SPG: Qui a peur de la SPG ? - 3/2022

SPG: Qui a peur de la SPG ?

Dans le cadre de l’affaire du foyer de Mancy, la SPG a dû répondre à de graves accusations. Un journaliste du Temps, repris dans d’autres médias, et quelques membres du PLR ont insinué, voire affirmé que la SPG, tout en sachant ce qui se passait, avait privilégié la défense individuelle de ses membres au détriment de la sécurité des jeunes. Je m’emploierai ici à démontrer le caractère inepte et diffamatoire de ces accusations et à illustrer les conséquences néfastes d’un traitement médiatique dans un débat où la parole est captée par la droite depuis plusieurs années.

 

 

Des accusations infondées …

La SPG s’engage sans équivoque pour une école publique de qualité et ne saurait en aucun cas cautionner des actes de maltraitance. Le bien-être et la protection des élèves sont non seulement sa priorité, mais relèvent de la responsabilité des professionnel·les qu’elle représente et à ce titre orientent ses actions et revendications tant dans le débat politique que sur le terrain. Son rôle lors de l’accompagnement individuel en tant qu’association professionnelle et syndicat consiste à s’assurer que les droits du personnel, notamment celui d’être entendu, sont respectés. En aucun cas, la SPG ne peut se substituer à la police ou à la hiérarchie en enquêtant sur ses collègues. Pour l’heure, il est important de relever que des procédures pénales sont en cours et qu’aucun verdict n’a été rendu. Mais tout se passe comme si les personnes mises en cause étaient déjà jugées coupables. Si la SPG avait ralenti l’enquête, tel que l’a affirmé Le Temps, pour le seul motif qu’elle a exigé le respect du cadre règlementaire, il faudrait alors comprendre que nous ne serions plus dans un état de droit. Ainsi, en attaquant l’intégrité des syndicats, l’ambition mussée est évidemment d’inciter à terme les fonctionnaires à renoncer à leur protection syndicale et donc de fragiliser l’ensemble de la fonction publique. De plus, en tant que partenaire social et association professionnelle, l’action de la SPG est plurielle et s’articule à différents niveaux. Dans l’affaire susmentionnée, elle a partagé uniment et rapidement avec les autorités ses inquiétudes quant aux potentielles situations de maltraitance institutionnelles dans un cadre inadapté et ne disposant pas des ressources adéquates pour accueillir des jeunes souffrant de sévères troubles du spectre autistique.

 

Un traitement médiatique partiel et partial

Ainsi, la SPG dénonce fermement le traitement médiatique de cette affaire et l’instrumentalisation des politiques visant à focaliser l’attention sur les responsabilités individuelles, non avérées pour l’heure, et invisibiliser les éléments systémiques ayant pu conduire à cette situation. Elle alerte depuis des années autour d’une école qui ne se donne pas les moyens d’être inclusive. Itérativement, elle dénonce les conditions-cadres insuffisantes, l’augmentation des effectifs de classe, la souffrance du corps enseignant, le manque de soutien des hiérarchies, l’incapacité de l’institution à répondre aux besoins des élèves. Ces craintes sont le plus souvent accueillies avec une condescendance ironique par les journalistes et les politiques.

Par analogie, on pourrait invoquer ici le concept de critique fonctionnelle développé par le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie pour décrire les attaques portées contre un personnel déjà jugé coupable : une critique qui ne questionne pas le système établi, mais au contraire permet de le maintenir. En isolant dans son analyse les actes des individus, la droite se dispense ainsi de penser la nécessaire transformation des structures sociales. La question du manque de postes et du manque de ressources dont souffre l’OMP depuis des années a été éludée très rapidement. Ainsi, cette stratégie de la chasse aux sorcières ne vise qu’à ratifier la politique néolibérale opérant depuis quelques dizaines d’années le démantèlement des services publics. Toutefois, punir ou dénoncer un fait ne revient pas à lutter contre ce fait. Monopoliser ce débat et le circonscrire à la faute individuelle obvie à identifier les motifs rationnels et objectifs qui ont conduit à une telle situation et à empêcher in fine qu’elle ne se reproduise. Faut-il rappeler qu’après deux ans de pandémie, la droite genevoise a une nouvelle fois refusé de voter le budget, alors que l’école souffre encore du refus des postes en 2020, dans un contexte de baisse continue de la fiscalité qui creuse inexorablement la dette ?

