Un projet d’éducation à la nature au Parc Gruyère Pays-d’Enhaut - 10/2021

Un projet d’éducation à la nature  au Parc Gruyère Pays-d’Enhaut

Présentation du Parc Gruyère Pays-d’Enhaut

Entretien avec Bruno Clément, chef de Projet Paysage et éducation, Parc Naturel Régional Gruyère Pays-d’Enhaut

 

 

 

Quel intérêt votre parc porte-t-il à l’éducation et avec quels objectifs ?

L’éducation à l’environnement fait partie des missions de base d’un Parc naturel régional. Le Parc Gruyère Pays-d’Enhaut s’est donc fixé comme objectif de mettre en œuvre chaque année un projet d’éducation à la nature et au développement durable, destiné prioritairement aux écoles primaires situées dans le parc. Il comprend une sortie thématique d’un demi-jour sur le terrain, des pistes pédagogiques à faire en classe et des possibilités d’actions concrètes liées aux projets du parc. Le parc sensibilise aussi un public plus large à son patrimoine, notamment avec son programme annuel « Parc à la carte » qui propose des excursions, des visites, des conférences …

 

Cet intérêt et ces objectifs ont-ils évolué depuis les débuts du parc ? Si oui, de quelle manière ?

Oui, l’intérêt est grandissant. On est passé d’une trentaine de classes lors des débuts ( 2010 ) à plus de soixante actuellement, soit environ 80 % des classes primaires. Une évaluation de l’action pédagogique de notre parc a été faite après dix ans de pratique avec les écoles. Elle montre un degré de satisfaction élevé des enseignant·es qui apprécient les offres éducatives du parc. Une moitié environ s’impliquent également dans les actions concrètes proposées au-delà de l’animation clé en main offerte. Une majorité des enseignant·es a exprimé le souhait d’un appui-conseil pour pratiquer l’enseignement en plein air. Nous avons ainsi pu débuter un projet pilote à Château-d’Œx, en collaboration avec le Centre de compétence en outdoor education de la HEP-VD. Nous souhaitons également ouvrir davantage notre action de sensibilisation aux classes d’écoles extérieures au parc ( excursions, camps verts, écoles à la montagne ), ainsi qu’aux écoles secondaires et post-obligatoires des « villes portes » de notre parc que sont notamment Montreux-Riviera et Bulle.

 

Quels sont les enjeux éducatifs sur lesquels votre parc souhaite intervenir ? De quelle manière ?

Nous souhaitons d’abord renforcer la connaissance des enfants de leur propre territoire en lien avec les problématiques environnementales actuelles. Ainsi nous essayons de faciliter les liens directs entre les enfants, leur environnement et les acteur·rices du territoire. Nous avons également pour objectif de rendre actif·ves les élèves, démontrant ainsi qu’on peut influencer positivement notre environnement.

 

Pouvez-vous nous décrire votre stratégie éducative pour la décennie à venir et nous décrire quelques projets que vous avez qui font le lien avec l’enseignement en extérieur ?

L’évaluation des dix ans de notre action pédagogique ainsi qu’appui d’un coach spécialisé ( Ismaël Zosso, professeur et spécialiste en éducation plein air à la HEP-VD ), nous ont permis de repréciser notre stratégie pour les prochaines années.

Elle vise à permettre à un maximum de classes des cycles I et II ( 1-8H ) de participer à un projet éducatif véritablement ancré dans le territoire du parc et favorisant une approche globale et systémique des problématiques environnementales.

Il s’agit de proposer chaque année aux classes une animation à la découverte des lieux spécifiques appropriés à l’éducation en plein air ( forêt, cours/plan d’eau, village, alpage … ) avec un·e intervenant·e externe. Le contenu de l’animation sera adapté aux souhaits de l’enseignant·e. Ces lieux se situent à proximité de chaque école afin d’encourager les enseignant·es à y retourner par eux·elles-mêmes, constituant ainsi une sorte de prolongement des classes d’école.

En lien avec ces animations offertes, les classes seront davantage encore incitées à apporter leur contribution à des projets concrets en faveur de la biodiversité, du paysage ou du développement durable.

Au terme de leur scolarité primaire, les élèves ayant participé régulièrement au projet éducatif du parc auront ainsi une meilleure compréhension et une relation plus « intime » avec leur milieu proche.

 

Vous voyez passer beaucoup de jeunes dans vos parcs, comment pourriez-vous décrire leur rapport à l’environnement proche ? Qu’est-ce qu’une journée ou un séjour en extérieur, dans votre parc, pourrait leur apporter ?

Il est difficile de généraliser le rapport à l’environnement des jeunes. Que ce soient dans les classes des écoles du parc ou dans les classes extérieures qui viennent en excursion ou en séjour dans le parc, il y a des élèves qui ont un rapport proche à l’environnement naturel et d’autres beaucoup moins habitués au contact direct avec la nature. Cela ne dépend pas uniquement du lieu de vie, mais aussi du cadre familial et social de chaque enfant. La tendance est plutôt d’avoir davantage de différences à ce niveau au sein d’une même classe. Mais chez les plus jeunes en tout cas, la capacité d’émerveillement est heureusement toujours là.

 

Quels sont les liens que vous entretenez avec les écoles et quelles sont les demandes que les écoles vous font ?

