Vaud: Arrivée des élèves en provenan ce d’Ukraine : la DGEO aux commandes - 4/2022

Vaud: Arrivée des élèves en provenan ce d’Ukraine : la DGEO aux commandes

C’est avec une certaine prudence que Nathalie Jaunin, directrice générale adjointe, répond à mes questions concernant l’accueil des enfants ukrainien·nes dans nos classes. En effet, « tout peut bouger, la situation est très fluctuante ».

 

 

Au 28 mars 2022, 271 élèves ayant fui la guerre ont été inscrit·es dans les établissements de l’école obligatoire ( pour quelque 92’000 scolarisé·es ), respectivement dans soixante-quatre classes du cycle 1, quarante-neuf du cycle 2, vingt-sept du cycle 3, six d’accueil primaire et huit d’accueil secondaire. La région de la Dôle est la plus concernée avec nonante-deux élèves arrivant·es. Une task force rassemblant divers services s’est créée, pour « anticiper au mieux les besoins ». Du côté de la DGEO ( Direction générale de l'enseignement obligatoire ), « il s’agit d’offrir un soutien aux directions, ainsi qu’à toutes et tous les professionnel·les concerné·es. Nous évaluons les besoins en fonction des demandes d’interprètes ou personnel enseignant ».

Concernant l’ouverture éventuelle de classes et le besoin de locaux ? « Nous explorons toutes les pistes, en collaboration avec tous les partenaires concernés », affirme Madame Jaunin. Ouvrira-t-on de nouvelles classes ? La question reste ouverte.

Les projections du Conseil fédéral annoncent l’arrivée d’environ 100’000 personnes, dont 10’000 dans le canton de Vaud, ce qui pourrait conduire à l’enclassement potentiel d’environ 4’500 nouveaux élèves. Il s’agit « de perpétuer notre tradition d’accueil des élèves qui fuient la guerre ». Aujourd’hui, « faire face à l’imprévisibilité et à la simultanéité des besoins sont nos priorités ».

 


 

 

Pendant ce temps … sur le terrain

 

Dans l’établissement de Sophie, le quotidien des élèves de sa classe de 4H est bouleversé dix jours après le déclenchement de la guerre. Un nouvel enfant en provenance d’Ukraine est arrivé. Logé par sa famille, le petit fréquente désormais la classe de son cousin. L’équipe enseignante prévenue vingt-quatre heures auparavant, s’est préparée : « On a écrit les prénoms de la classe en cyrillique, on a réa-
lisé un carnet de dessins à offrir et une fresque d’accueil au tableau noir, on a discuté de comment se comporter », dit Sophie. L’élève débutera du CIF ( cours intensifs de français ) prochainement. « On s’adapte », ajoute-t-elle. Dans cette classe, dès le déclenchement de la guerre, le thème avait été abordé. Les enfants semblaient préoccupé·es. Certain·es d’entre eux, d’entre elles, ont des parents dont l’histoire familiale est similaire. Comment parler de guerre, que comprennent-iels ?

Une étudiante en stage vit, elle aussi, les évènements en direct. « Je n’avais jamais vécu ça », dit-elle en évoquant l’allophonie, mais aussi l’accueil d’élèves fuyant une guerre. Comment se comporter en professionnelle, se demande Mila, qui dit être très touchée par la situation. En préparant l’arrivée des nouveaux élèves, « un enfant de la classe a proposé de dessiner un portrait de Poutin et une explosion. Puis il a rigolé en " checkant " la main d’un camarade ». L’étudiante se demande comment réagir face à ce type de comportements.

Dans l’établissement de Tania, les premièr·es enfants sont arrivé·es dans la semaine du 14 mars. Iels étaient deux. La semaine suivante, iels étaient six de plus. Alors il faut faire face. « C’est souvent ce que nous faisons », dit Tania un peu frustrée. « On improvise » pour faire au mieux.

Plusieurs difficultés sont relatées.

 

Les moyens sont insuffisants et les classes déjà bien pleines

 

« Nous aurions besoin de ressources pédagogiques, de dossiers adaptés à leur âge, pour accueillir des élèves qui ne parlent pas ou peu l’anglais. Jusqu’à aujourd’hui, on a créé de petits dossiers d’occupation, des sudokus, mais qu’en est-il des apprentissages ? » Mon interlocutrice rapporte que les équipes se demandent comment diagnostiquer les connaissances des élèves, comment intégrer les élèves au mieux dans le système scolaire, sachant que certain·es enfants pourraient encore déménager d’ici juin, comment aussi éviter qu’iels décrochent ? Certain·es doivent apprendre notre alphabet. Par ailleurs, d’autres enfants semblent stressé·es, quel soutien émotionnel offrir ? En l’état, l’établissement a déjà réagi. Il a créé un groupe animé par une personne parlant russe. Cette dernière conduira des projets spécifiques avec les élèves qui vont ainsi bénéficier d’un encadrement particulier. À long terme, la question reste ouverte.

 

La communication est difficile

 

Au niveau de la communication interne à l’établissement, certaines informations sont transmises à tous·tes les enseignant·es, mais d’autres se font par bouche-à-oreille, dit Tania. Avec les parents, chacun·e se débrouille comme iel peut, notamment à l’aide de traducteurs numériques trouvés sur la toile.

De la FAQ ( ou foire aux questions ), que l’on trouve sur le site du département, aucune des personnes interrogées au 28 mars ne la connait. Cette dernière n’est toutefois accessible qu’avec une adresse « edu ».

Ces éléments renforcent probablement le sentiment d’improvisation et de frustration que les enseignants et enseignantes dénoncent – même si, dans le fond, comme iels l’affirment, iels s’adaptent. Combien de temps encore, personne ne le sait hélas.

Alors que le monde des adultes s’indigne, craint, dénonce, les enfants eux et elles, que font-iels de la situation ? Dans plusieurs classes où des élèves parlent russe, une solidarité s’instaure. Peu importe pour les enfants, leurs origines, leur provenance russe ou ukrainienne, iels traduisent, expliquent, jouent en russe – parce que c’est leur langue tout simplement. Belle démonstration de la culture de paix que nous pouvons construire ensemble.

 

Quelques outils qui pourraient servir

 

Mes pérégrinations me conduisent sur le chemin des ressources qui pourraient nous être utiles. En voici trois :

1) Sur le site de la RTS, une émission, Comment parler de la guerre aux enfants, accessible via le site du PER ou ici : https://www.rts.ch/decouverte/monde-et-societe/economie-et-politique/la-guerre-expliquee-aux-enfants/

2) À la HEP Vaud, le 31 mai de 17 heures à 19 heures ( à Cours 33 ) : présentation d’un projet, intitulé « Un sac pour passer les frontières ». Quelques questions fil-rouge pourraient intéresser : comment accompagner les élèves qui viennent d’arriver en Romandie dans leur appropriation du français ? Quels contenus disciplinaires aborder en prenant en compte la pluralité des langues ? Pour plus d’informations, suivre ce lien : https://sway.office.com/0lbLlPMfN3HWIQq0?ref=email&loc=play

3) La route à bout de bras : Un récit raconté par une personne migrante qui a été publié aux éditions Migrilude sous forme d’abécédaire. Avec l’abécédaire, il s’agit à la fois d’entrer dans la vie fragmentée de Mamadou tout en reconstruisant le fil de sa vie. 

1 D’après Johan Stavo Debauges, Faculté des sciences sociales et politiques, UNIL.

Sandrine Breithaupt

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