Prise de position SER sur l'apprentissage des langues

REUSSIR L’APPRENTISSAGE DES LANGUES
Consultation de la CDIP


Fidèle
à la déclaration d’intention de son 39ème Congrès par laquelle il affirme son très fort attachement à la défense et à la promotion de la qualité de l’école publique – juin 1999,

au message adressé à la CDIP suisse, figurant dans «l’Appel à une politique coordonnée » de l’apprentissage des langues, daté du 30 octobre 2000 et co-signé par l’Association professionnelle des enseignant-e-s de Suisse Alémanique (LCH),

au contenu de sa prise de position sur l’enseignement des langues à l’école obligatoire  remis à la CDIP le 30 octobre 2000.

S’appuyant
sur la déclaration du Comité Syndical Européen de l’Education –CSEE- et de l’Association Européenne des Parents d’Elèves (EPA),

le SER donne son avis sur le concept d’apprentissage

des langues à l’école obligatoire.

INTRODUCTION
Le titre de la recommandation émise par la CDIP mentionne le terme « ENSEIGNEMENT » des langues. Terme peu approprié pour définir une approche nouvelle de l’acquisition de compétences de communication. Le SER propose de modifier « enseignement » par « APPRENTISSAGE » des langues au niveau de la scolarité obligatoire.
Le SER réaffirme son appui à la réorientation qui est donnée à « l’apprentissage » des langues en fonction de l’évolution de la société. Toutefois, il ne peut s’empêcher d’avoir des doutes sur quelques points précis quant à l’application du concept.
La principale préoccupation du syndicat des enseignantes et des enseignants romands réside dans la phase de mise en œuvre. Les recommandations suisses demeurent des « intentions » de coordination que les cantons ne sont pas tous prêts à concrétiser d’une manière cohérente et respectueuse des exigences pédagogiques. Comment ne pas citer ici l’exemple d’un canton qui, pour mettre en place le nouveau concept d’apprentissage des langues, n’a pas hésité à rallonger de trois périodes de quarante-cinq minutes l’horaire hebdomadaire des élèves de troisième primaire et à renforcer le système sélectif par l’instauration d’une note ? Et tout ceci en parfait accord avec les recommandations de la CDIP qui n’empêcheront pas les dérives les plus absurdes, les plus contre-productives.

L’expression de ces craintes ne signifie cependant point de la part du SER un blocage de l’évolution du concept d’apprentissage des langues. L’association romande des enseignantes et des enseignants souligne l’importance de considérer les langues comme des outils de communication.

La concertation et la négociation avec les associations professionnelles d’enseignantes et d’enseignants sont indispensables pour mener à bien le projet d’intégration du nouveau concept des langues.

Le texte qui suit précise les considérants, les attentes, les inquiétudes, les doutes, les remises en question, les espoirs de l’association professionnelle de Romandie.

UN BESOIN EVIDENT
La libre circulation d’idées et de personnes sont des droits qui requièrent de meilleures connaissances des langues. Le développement de l’enseignement et de l’apprentissage des langues vivantes est inhérent à l’éducation tout au long de la vie.

Promouvoir des langues étrangères représente pour les jeunes un élément important de leur éducation et formation professionnelle ainsi que de leur transition de l’école à la vie active. L’aptitude à la communication est aujourd’hui une exigence importante sur le marché du travail.

Dans cet esprit, le SER souligne l’importance d’accorder A CHAQUE ELEVE

· le droit d’apprendre la langue locale d’enseignement,

· le droit de développer des aptitudes de communication (parler, écouter, lire, écrire) dans cette langue afin d’être capable de se former, puis, comme adulte, de travailler et de participer à la vie culturelle, sociale et politique.


Dans le contexte Suisse romand, l’apprentissage du français doit impérativement demeurer prioritaire et faire l’objet d’une attention particulière.

DU POINT DE VUE CULTUREL
Face à l’explosion des nouvelles technologies et des moyens de communication, on constate un besoin croissant de connaissances de langues dans la société, non seulement en vue d’une valorisation personnelle ou à des fins professionnelles, mais aussi dans le but de contribuer à l’ouverture entre cultures et individus.

Un dialogue culturel et une compréhension mutuelle sont des éléments fondamentaux pour une citoyenneté démocratique.

Chacun doit apprendre à respecter les autres cultures et posséder des connaissances élémentaires sur différentes cultures. Il est également important d’apprendre à apprécier les diversités d’une société multiculturelle.

Dans cet esprit, le SER souligne l’importance d’accorder A CHAQUE ELEVE

le droit d’apprendre (de ne pas abandonner) sa langue maternelle, y compris quand cette langue maternelle n’est pas la langue locale d’enseignement.


Le choix sur l’apprentissage de deux langues étrangères pour la scolarité obligatoire ne doit pas pour autant déprécier l’approche des autres langues maternelles présentes dans le groupe classe.

DES ADULTES CONSCIENTS ET RESPONSABLES
Le Conseil des Ministres et le Parlement européen ont déclaré 2001 « L’Année européenne des langues ». Parents, enseignant-e-s, autres personnels de l’éducation et décideurs politiques et économiques, conscients de l’importance de la connaissance des langues, doivent encourager leur apprentissage en développant chez tous les jeunes l’intérêt pour les langues et les capacités linguistiques.

