Claude Bollier Le métier et son rendre compte: plus qu'une nouvelle mode ?
Le rendre compte dans le métier et l'évaluation du travail pédagogique en général semblent intéresser beaucoup de monde. Les raisons en sont pourtant très diverses. L'École publique se trouve, depuis les années 90, sous une sorte de pression (efficacité s'il vous plaît!), le corps enseignant est placé devant une obligation de légitimation nouvelle (voir Avenir Suisse tout dernièrement) et les sciences de l'éducation discutent d'une (auto)évaluation régulière et systématique du travail pédagogique (sur l'air de : "ce qui devrait être tout à fait naturel").
Pourtant tout enseignant et tout pédagogue, qui travaille d'une manière engagée et responsable, dira avoir toujours pratiqué de l'évaluation, journellement et d'une manière suivie et intuitive, puisque le travail scolaire et éducatif l'exige, ne serait-ce que pour planifier le travail du lendemain, par exemple.
Cette pratique pourtant ne semble plus suffire. Alors que faire, comment faire? Cet atelier veut se pencher sur un certain nombre de questions pour approfondir la notion du rendre compte du métier d'une part et pour discuter des idées pratiques d'autre part. Voici, entre autres, quelques questions à aborder:
1. Rendre compte… à qui ?
Notre profession concerne un certain nombre d'" intéressés ": les enfants, les jeunes, les parents, l'institution publique, le corps enseignant, les autorités locales, le directeur, la profession et la formation de la profession, la science et la politique. Tous ont leurs intérêts, comment les discerner et les respecter ?
2. Rendre compte… sur quoi ?
Le travail pédagogique recours à des pratiques très différentes avec des manières très différentes et personnelles de l'exercer. En plus, la transmission des savoirs et les processus d'apprentissage, doivent être gérés dans le cadre de l'école publique comme institution. Le "quoi?", vous l'aurez remarqué, est un labyrinthe en soi...
3. Rendre compte… comment ?
Il y a un rendre compte envers différentes instances qui doit se faire à différents niveaux: au niveau de la personne de l'enseignant-e, au niveau de l'établissement scolaire et au niveau de la gestion du système scolaire avec des buts et des méthodes différents. Il y a un moment pour toute évaluation et tout rendre compte et les processus d'apprentissage sont lents: Un rendre compte efficace exige une gestion différenciée et appropriée...
4. Le rendre compte… dans quels buts, avec quelle vision ?
Le rendre compte dans le contexte de l'École a plusieurs formes et plusieurs objectifs. Ce peut être un rapport annuel, par exemple, un état des lieux professionnel entre collègues. Mais souvent l'aspect de contrôle y est mélangé, quand le rendre compte est destiné au directeur ou à un inspectorat. Il s'accentue encore quand s'y associent des questions salariales ou de promotion. L'élément qui pourtant intéresse la profession est celui du développement de l'évaluation formative avec but ou étape à envisager. Alors comment s'en sortir?
Dans cette perspective et sur la base de quelques thèses et propositions concrètes, nous tenterons de trouver des solutions au problème : - Question qualité: si le rendre compte est un devoir de l'École et des enseignant-e-s, il doit être de qualité... - Question profession: la gestion différenciée et appropriée du rendre compte demande des heures de travail en plus... - Question réussite: pour réussir, il faut suivre quelques règles du jeu. Et même quand le rendre compte fonctionne bien, il reste menacé de différentes manières... - Question valeur: le rendre compte devrait être plus qu'une mode, un intérêt vivant... |