 

Une campagne politique et idéologique sans apports scientifiques

Mais comment la SPG s’est-elle retrouvée associée à ce scandale ? Si l’affaire du foyer de Mancy met en lumière les conséquences d’une catastrophe pourtant annoncée, elle illustre surtout que la droite détient tous les leviers de pouvoir : économiques, politiques, médiatiques, financiers et qu’elle en use pour invisibiliser les enjeux réels de ce drame. En effet, à Genève, elle cherche à s’imposer comme un interlocuteur légitime sur les questions qui touchent à l’éducation ou à l’école et parvient très facilement à capter la parole dans l’espace médiatique et politique alors qu’elle n’en a ni les compétences, ni la légitimité objective. Le seul espace qui résiste évidemment encore à son hégémonie est le champ de la production des savoirs et des sciences sociales en particulier. Aujourd’hui, elle produit un discours qui peut faire illusion dans un système politique où la vérité ne revêt pas de caractère contraignant et où les décisions ne sont que trop rarement liées à la justice sociale et aux connaissances scientifiques.

Dans le cadre de la campagne acharnée menée par le PLR contre la conseillère d’État en charge du DIP, la SPG s’est conséquemment vue contrainte à plusieurs reprises d’objecter des faits à leur propagande électorale. Notamment dans le cadre des débats autour de l’école numérique, de CO22 ou de la réforme orthographique, ses membres ont largement déformé les faits et controuvé la vérité. Non pas que les réformes proposées par le département ne soient pas critiquables, mais les discussions sont systématiquement limitées à un niveau moral. Sans avancer le moindre argument scientifique, une fois de plus, le PLR capte la parole soi-disant au nom d’une population vulnérable qui ne l’intéresse plus du tout au moment de voter les budgets. Ainsi, il faut comprendre les attaques portées par le PLR contre la SPG comme une tentative de discréditer l’association qui ne cesse depuis quelques mois de le renvoyer à son illégitimité fondamentale sur les questions scolaires et plus largement dans les espaces de savoirs. La droite en effet, par définition, nie la réalité objective de la mauvaiseté du monde et les rapports de domination qui le structurent pour les maintenir. Son discours s’articule toujours à des fictions et des signifiants vides pour présenter un monde mythologique dont la seule problématique serait le bilan comptable.

 

La vérité comme concept oppositionnel dans un monde mauvais

Selon le philosophe Theodor Adorno, la vérité – dans un monde « mauvais » structuré par des systèmes de pouvoir, de domination et d’exploitation – est un concept transformateur. Nos démocraties capitalistes et néolibérales reposent sur le mensonge de notre discursivité, i.e. une tendance à capturer le réel à partir de notions qui, tout en prétendant les dire, en travestissent la réalité. L’école par exemple ne dit pas qu’elle reproduit les inégalités sociales qu’elle prétend pourtant combattre. Il est donc nécessaire de nommer la vérité, pour amorcer la transformation du monde. En revanche, pour appréhender le principe de formation des discours politiques, nous ne devons pas penser à travers le paradigme de la méconnaissance. La droite n’ignore pas l’impact des coupes budgétaires sur l’ensemble de la population, elle veut au contraire les résultats objectifs qu’elles produisent. Le rapport à l’ordre est en effet médié par l’institution et ses cadres symboliques qui conduisent les individus à occuper la place qui leur est socialement assignée. Ainsi, en nommant la vérité, la SPG s’oppose au projet politique du PLR d’une école méritocratique qui élimine les plus fragiles et notamment les catégories populaires. En ce sens, la vérité devient un concept oppositionnel. Si la SPG n’a pas la prétention d’inspirer de la peur au PLR, il faut croire qu’en s’opposant systématiquement à l’injustice et à ses mensonges, elle l’a suffisamment indisposé pour qu’il ressente le besoin de la discréditer.

 

Et si la parole était rendue aux personnes concernées ?

Ainsi, l’affaire du foyer de Mancy est une formidable opportunité pour le PLR de tenter d’établir un rapport de force dans la course au DIP, de discréditer la SPG et d'invisibiliser la maltraitance institutionnelle d’un système qui occulte les individus. Si ces politiques voulaient entendre la vérité qu’ils prétendent pourtant chercher, il leur suffit de descendre de leur tribune et d’écouter celles et ceux dont ils sont trop occupés à capter la parole. Les professionnel·les et les familles savent exactement ce qu’il faut pour encadrer ces jeunes avec bienveillance. Il suffit de leur donner les ressources et les moyens de le faire bien. 

 

Francesca Marchesini, présidente de la SPG

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