Faire péter le cadre…

Le thème des Assises, « cadrer pour éduquer » vous interpelle-t-il ou vous semble-t-il au contraire aussi bateau que le sujet de la violence ? Sonne-t-il comme une lapalissade, un lieu commun de plus dans le jargon du monde de l’éducation ? Quoi qu’il en soit, il vaut sûrement la peine d’en débattre ensemble. Rendez-vous le 27 septembre !

Les enseignants et les éducateurs spécialisés savent bien que les élèves dont ils ont la charge ont besoin de cadre. Une nécessité vitale pour se construire et qui se vérifie par le fait que ce cadre est souvent attaqué. En effet, suivant sa pathologie ou ses difficultés, l’élève testera, contestera, parfois avec une rare ténacité, la solidité et la cohérence des règles qui lui sont imposées. Pour lui permettre de grandir, d’entrer dans les apprentissages, de simplement exister, les réponses des adultes à l’enfant ne devront pas être floues ou s’apparenter à des aveux de faiblesse. Ce travail constant de rappel et de redéfinition du cadre, sans abdication aucune, fait partie du métier, représente la condition sine qua non pour que les élèves retirent quelque chose de l’école. Les enseignants ordinaires l’auraient-ils oublié ? Je ne le crois pas. D’abord parce qu’il faudrait être assez naïf ou malhonnête pour considérer le corps enseignant comme une bande composée en majorité de soixante-huitards (attardés) qui s’obstinent à s’interdire d’interdire… Ensuite, et surtout, parce que ce qui est valable pour l’enseignement spécialisé l’est aussi, en partie du moins, pour l’ordinaire. Je veux dire par là que lorsqu’on parle de difficulté d’apprentissage, expression à la limite du pléonasme, chaque élève, à quelques exceptions près, est concerné. Car apprendre n’est pas aisé, demande des efforts et ne va pas de soi. Ainsi, il est normal de résister, de se montrer certaines fois récalcitrant, bref, de remettre en cause celui qui vous contraint à dévoiler vos lacunes pour mieux les combler. Bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame et confondre ce qui relève d’un processus normal d’apprentissage et des relations maître-élèves avec un comportement difficile, « hors-la-loi », d’un élève qui met, lui, l’institution, les autres et soi-même en danger. Toutefois, l’école semble bien en proie à une augmentation de cas d’élèves, toujours plus jeunes, qui déstabilisent le système.

L’autorité en question

« L’école primaire complète l’action éducative des parents » (règlement C1 10.21, art. 1, al. 3) ; voilà qui est clair et ne devrait pas laisser place aux divagations sur la mission de l’école où, selon certains, il faudrait enseigner et non éduquer. Mais cette collaboration avec la famille ne se décrète pas et se renvoyer la balle sur la responsabilité supposée de l’une ou l’autre partie des carences éducatives n’améliorerait pas la situation. L’école ne peut assumer à elle seule l’éducation des élèves mais doit affirmer ce rôle primordial. Pour les élèves, le bon prof est celui qui sait bien expliquer et qui se montre juste envers eux. Un enseignant compétent qui exerce avec autorité sans en abuser, qui se fait respecter et respecte ses élèves et qui a aussi le pouvoir, conféré par la reconnaissance de son autorité, de leur faire comprendre les lois qui régissent notre monde, voire de les leur imposer, de leur expliquer la nécessité de les respecter et l’obligation de sanctionner les écarts. Vaste programme, auquel les profs auraient renoncé !? Assurément non, mais si l’école est décriée, aussi sur ce plan-là, ce n’est ni un hasard ni totalement injustifié. L’autorité est fondée sur trois dimensions principales : la tradition, les valeurs et la menace de la sanction. Trois points qui font étrangement écho aux discours des anti-pédagogues, empreints de nostalgie (la tradition), qui déplorent la perte de repères (les valeurs) et prônent les notes (la sanction). Les détracteurs de l’école ont beau jeu de dénoncer la prétendue « démission » des enseignants en tablant sur la confusion d’aspects et de sentiments différents. L’autorité est d’abord une position éthique qui permet d’exercer le pouvoir, en évitant la dérive violente de l’autoritarisme, et sa fonction est de proscrire, de dire non, de prescrire des valeurs et aussi d’autoriser, de dire oui. Elle reste paradoxale car elle doit gérer le conflit autant qu’elle le génère. Mais il est aussi vrai que l’autorité n’est jamais autant interrogée que quand elle dysfonctionne. C’est apparemment le cas aujourd’hui, alors saisissons l’occasion de ces critiques et essayons de trouver ensemble quelques réponses ! Avant que le cadre ne nous pète entre les doigts…

Olivier Baud
Président SPG

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