| Mon invitation en tant que représentant d’un mouvement pédagogique dans le cadre d’un congrès syndical marque nettement votre volonté d’indiquer que le syndicalisme enseignant ne peut demeurer hermétique à la Pédagogie. Plus encore, si j’en crois le sommaire de votre journée, elle en est partie intégrante puisque vous l’avez intitulée : Merci la pédagogie…
Mieux encore vous déclarez : c’est le génie ordinaire des enseignantes et des enseignants qui fait la valeur de l’école. Sachez que je partage pleinement cette idée et qu’au sein de notre mouvement (le CRAP- Cahiers Pédagogiques) nous nous attachons à défendre cette approche pragmatique, à la nuance près que le quotidien est parfois enfermant et le pragmatisme parfois limitatif. (…)
En France, on a souvent l’habitude de mettre à l’index tout ce qui se termine en « ISME » : communisme, socialisme, syndicalisme…; on entend souvent par facilité nos détracteurs affubler nos idées sur l’école de « Pédagogisme » ; nos pratiques de « laxisme »…pour mettre en avant la neutralité philosophique et pédagogique du « libéralisme » ou de «l’égalitarisme ».
Ce qui m’inquiète le plus dans tous ces « ismes » ce sont les « sectarismes », ce qui m’attire davantage ce sont les « militantismes » porteurs d’avancées sur les transformations de l’école et de la société, construits sur fond « d’humanisme ». Car « les anti-tout » notamment les antipédagogues sont un danger pour la démocratie comme nous le rappelle Philippe Meirieu.
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A l’école, nous défendons l’idée d’une culture commune pour tous. Mais pour l’acquérir réellement, nous pensons qu’il est tout aussi fondamental et nécessaire que les pratiques pédagogiques et éducatives évoluent, que les examens et les formations soient transformés pour permettre la réussite et l’insertion des jeunes dans notre société. Car, pouvons-nous aujourd’hui, continuer à éduquer et à enseigner sans prendre en compte les nouvelles évolutions de société et sans interroger les transformations professionnelles de nos métiers ? Souvent les discours des politiques justifient l’intérêt d’une mixité sociale sur le plan éducatif ou scolaire, mais ils s’opposent sur les moyens d’y parvenir. Ils sont peu à proposer sa véritable prise en compte et beaucoup dissimulent leur réponse lorsqu’on les questionne sur le sujet difficile de « l’égalité des chances ».
Le statut des professionnels de l’enseignement acquis à une époque peut-il demeurer « figé » ou « sourd » face aux changements et difficultés du métier actuel, en ne prétextant que la crainte d’y perdre des « avantages » ?
Pourtant, cette crainte peut être légitime. En effet, reconnaître les besoins particuliers des enseignants pour travailler dans certaines conditions, ce n’est pas en faire un corps privilégié c’est simplement leur demander de concevoir leur rôle dans le cadre d’une éthique professionnelle : celle de l’éducabilité de tous.
La dimension quantitative du statut est indissociable de la qualité d’exercice du métier. Que voulons-nous faire de différent, d’autrement pour répondre à nos missions. C’est peut être en cela que les pédagogues, c'est-à-dire les professionnels de l’apprentissage, de l’enseignement et de l’éducation que nous sommes, ne sont pas de dangereux idéologues mais des citoyens responsables de l’avenir des jeunes qu’on nous a confiés.
Sans aucun doute, nous devons résister aux appels nostalgiques d’un retour aux pédagogies traditionnelles ou conservatrices qui prônent l’efficacité de certaines méthodes au détriment des autres ; mais nous devons aussi résister aux sirènes pédagogiques qui cherchent à appliquer des modèles didactiques a priori opérationnels. Résistons également aux alibis de l’immobilisme, aux corporatismes en tout genre, aux lobbyings disciplinaires, aux filières sélectives déguisées ou avouées, aux emplois du temps consensuels et cloisonnés, en un mot Résistons au repli de l’école sur elle-même.
Vouloir changer l’école, c’est notre action pédagogique pour changer la société ; mais changer l’école hors de l’action politique c’est sans doute ne pas vouloir changer la société ! La pédagogie est affaire de politique puisqu’elle véhicule des valeurs éducatives comme la Solidarité, la Tolérance, l’Autonomie, la Responsabilité et l’Eco-citoyenneté, d’ailleurs reconnues institutionnellement.
