ainsi que durant la dernière session de septembre, le Grand Conseil bernois a notamment dû prendre acte des rapports de gestion de l’Université de Berne, de la Haute école spécialisée bernoise ou aussi de la Haute école pédagogique germanophone. Autant de questions importantes, mais qui n’entrainent pas forcément de grands débats. Pour peu que la personne amenée à résumer au plénum s’exprime en français, le risque de parler malgré un grand brouhaha est énorme. Combien de fois n’a-t-on pas entendu par exemple Peter Gasser terminer son intervention par cette formule un brin désabusée : « Je remercie les rares personnes qui m’ont écouté ! » ?

 

Des enjeux qui dépassent la barrière linguistique

 

Car dans le canton de Berne, officiellement bilingue, mais qui doit légiférer sur deux systèmes scolaires différents, les dix-sept parlementaires francophones ont parfois de la peine à faire entendre les spécificités de leur région. Y compris dans le domaine de la formation et de l’éducation. Ce fut notamment le cas de manière spectaculaire sur la suppression des aides pour les camps extrascolaires ou sur la pédagogie curative. Il n’est d’ailleurs pas rare que sur des questions éducatives propres à la minorité francophone du canton, la Députation, organe comptant en son sein les parlementaires francophones du Jura bernois et de Bienne, fasse entendre sa voix et réclame même un vote séparé.

 

Et pourtant, les enjeux ne manqueront pas durant cette législature, qui dépassent la barrière linguistique. Comment par exemple revaloriser cette profession pour pallier le manque cruel d’enseignantes et d’enseignants ? Comment réduire leur travail administratif ? Et surtout comment tisser des liens plus profonds entre parlementaires et corps enseignant ?

 

Il y a quelques années, un directeur de l’Instruction publique bernoise s’était courageusement rendu dans un établissement scolaire francophone du canton de Berne pour annoncer le risque de devoir renoncer, pour des raisons financières, à de nombreuses manifestations extrascolaires. Il avait alors dit à l’auditoire présent : « Si vous voulez éviter de devoir y renoncer, il faudra vendre davantage de tranches de cake lors de la prochaine fête de l’école. » Un enseignant présent lui avait alors répondu : « Si je calcule bien le nombre d’élèves et de parents dans notre école, pour compenser cette économie et faire des sacrifices, il faudrait donc que chacune et chacun achète 49 tranches de cake ! » C’est à cette quadrature du cercle que risquent peut-être d’être confronté·es ces prochaines années les parlementaires du canton de Berne sensibles aux questions de l’éducation et de la formation.

 

Mohamed Hamdaoui

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