Les lignes directrices votées par le congrès

Précision sur les lignes directrices

Le congrès quadriennal du SER est le lieu où l’on traite des grandes « orientations pédagogiques et syndicales du SER » et où l’on « adopte les lignes directrices de sa politique à moyen et long terme » (art. 25 des statuts). C’est l’Assemblée des délégué-e-s qui reste l’organe suprême du SER (art. 18 des statuts).C’est ce qui explique la forme que prennent les présentes «résolutions ».
Il s’agit de lignes directrices, de thèses qui ne sont pas adressées directement au politique, à l’autorité ou aux partenaires de l’école, mais destinées à orienter l’action du SER et à exprimer les points de convergences des adhérents et de leurs associations cantonales.
Ces lignes directrices s’appuient sur les résolutions adoptées par l’Internationale de l’éducation, notamment celle intitulée « une école de qualité, aujourd’hui et demain», prônant une formation initiale et continue des enseignants leur permettant de relever les multiples défis professionnels de l’enseignement dans un contexte mondial.
Le congrès triennal mondial de l’IE a eu lieu en juillet et Horst Köhler, le Président fédéral allemand, y a qualifié les enseignants de « héros du quotidien », auxquels les sociétés confient leur bien le plus précieux, leurs enfants.
Le thème choisi pour ce Congrès était « Educateurs – S’unir pour une éducation de qualité et une justice sociale » et les délégués ont renouvelé leur engagement à atteindre l’« Education Pour Tous », publique et de qualité, d’ici 2015.

 

Pour les enseignantes et les enseignants, une formation de haut niveau

Dès les années 70 (congrès de 1970, 1974 et 1978) la SPR puis le SER ont commencé à revendiquer un niveau de formation élevé, identique à toutes les enseignantes et les enseignants dès les premiers degrés de la scolarité.

La création des HEP a été un premier pas important dont le processus n’est pas achevé, mais le lancement du processus de Bologne en 1999 et l’évolution des tendances de la formation initiale des enseignantes et des enseignants dans les autres pays n’a fait que renforcer le SER et ses associations cantonales dans leur revendication, malgré les positions dépourvues d’ambition prises par la CDIP et ses conférences régionales.

Tous les enseignants doivent bénéficier d’une formation qui les conduise à mettre en place des situations d’enseignement et d’apprentissage diverses et adaptées, pour permettre à chaque élève d’atteindre les objectifs du plan d’étude, à répondre aux défis de la migration, à intégrer des éléments de sociologie, à être attentifs à la recherche dans leurs domaines de compétence - notamment en sciences de l’éducation -, à renforcer leur esprit critique, à s’engager socialement de manière plus active et à conquérir une nouvelle autonomie professionnelle.

Il est indispensable que la formation initiale des enseignants soit une formation professionnelle de haut niveau qui repose sur une formation universitaire adéquate.

Il est permis de penser, si l’on se place à un point de vue psychologique et même épistémologique plus qu’à celui du sens commun administratif, que plus l’écolier est jeune, et plus l’enseignement est difficile ainsi que gros de conséquences pour l’avenir.

J. Piaget, Psychologie et pédagogie, pp. 186-187

 

 

 

Le SER réaffirme que le niveau de la formation initiale des enseignantes et des enseignants dès les premiers degrés de l’école doit se situer au moins à hauteur d’un master professionnel précédé d’un bachelor académique.

 

1.    Pas de tourisme scolaire (sejb)

L’école doit contribuer à la réduction des inégalités et à l’intégration de tous. Elle est aujourd’hui confrontée à de nouvelles problématiques, notamment le recul de la mixité sociale, la gestion de l’hétérogénéité grandissante des élèves, les phénomènes de violence, l’augmentation des aspirations individuelles ou (et) identitaires.

Dans ce contexte, c’est un leurre de laisser croire aux familles qu’elles pourraient choisir l’école de leurs enfants.

Le SER s’oppose à tout tourisme scolaire, à tout « bon éducatif », tout ranking des bâtiments scolaires, qui conduiraient à la concentration d’élèves issus des mêmes classes sociales, ou au regroupement communautaire.