Par contre, la pédagogie ne peut pas s’enfermer dans des hégémonies de pensée au risque de discréditer l’ensemble d’une profession.
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J’ai lu dernièrement dans un quotidien français la présentation d’un établissement scolaire finlandais, qui, comme le mien, est intégré dans le parc paysagé de la commune, avec des espaces verts qui l’entourent comme seule délimitation : un collège ouvert dans lequel est implantée la salle de spectacle de la municipalité et sans barrière comme le disent nos élèves. Donc un lieu fréquenté par les adultes et les jeunes en dehors des temps scolaires. Jusque là on peut imiter ! Mais plus loin dans l’article qui relate comment la Finlande a réduit l’échec scolaire, je découvre que les enseignants gardent les mêmes élèves plusieurs années ; qu’ils aident les élèves en difficulté ; que la journée d’école se termine à 15 heures ; que la pire des notes c’est 5/10 pour ne pas décourager les plus faibles…que le redoublement est d’ailleurs quasiment nul, que le nombre de bacheliers est plus élevé qu’en France, que le nombre d’heures de cours est moins important, que la réduction des effectifs par classe n’est pas leur priorité puisque le nombre avoisine les 28 élèves ! Mais comme l’enseignant les connaît bien ce n’est pas un problème, au contraire il peut davantage cibler chaque situation individuelle. Et l’article conclut… que leur budget éducatif est quasiment identique à celui de la France !?
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L’intérêt que nous voyons à élaborer « un socle commun » de connaissances et de compétences à acquérir implique que la nation, en liaison étroite avec le monde enseignant, définisse ce qu’elle attend des élèves à la fin de la scolarité obligatoire. Aujourd’hui, il est aussi essentiel de savoir s’exprimer à l’oral, d’utiliser les nouvelles technologies, de décoder les images, de connaître les risques pour l’environnement…C’est à travers le travail de ces compétences que les activités scolaires peuvent prendre davantage de sens.
Cela implique une évolution des pratiques, encouragée par des dispositifs comme les IDD, l’heure de vie de classe, la pédagogie de projet… Tout élève doit avoir rencontré un aspect du monde et de la formation professionnelle. La connaissance des métiers doit concerner tous les élèves dès le primaire ainsi que la connaissance des outils et des machines d’aujourd’hui. Le brevet doit être transformé dans ce sens pour évaluer des compétences disciplinaires, mais aussi des compétences transversales. C’est pourquoi les programmes doivent aller dans le sens de la mise en oeuvre de compétences, qui permettent d’établir des ponts disciplinaires. Au lycée comme au collège il faut redonner plus d’importance à des dispositifs qui permettent aux enseignants de travailler collectivement (TPE, PPCP, IDD) et aux élèves de s’impliquer dans des projets plus globaux. A l’école primaire comme au collège, il faut développer des alternatives au redoublement en réactivant la politique des cycles, en mettant en place des formes souples de regroupements temporaires ou en proposant des approches pédagogies différenciées.
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Pour créer un climat propice aux apprentissages dans les établissements scolaires, et pour instaurer une autorité légitime, il faut développer tous les moyens qui ont été expérimentés et qui ont fait leur preuve : travail en équipe, structures de médiation, instances de concertation et de démocratie.
Nous réaffirmons l’importance de la formation professionnelle des enseignants. Nous soutenons les projets et les dispositifs de formation qui s’ancrent sur la professionnalisation des enseignants à travers notamment le mémoire professionnel, les analyses de pratiques, les pratiques de terrain…Nous souhaitons une articulation renforcée entre formation initiale et continue.
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Enfin, il convient de maintenir et renforcer l’aide publique apportée aux mouvements d’éducation populaire et aux mouvements pédagogiques pour qu’ils agissent complémentairement à l’école afin de promouvoir l’innovation pédagogique et éducative.
Si « toute éducation réussie est une éducation inachevée » comme le précise O.Reboul, alors, la formation doit proposer des conditions et des dispositifs qui permettent les trans- formations individuelle et collective, dans le cadre des valeurs démocratiques de la société.
Finaliser une formation à l’innovation doit autoriser le « formé » à une transformation, à un « passage », où l’implication, l’engagement, l’initiative, la recherche et l’expérimentation s’intègrent à l’action.