Comme déjà évoqué, nous proposons chaque année un projet éducatif à toutes les écoles primaires du parc et un·e enseignant·e de chaque groupement scolaire participe à notre groupe de coordination de ce projet, facilitant ainsi la mise en œuvre dans son école respective. Nous pouvons ainsi prendre en compte les souhaits des enseignant·es du parc, notamment en ce qui concerne l’appui à l’enseignement en plein air ( cf. ci-dessus ).

Quant aux écoles extérieures, elles profitent des animations clé en mains proposées mais que nous adaptons également aux demandes particulières ( thèmes ou lieux ). Nous sommes également en train de renforcer nos relations avec les écoles à la montagne ( des villes de Lausanne, Vevey, Pully … ) situées dans le parc afin de développer de nouvelles synergies.

 

Quelle différence pouvez-vous faire entre animation et enseignement et, surtout, quels ponts ou quelles complémentarités
pouvez-vous voir entre le rôle des enseignant·es et du personnel éducatif du parc ?

Il y a en effet une grande complémentarité d’approche entre une animation proposée par le parc et le rôle d’enseignement qui doit suivre un programme éducatif donné. L’animateur·trice part toujours de ce qu’on appréhende directement à l’extérieur avec nos sens et à partir de cela, il·elle essaye de faire comprendre des phénomènes de l’environnement naturel et/ou liés à l’action humaine. L’enseignant·e est plus contraint·e par son programme, mais peut profiter de ces « expérimentations terrain » pour enrichir et rendre concret le contenu de ses leçons en classes ( plutôt que d’utiliser des fiches ou outils standardisés ). L’enseignant·e peut aussi être stimulé·e à développer lui·elle-même des modules d’enseignement en lien avec environnement extérieur proche.

Plus généralement, à la lumière de votre expérience, quels avantages (et quelles limites) voyez-vous à la pédagogie en extérieur ?
Y a-t-il selon vous des spécificités dans cette pédagogie selon les degrés ou selon les régions où se trouve le parc ( dans votre cas, la montagne ) ?

Dans notre région, l’environnement proche des écoles, qu’il soit naturel, cultivé ou construit offre un énorme potentiel pédagogique pour appuyer le travail d’enseignement. Cela demande cependant de la curiosité pour explorer cet environnement et du temps de préparation. La pédagogie en extérieur est pertinente à tout niveau, même s’il est plus « facile » de la pratiquer avec des petit·es qu’avec des grand·es.

Le milieu préalpin du parc, avec ses paysages traditionnels diversifiés mais en constante évolution, permet idéalement de travailler sur bon nombre de problématiques environnementales actuelles ( biodiversité, climat, cycle de l’eau, énergies renouvelables, alimentation, loisirs … ), mais aussi sur les dimensions culturelles et historiques ( patrimoine construit, traditions vivantes … ). Le climat relativement frais, humide et surtout très variable est cependant un facteur limitant pour les activités pédagogiques en extérieur. Mais chaque saison possède également ses avantages spécifiques au niveau éducatif.

 

L’éducation à la durabilité est un des objectifs stratégiques du Département vaudois de la formation. Dans quelle mesure votre projet éducatif peut y contribuer et/ou y contribue déjà ?

Sans prétention aucune, nous pensons que l’action pédagogique du parc y contribue déjà vu l’approche globale et (éco)systémique de l’éducation à l’environnement adoptée. Cependant, les volets liés aux dimensions sociale et économique de la durabilité pourraient et devraient encore être davantage développés, en lien par exemple aux projets du parc en la matière.

Un exemple réussi à ce niveau a été le projet 2020 sur l’alimentation durable. Les classes de toutes les régions du parc ont collecté près de dix tonnes de pommes afin de confectionner et vendre du jus de pommes du parc. Cela a permis non seulement de valoriser des vergers qui ont un grand intérêt pour la biodiversité, mais aussi de favoriser le travail d’équipe et enfin de récolter quelques fonds pour des activités extrascolaires.

 

Des élèves actifs dans le Parc Jura vaudois

Une tarière dans une main, une clé de détermination dans l’autre, des élèves cherchent à comprendre les relations que l’être humain entretient avec les milieux naturels qui l’entourent. Dans l’animation « Relation homme-nature » proposée par le Parc naturel régional Jura vaudois au cycle 3, les participants découvrent les facteurs biotiques et abiotiques qui influencent une forêt, une lisière, une prairie sèche ou humide. À travers l’observation de la végétation, de la pédofaune et des analyses de sol, suivies de réflexions et d’échanges, les élèves prennent conscience des enjeux climatiques et de biodiversité.

Dans le projet-pilote qui va démarrer au printemps 2022, des élèves du cycle 3 vont être sensibilisés à la problématique des espèces exotiques envahissantes dans un milieu naturel. Ce projet associe une animation pédagogique et un chantier d’arrachage de ces plantes. Les objectifs sont de rendre les élèves conscients des impacts environnementaux, sociaux et économiques de ces dernières et de leur permettre de reconnaitre les principales espèces présentes autour de chez eux. À côté de l’action concrète sur le terrain, de l’arrachage à l’évacuation, les élèves vont participer à des ateliers didactiques et ludiques. Il s’agit d’une approche participative qui permet aux élèves de réfléchir à leurs propres valeurs et à celles d’autrui, de discuter et débattre de questions en lien avec le développement durable.

Tant dans l’animation « Relation homme-nature » que dans le projet-pilote sur les plantes exotiques envahissantes les participants-es sont encadré-es par des professionnels-les qui avivent la curiosité et suscitent l'intérêt pour les enjeux environnementaux et sociaux. 

Animations pédagogiques - Parc Jura vaudois

 

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