 

2.    Des moyens adéquats (saen)

L’école doit donner, à chaque jeune, puis à chaque adulte, l’éducation, la formation et la qualification nécessaires qui contribueront à faire de lui un homme libre, autonome et un citoyen à part entière.

L’école doit être son propre recours et se doter des dispositifs nécessaires et efficaces pour soutenir les élèves qui en ont besoin et proposer ainsi une alternative de qualité au développement de l’offre des cours particuliers payants et à toute forme commerciale d’enseignement.

Le SER revendique que les moyens adéquats soient attribués à l’enseignement public pour un travail différencié efficace et l’aide nécessaire à la réussite de tous les élèves.

 

3.    Le développement de l’individu (amcoff)

L’école, pour former l’être humain, le citoyen, le travailleur, doit d’abord transmettre le sens de l’intérêt général et les valeurs qui fondent notre société démocratique.

Elle doit aussi préparer chacun à acquérir les connaissances et les compétences qui lui permettront, tout au long de la vie, de s’adapter, de participer aux changements sociaux ou de les anticiper.

L’école doit aider chaque jeune citoyen à préparer sa vie professionnelle. Elle doit lui apporter les outils nécessaires à la sécurisation de ses futurs parcours professionnels. Elle doit l’aider à développer son esprit critique et toutes les facettes de sa personnalité tout en exerçant la solidarité.

Le SER soutient les objectifs de développement de l’individu affirmés dans les déclarations de la CIIP (1999 et 2003) et ceux qui sont contenus dans les plans d’étude dans le domaine « formation générale ».

Il exige leur respect et les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

 

4.    En finir avec l’échec scolaire (aveco)

Conduire chacun au plus haut niveau possible de formation constitue une exigence citoyenne, sociale et économique. Garantir l’accès de tous à une qualification suppose de faire réussir tous les jeunes et adultes, particulièrement ceux dont les chances sont réduites pour des raisons socioculturelles. L’école doit donc contribuer à réduire les inégalités et tout mettre en œuvre pour ne pas en créer de nouvelles. Souffrance pour l’enfant, l’échec scolaire est trop souvent un facteur menant à l’exclusion sociale.

Le SER doit appeler tous les responsables administratifs et politiques à débarrasser l’école de tous les mécanismes de sélection et d’exclusion qui sont de nature à favoriser ou laisser perdurer l’échec scolaire.

Il se battra pour faire abolir ou modifier toute loi qui va dans ce sens.

 

5.    Aide et prévention (spff)

Chaque élève doit pouvoir bénéficier, dès son entrée à l’école, de dépistage des troubles de la santé, du langage ou du handicap, puis d’un suivi médical adapté.

Le SER doit exiger que tous les élèves qui ont besoin d’une aide extérieure à l’école d’ordre psychologique, orthophonique… puissent y avoir accès dans un délai raisonnable et gratuitement.

 

6.    L’action pédagogique (spv)

L’enseignant doit rechercher l’adhésion de l’élève. Sa motivation est un moteur fondamental des apprentissages. Sa motivation doit entraîner celle de l’élève.

L’enseignant doit l’aider à trouver du sens à sa formation et à ses études, valoriser ses réussites, faire découvrir ou redécouvrir le plaisir d’apprendre, placer les élèves, seuls ou en groupes, en situation active, pratique, d’expérimentation, de production concrète, de résolution de problème, diversifier les situations d’apprentissage, permettant au jeune ou à l’adulte de construire ses savoirs et savoir-faire, savoir-être.

Le renforcement de la qualité de l’offre éducative passe forcément par une dynamique collective autour de projets. Les écoles et les établissements doivent disposer de marges d’autonomie et des moyens correspondants pour atteindre les objectifs généraux, en tenant compte des réalités locales. Le travail en équipe, véritable levier d’amélioration des pratiques pédagogiques, mérite d’être organisé efficacement. Il devient une nécessité de plus en plus grande pour les enseignants et tous les personnels. Il évite la solitude pédagogique et donne tout son sens à notre communauté de métier.

