Conférence de Serge Boimare
directeur pédagogique du Centre Claude Bernard à Paris

Serge Boimare est directeur pédagogique du Centre Claude Bernard à Paris. Instituteur spécialisé, rééducateur, psychologue-clinicien, il met en pratique, depuis plus de trente ans, une démarche psychopédagogique auprès d'enfants qui ont pour point commun de refuser avec force les apprentissages scolaires. Il est également consultant pour l'Education nationale. Il expose son expérience dans "L'enfant et la peur d'apprendre" (Editions Dunod, 156 p.).

De nombreux formateurs et enseignants connaissent certains articles de Serge Boimare et en ont apprécié la nature depuis déjà de nombreuses années. Il y était question d'enfants ayant "envie de savoir mais peur d'apprendre", d'emprunts à la mythologie pour faciliter leur approche de la chose à lire, bref de dimensions identitaires et symboliques dans les phénomènes d'apprentissage. Depuis sa parution, son ouvrage "L'enfant et la peur d'apprendre" fait référence.

Quelle est la particularité de votre démarche psychopédagogique ?

Je fais l'hypothèse que certains enfants n'accèdent pas au fonctionnement intellectuel parce qu'ils sont encombrés par des craintes, par des sentiments parasites qui sont réactivés par la situation d'apprentissage. Je vais même jusqu'à dire qu'ils finissent par éviter d'apprendre et de penser pour ne plus être confrontés à ces craintes. Avec cette hypothèse, on comprend que le rôle du pédagogue se complique. Il ne peut plus, selon moi, continuer à confronter les enfants avec les savoirs scolaires sans traiter avec ces sentiments parasites qui se réveillent devant l'acte d'apprendre. C'est à lui de trouver, par le biais de la médiation culturelle, un moyen de les représenter, de les atténuer, en greffant de nouvelles images sur ces points de cristallisation de la pensée. Ce passage est obligé avec certains enfants si l'on veut les aider à dépasser ce qui est trop personnel, pour aller vers un savoir plus universel.

Alors, où aller chercher ces représentations qui peuvent être porteuses d'émotions, qui vont permettre de côtoyer les craintes sans pour autant en arriver à l'explosion ?

Je dirais tout simplement dans notre culture. Ce patrimoine culturel que nous avons aussi le devoir de transmettre aux générations qui montent, est plein de ces histoires qui mettent en scène, qui mettent des mots sur toutes ces angoisses, sur toutes ces interrogations vives que certains, et particulièrement ceux qui sont violents, ne peuvent voir qu'à travers le miroir déformant d'un imaginaire pauvre et trop cru, d'un imaginaire qui n'a pas les moyens d'être un support pour une pensée véritable et que nous devons nous efforcer d'enrichir.

Les mythes, les contes, toute une partie  de notre littérature, peut-être aussi notre peinture, notre musique, sont pleins de ces histoires qui ont traversé les âges, qui sont venus traduire, représenter, organiser les inquiétudes, les craintes, de ceux qui nous ont devancés. Quelques fois les images portées par les textes sont très dures, pleines de violence, surtout quand il s'agit des mythes fondateurs de nos civilisations. Nous hésitons à les utiliser, mais il faut savoir qu'elles ne font que proposer une forme, donner une cohérence à des émotions qui de toutes façons seront présentes, qui vont enfin pouvoir être côtoyées sans que cela débouche sur l'explosion.

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