VD: Un chemin de l’école plus sûr : qui assume la responsabilité ? - 8/2022

VD: Un chemin de l’école plus sûr :  qui assume la responsabilité ?

« La réponse donnée par les autorités scolaires est souvent celle-ci: les parents. Mais les choses ne sont pas si simples. L’article 19 de la Constitution fédérale stipule que le droit à un enseignement de base suffisant et gratuit est garanti. L’enseignement public relève de la compétence cantonale. Les cantons, respectivement les communes, sont donc tenus de prendre leurs dispositions afin que le chemin de l’école soit raisonnablement sûr – que ce soit par des mesures de constructions, la prise en charge des coûts liés à un transport sûr ou la formation de patrouilleurs scolaires ».

 

 

Orwell, sors de ce canton !

 

Distraitement, sur mon chemin, ce mardi 23 aout, j’écoute la RTS, quand mon attention se porte sur une nouvelle sidérante. Les autorités communales de Bourg-en-Lavaux, Cully, Grandvaud, Villette, le transporteur scolaire ainsi qu’un groupe associatif de parents se sont mis d’accord. Désormais, les soixante enfants de 1-2P inscrit·es sur la commune sont d’office adoubé·es d’une puce insérée dans leur sautoir de sécurité. Cette dernière doit s’enclencher au moment où l’enfant entre dans le bus et se déclencher à sa sortie.

 

Grégoire Dupasquier, garagiste et transporteur scolaire, explique que tout est parti d’une clarification quant aux responsabilités de chacun·e sur chemin de l’école (association des parents, autorités communales et transporteur). La gestion des trajets par le chauffeur qui doit se concentrer sur la sécurité des enfants et de la route, étant considérée comme trop contraignante, ils ont cherché une solution qualifiée de « fiable », ce qui peut se faire « en enlevant le facteur humain », dit-il.

 

Fiona Rossi Cavin, membre du comité de l’association de parents se dit partagée, car la proposition fait partie d’un panel d’outils informatiques parmi d’autres, ce qui ne remplace pas la responsabilité humaine au final. Elle salue toutefois le geste d’amélioration de la sécurité des élèves : « On veut vraiment un filet de sécurité qui soit mis en place » même « s’il y a peu d’incidents », reconnait-elle.

 

Certaines réactions glanées lors d’un micro-trottoir sont sans appel : « c’est de la déresponsabilisation collective », « on les empêche d’apprendre », « pauvre chauffeur ; il est déshumanisé. Il ne sert plus qu’à appuyer sur la pédale ».

 

Le marché de la sécurité en expansion

 

Que ce soit le TCS, le BPA ( Bureau de prévention des accidents ), des actions publiques ou privées, tout le monde s’y met. La pratique de la sécurité n’est pas isolée, avec à la clé un marché qui s’ouvre. À Écublens, le chauffeur valide sur une tablette les entrées et sorties du bus des enfants. Les parents peuvent suivre le trajet de leur enfant, depuis leur téléphone portable. Une start up est sur le coup. « SuisseEnergie pour les Communes » propose un guide pour éviter les « parents-taxis », des labels et subventions en découlent.

 

Quel est l'impact sur les enfants ?

 

La brochure intitulée L’ABC de la sécurité sur le chemin de l’école, éditée par Mobilité piétonne, Zürich©2010, présente quelques paroles d’enfants pour justifier une mobilité piétonne. Dès leur plus jeune âge, les enfants aiment se rendre à pied ( ce qui n’est pas toujours possible dans le canton de Vaud ) et ensemble à l’école.  Les auteur·trices ajoutent : « Le trajet scolaire est donc l’un des espaces de liberté dont a besoin l’enfant : il n’est ni à la maison, ni à l’école. Il échappe au contrôle direct de ses parents et du corps enseignant » ( p. 5 ). Et puis : « Sur le chemin de l’école, les enfants acquièrent des compétences importantes. Ils améliorent leur motricité et gagnent en indépendance. Ils apprennent à bien évaluer certaines situations et prennent confiance en leurs propres capacités de prendre des décisions et d’agir. »

 

On peut ainsi légitimement se demander pourquoi les adultes prennent la décision de pucer les enfants, de les tracer, de les suivre dans les moindres lieux de leur vie.

 

Difficile de répondre en quelques lignes. Giddens, en 1991, évoque l’idée de « société du risque ». Les sociétés sont conduites progressivement à produire collectivement des risques, laissés ensuite à la réflexion individuelle de ses membres qui les gèrent en se projetant dans des scénarios futurs, dans l’idée d’anticiper des possibles, de calculer les risques encourus par certains comportements. Ainsi nait une norme sécuritaire, basée sur la prudence. Par ailleurs, pour le bien commun, il s’agit individuellement de se plier à la norme dominante. Ce qui expliquerait peut-être qu’au 23 aout, seules dix familles ont écrit pour indiquer qu’elles ne souhaitaient pas de puce pour leurs enfants.

 

Dans l’espace public, les places de jeux ... et autres cours de récréation

 

Un récent travail produit par des étudiant·es en sociologie , s’intéressant aux pratiques en plein-air des enfants dans une société du risque, étudie le comportement des enfants sur une place publique de jeu. Les auteur·trices montrent comment les enfants parviennent, malgré des contraintes et restrictions des parents, à faire preuve d’agentivité et négocient avec les différentes normes auxquelles ils·elles font face. « Les enfants se dotent quasi systématiquement d’une gestion collective du risque », disent-ils. « Prenons l’exemple d’Enzo (7 ans), qui découvre un tas de déchets sur la place de jeu, alors qu’aucun parent n’est présent. Il interpelle les autres enfants présents. Et quelques instants après, alors qu’ils organisent un parcours, Enzo annonce : " on doit pas toucher ça, sinon on est éliminé. " La déclaration fait consensus chez les enfants, qui investissent toute la place de jeu sauf à l’endroit où les ordures ont été trouvées. »

 

Parmi les parents interrogés dans le cadre de cette étude, l’effet de groupe n’est pas perçu comme positif. Au contraire, certains parents indiquent que leurs enfants se laissent influencer ( négativement ), qu’ils ne confieraient pas non plus la garde des enfants à un parent présent sur la place de jeu. Certains parents indiquent que les enfants ne voient pas le danger, n’anticipent pas. On le comprend, les observations ethnographiques faite par les étudiant·es ( à caractère exploratoire en l’état ) conduisent à penser que les enfants parviennent, par le regroupement, à gérer collectivement les risques qui se présentent à eux, à elles. On le voit, certains enjeux liés à la position sociale de l’enfance pourraient être requestionnés. 

 

Sandrine Breithaupt

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