Le SER invite tous ses adhérents à mettre en œuvre leur « génie ordinaire » et leurs compétences pédagogiques, il les engage à faire vivre et grandir celles-ci notamment au travers du travail en équipe et de la formation continue. Le SER se bat pour qu’une réelle marge de manœuvre soit donnée aux établissements en les dotant prioritairement d’un véritable leadership coopératif et responsable, et en leur accordant ensuite les moyens de leurs ambitions. Le travail en équipe doit faire partie intégrante du mandat de l’enseignant, et donc du temps doit être mis à sa disposition. Les instructions réglementaires, les complications de procédure, ou la mentalité des cadres ne doivent plus lui faire obstacle.

 

7.    Mettre à profit l’hétérogénéité (spg)

La classe hétérogène doit constituer la situation normale, sous certaines conditions permettant la prise en charge des différences et difficultés.

Des effectifs raisonnables facilitent l’engagement de chacun dans les situations d’apprentissage. Ils permettent aussi de repérer les difficultés passagères et de tenter d’y remédier rapidement. L’hétérogénéité doit être gérée en visant les mêmes objectifs pour tous.

Chaque élève, de l’école enfantine au lycée, doit recevoir les aides nécessaires pour surmonter ses difficultés. Ses besoins pédagogiques, psychologiques, médicaux ou sociaux ne sont pas définis par référence à un niveau supposé, mais s’appuient sur les résultats d’observations.

Le SER encourage ses adhérents à exploiter l’hétérogénéité plutôt qu’à l’éviter.

Il doit exiger des départements des effectifs de classe raisonnables, des ressources suffisantes et une politique active de reconnaissance et de soutien pour les enseignant-e-s. Le SER réitère sa conviction que seule une école obligatoire sans filières permettra à chaque élève de réussir à développer son meilleur potentiel et d’accéder à un niveau de connaissances et de compétences indispensable.

 

8.    L’évaluation au service de l’école (sej)

L’évaluation doit être un outil au service des apprentissages et non un outil de sélection des élèves, des enseignants ou des établissements.

L’évaluation-notation traditionnelle présente de redoutables inconvénients, à la fois sur le plan de la régulation des apprentissages et sur le plan de l’orientation.

Les évaluations internationales et nationales constituent pour les enseignants des outils utiles d’information.

Le SER estime que l’évaluation du travail des élèves doit être débarrassée de ses effets pervers et n’être en aucun cas considérée comme un enjeu vital ni comme une fin en soi.

C’est sur le choix du type d’école que la société dois se prononcer. La forme de l’évaluation doit en découler plutôt que le conditionner.

 

9.    Plus de profs que de classes (spval)

Dans le temps scolaire, toutes les tâches d’accompagnement pédagogique font partie des missions normales des enseignants. Elles doivent donc faire l’objet d’une préparation dans leur formation et être intégrées dans leur mandat. Cela suppose des recrutements de personnels plus importants.

Le SER revendique la présence dans l’école ou dans le regroupement pédagogique, d’enseignants en nombre plus important que celui des classes pour réaliser une diminution de leur temps de présence face aux élèves, et ainsi autoriser un travail en équipe plus performant, des possibilités d’intervision, de soutien scolaire et de différenciation efficace.

 

10.  Des parents partie prenante (aveco)

La vie d’un établissement, avec ses droits et ses devoirs, favorise l’apprentissage pratique de l’autonomie et la prise d’initiative et de responsabilité. Les élèves y découvrent et y expérimentent le sens et le respect des règles de vie collective et de la démocratie.

Les établissements scolaires sont des lieux de savoir et d’apprentissage de la vie mais ils ne sont pas les seuls. Cela implique l’ouverture maîtrisée de l’école sur la société et particulièrement sur les familles. L’éducation du jeune et la construction de sa formation appellent à une complémentarité renforcée entre les équipes éducatives et les parents d’élèves, respectueuse de la spécificité et des responsabilités de chacun.

Le SER travaille à ce que la CIIP définisse une politique coordonnée et ambitieuse d’interaction de l’école avec la société, au travers notamment de conseils d’établissement efficaces, et que, dans cette attente, les départements favorisent tous les dispositifs d’ouverture de l’école et de dialogue avec les parents.

 

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