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Alors, innover, oui mais dans quel sens ? La question de la responsabilité de l’enseignant est ici repositionnée dans le cadre collectif de son intervention : à savoir l’établissement scolaire. Autrement dit, sous couvert de liberté pédagogique l’enseignant peut-il faire ce qu’il veut ? Ma réponse est NON ! Pouvons –nous le forcer à travailler autrement ? Ma réponse est NON ! Parce qu’il est un fonctionnaire du service public d’éducation il est éthiquement impliqué. Parce qu’il est au service de chaque élève, il est professionnellement engagé. Traditionnellement le directeur d’un établissement scolaire est souvent « placardé » au rang de la seule Administration avec un grand A. Aujourd’hui, il en est pas moins le responsable des orientations pédagogiques. Il pilote mais pour aller où ? Dans le sens des intérêts particuliers des familles ou dans celui d’une communauté éducative ? La question de la direction est donc aussi éthique, car l’essentiel est de réussir à entraîner les enseignants dans l’aventure collective. Si l’efficacité des enseignants existe parfois, on est dans l’incapacité de pouvoir la définir. La réussite semble plus une affaire éthique que technique. La capacité à convaincre, à faire converger les pratiques, à piloter, passe d’abord par le partage des valeurs. S’engager dans le pilotage pédagogique c’est conduire des actions qui apportent un plus à la réussite de élèves et un mieux au travail des enseignants. Chacun y est gagnant. Ce travail de collaboration est essentiel au bien être de tous pour en assumer d’autant mieux les charges de travail qui leur incombent.
L’impact professionnel du chef d’établissement suppose de ne pas simplement se contenter de reproduire des modalités déjà connues ou de s’en remettre à sa seule inspiration, cela engage à une prise de risque. Il s’agit ici de construire avec d’autres des dispositifs qui permettront tout autant d’interroger leur pertinence que de s’interroger. Même si la culture de l’individualisme professionnel est dominant, il demeure souhaitable de se situer résolument du côté d’une culture de coopération. Ce qui semble fondamental, c’est de se positionner dans le cadre d’enjeux institutionnels en s’engageant dans des formes de travail contractées ; en se risquant à expérimenter des approches nouvelles ; en se contraignant à des retours sur les pratiques pour évaluer et rendre compte. Ainsi, le projet d’établissement ne peut pas être la solution en soi s’il n’émane que du chef d’établissement ou d’un groupe restreint et s’il n’est rédigé que pour avoir la paix ou répondre à la seule demande institutionnelle. Pour qu’il ouvre vers des perspectives évolutives il doit être conçu et négocié dans une interactivité professionnalisante.
On peut imaginer par différentes modalités que chacun des acteurs soit en mesure d’entrer dans la logique : apports par des formations de proximité, ateliers méthodologiques, informations et échanges avec les familles, élaboration du projet personnel de l’élève ou encore échanges de pratiques entre les enseignants…Bref, mettre l’accent sur la coopération professionnelle pour perdre ce rapport au pouvoir qui génère le conflit d’intérêt et bloque l’action collective en recherchant par la mise en commun l’explicitation des pratiques.
Il est nécessaire de débouter la peur de « l’étrange » par une information sur les tenants et les aboutissants d’une structure pédagogique qui cherche à valoriser des jeunes déçus d’un travail trop scolaire. Communiquer et échanger sur le sens des démarches entreprises par les collègues du secteur professionnel, mettre en valeur les élèves en mutualisant les productions et en exposant sur les parcours spécifiques, garantir aux familles la qualité du service public d’éducation en présentant des dispositifs qui s’inscrivent dans une démarche contractée autour d’un cadre juridique (convention) et négociée dans ses dimensions protectrice (prise en charge), évaluative (suivi) et prospective (orientation). Eclairer ce que piloter un établissement signifie, c’est sans doute vouloir donner du sens à la direction. C’est concevoir, conduire, choisir, expliquer, négocier, adapter, garantir, informer, communiquer…pour agir au service d’une valorisation personnelle de l’élève et d’une motivation pour le goût culturel. C’est aussi dynamiser les relations humaines, garantir les implications pédagogiques et contrôler leurs effets pour tendre vers un but commun et collectif, utile à la société de demain. Merci le Syndicalisme !
Christian FRIN, Président du CRAP- Cahiers Pédagogiques |