VD: La formation continue ... bof ! - 8/2021

VD: La formation continue ... bof !

Jeunes ou vieux, sortis ou non d’une école normale, nos instituteurs ont besoin de faire effort pou r ne pas se laisser gagner par le découragement ou par la routine. Pour les y aider, pour tenir chacun d’eux en haleine, nulle action ne peut être pl us efficace que celles qui compteront formellement au nombre des devoirs auxquels l’instituteur ne pourra se soustraire sans méconnaitre les e xigences de sa profession.

Ainsi s’exprimait déjà Jules Ferry en 1880, indiquant, par-là, la nécessité de se développer profess ionnellement.

 

 

Si les mots ne sont plus tout à fait les mêmes, la formation continue ( ci-après FC ) semble être une pièce motrice de la qualité des systèmes éducatifs, si l’on prend acte des travaux produits par l’organisation internationale du travail, notamment dans une visée économique et sociale durable. Or, que ce soit du point de vue des utilisateurs et utilisatrices, des prestataires de service ou des décideur·euses, la formation continue des enseignantes et enseignants vaudois ne semble pas être une évidence, loin de là. Il faut dire qu’elle n’est pas très valorisée : elle n’a pas d’impact sur le salaire, pas ou peu d’impact sur l’évolution de la carrière et n’est pas vraiment reconnue comme ressource de compétences dans les établissements. Or, si la FC semble être encore une affaire personnelle, depuis quelques années, un léger frémissement, un petit mouvement, tels les battements d’ailes d’un papillon, se fait sentir. Ce bruissement aura-il des répercussions ?

À la HEP, un triptyque complexe

« On est pris entre le marteau, l’enclume et la tenaille », dit une personne responsable de la formation continue à la HEP Vaud. L’enclume, c’est le terrain avec ses représentations, ses conceptions, sa réalité. Le marteau, c’est le politique, le département avec ses attentes pas toujours claires, son management parfois basé sur une utilité à court terme. La tenaille, c’est la recherche, les exigences de la rigueur scientifique des formatrices et formateurs. Notre rôle est de faire tenir le tout, semble dire mon interlocuteur. Pas simple, mais ça marche. Pour 2017-2018, année de référence retenue par le service, 39 % des enseignant·es primaires et secondaires I ont participé à une formation non obligatoire, élaborée par la HEP Vaud. Le taux monte à 45 %, lorsque les formations obligatoires sont décomptées. Jusqu’alors ( 2017 ), ce taux se situait entre 30 et 35 % ( les chiffres proviennent du master of advanced studies en administration publique de Nathalie Czàka-Pillonel, réalisé en 2019 à l’IDHEAP ). Avec la situation sanitaire, beaucoup de formations ont été annulées ou reportées ( les chiffres restent à venir, mais tournent aux environs de 50 % ), ce qui peut signifier que certaines modalités privilégiées à la HEP Vaud s’accommodent mal de la formation à distance.

Si le manque de temps d’échanges, de ressources humaines et financières, ainsi que certaines structures institutionnelles sont des freins au développement de l’offre, il est à relever que cette dernière s’adapte plutôt rapidement aux contextes changeants, que les prestations sont variées et répondent à de multiples besoins. Bien qu’encore marginale, une vision à long terme du développement professionnel prend place à travers des propositions de modalités de formations in situ et collaboratives, type mise en œuvre de communautés d’apprentissage professionnelle ( CAP ) et lesson studies ( LS ) ou encore d’accompagnements au Concept 360°.

Un levier de contrôle ou de professionnalisation ?

Quand on interroge les conseils de direction, ils sont unanimes : « On ne sait rien des formations choisies, suivies par les enseignant·es, si ce n’est que les jours sur temps scolaires leur sont accordés quasi automatiquement. » Le sujet est assez tabou d’ailleurs. En questionnant quelques enseignantes, ces dernières affirment ne pas être au courant d’une éventuelle vision ou politique de leur établissement à l’égard de la formation continue. Elles s’inscrivent ou pas aux formations catalogue qui leur sont proposées, parfois les formations sont imposées sans qu’elles fassent forcément sens. Le chacun·e pour soi est de mise. Lorsque dans un établissement, la direction demande copie de l’attestation remise en fin de formation, ce n’est pas très bien vécu. On le comprend, dans cette conception, la formation continue ne peut pas s’envisager comme une recherche collective d’amélioration des pratiques ni de la qualité des apprentissages et ne contribue donc que peu à la professionnalisation. À quand donc une véritable vision ou politique des établissements à l’égard des compétences professionnelles existantes ou à faire émerger ? Et si nous osions l’état des lieux ? Une cartographie des formations déjà suivies, une mutualisation des compétences, un échange de pratiques ? Et si nous osions une thématique commune à étudier ensemble et collectivement durant une année ou plus ? Et si nous osions faire « sauter les verrous », selon le vœu d’un directeur ?

C’est tendance

• Pour soutenir la mise en œuvre d’une école à visée inclusive, vous pouvez vous rendre sur le site https://seformer.hepl.ch/. Cette page répertorie et met en avant les formations du catalogue qui portent sur la question de la différenciation, la gestion de classe ou le numérique. Si la HEP a fait un réel effort de présentation, malheureusement, dès que l’on clique sur l’une des propositions, on retombe sur le site initial. Ne vous découragez pas cependant, ce n’est que pour quelque temps encore, nous dit-on. Le site est en complète révision.

Outdoor education, un centre de compétences de la HEP Vaud qui se visite à partir du lien suivant : www.lessentiers.ch. Vous trouverez sur ces pages les formations continues et autres évènements qui concernent le sujet.

T’as fait ton choix ?

« Moi je trouve qu’on a une chance folle d’avoir un accès gratuit à la formation continue et sur notre temps de travail », me dit Mélanie, qui enseigne depuis 1990. « Je les fais avec plaisir », poursuit-elle. Unique enseignante dans sa famille, Mélanie insiste. Dans certains corps de métier, les gens doivent payer leurs formations, même obligatoires, et cela coute cher. Ce qui lui plait, c’est d’apprendre, de rencontrer d’autres personnes, de s’ouvrir l’esprit, de partager des expériences. Sortir de sa classe, c’est ressourçant.

Tout comme Mélanie, Nicole feuillète le catalogue, chaque début d’année. Le choix se fait en fonction des centres d’intérêts, les arts visuels ( AVI ), ou de certains besoins spécifiques plus ponctuels : l’accueil d’un·e enfant malade ou à troubles du spectre autistique ( TSA ) génère une demande particulière. Valentine est moins routinière, mais retient une formation qu’elle a suivie qui lui a permis de gérer une situation d’un élève harcelé. Nommée référente dans son établissement, elle se forme par contre au numérique, ce qui la stresse déjà pas mal, dit-elle, ajoutant qu’elle ne sait toujours pas vraiment ce qu’on attend d’elle. Elle se demande si elle devra former ses collègues à l’interne ou si elle doit se considérer comme simple personne ressource dans l’établissement.

On le comprend, le choix d’une formation continue reste une affaire personnelle. Parfois les enseignant·es sont déçu·es. Il faut dire que certaines attentes sont fortes, d’autant plus lorsqu’un remplacement est prévu. « Je prépare le remplacement », dit Nicole, « alors si c’est nul ... ». Sans forcément en faire cas, bonne ou mauvaise, « on se passe le mot », disent les enseignantes. 

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