Pour la scolarité obligatoire, le SER revendique l’accès de tous à l’apprentissage des langues.

Dans cette perspective, l’introduction du nouveau concept ne doit pas renforcer le caractère sélectif de l’école, ni contribuer à l’exclusion d’une partie croissante de la population scolaire.


UNE APPROCHE GLOBALE
Si le SER reconnaît la nécessité de la promotion des langues pour tous, il ne renonce toutefois pas à ses exigences premières à savoir que :

· la mise en œuvre du concept de l’apprentissage des langues ne constitue pas un objet distinct des plans d’étude, mais au contraire, qu’il se réalise en conformité avec les plans d’étude, en particulier avec PECARO, le nouveau Plan d’Etude Cadre Romand,

· l’apprentissage se fasse dans une logique globale, quittant le seul concept « enseignement – transmission de savoirs »,

· l’apprentissage des langues se conçoive dans une perspective d’approche dynamique et utile à tous les élèves.


UN OUTIL DE COMMUNICATION
La langue doit être promue comme un outil de communication et non comme une discipline scolaire.

Il doit être clairement reconnu qu’on n’acquiert pas la maîtrise d’une langue à l’école mais qu’en revanche, on peut y développer des compétences plurilingues très utiles à la communication, aux études ultérieures et aux échanges linguistiques. L’accent, mis notamment d’une manière trop importante sur la structuration, ne répond pas aux exigences nouvelles de communication.

Le SER souhaite

· disposer d’un bilan de l’efficacité de l’enseignement des langues à l’école obligatoire faisant la part des impressions, des convictions et des faits.

· offrir aux élèves la possibilité de développer des compétences de communication dès l’école enfantine par des approches didactiques proposées par « l’éveil au langage ».


CLARTE DES OBJECTIFS
L’apprentissage des langues doit s’inscrire dans un curriculum global. Les objectifs à atteindre sont à définir avec précision.

Les niveaux de compétences précisés par la CDIP, se référant au cadre européen commun, assurent le développement de compétences de communication.

Le SER

· reconnaît la pertinence des objectifs de référence européenne fixés par la CDIP

· exige que les cantons veillent au respect du cadre fixé pour les différents degrés de la scolarité obligatoire :

· s’en tenir aux objectifs définis,

· renoncer aux dérives possibles liées à un trop grand zèle de certains enseignant-e-s, des responsables scolaires, des parents et autres personnels de l’éducation (allongement de la liste d’objectifs, renforcement de l’aspect sélectif, …),

· demande aux enseignant-e-s de conserver le « sens des réalités et de la juste mesure ».


La CDIP et les systèmes scolaires cantonaux ne doivent en aucun cas nourrir des attentes irréalistes, mais au contraire, s’en tenir aux objectifs fixés.

INFORMATION EXACTE
L’information destinée aux usagers de l’école ne doit permettre aucune illusion de « maîtrise des langues » en fin de scolarité obligatoire. Elle doit faire mention des choix devant lesquels l’école du troisième millénaire se place.

Le SER attend de la CDIP

· qu’elle annonce clairement au détriment de quoi peut se réaliser l’introduction du nouveau concept d’apprentissage des langues en Suisse ;

· qu’elle évalue les risques de déséquilibre.

Le SER affirme

· que l’apprentissage de la langue locale d’enseignement fait partie de ces priorités,

· que l’apprentissage des autres langues n’est qu’une priorité dont il faut tenir compte pour un développement harmonieux des élèves.


A QUI PROFITE LE NOUVEAU CONCEPT ?
Au nom de la « nécessaire » modernité peut-on innocemment rajouter autant d’apprentissages nouveaux aux élèves ? Les langues, l’éducation à la citoyenneté, l’éducation et la prévention, etc.

Comme l’écrit Philippe Perrenoud, professeur à l’université de Genève, « Charger encore les programmes, c’est sans risque pour ceux qui n’ont pas de difficultés en classe et qui pourraient aller plus vite et apprendre davantage. Cela accroît la pression sur les élèves moyens, mais ils y survivront. Et les autres ? Ceux qui peinent déjà à apprendre la langue scolaire ? » Revue Educateur N· 13, 24 novembre 2000.

CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE
L’expérience a souvent démontré que les recommandations élaborées au niveau suisse aboutissent à des mises en œuvre cantonales qui trahissent les intentions initiales. Ce sont les professionnels de l’enseignement qui en ont toujours fait les frais et en définitive, les élèves. Les décalages entre discours philosophiques, politiques et les moyens financiers mis à disposition pour la réalisation sont récurrents.

En Suisse, il n’existe malheureusement pas de politique nationale de l’Education. Il n’en demeure pas moins que les attentes des élèves de Suisse sont semblables.

Aujourd’hui, la connaissance de plusieurs langues paraît incontournable pour garantir un avenir professionnel. Il appartient à la CDIP, qui s’occupe depuis quelques mois du nouveau concept d’enseignement des langues, de garantir la cohérence de la mise en œuvre.

LA FORMATION
Les enseignantes et les enseignants romands savent qu’un changement de cette envergure dans leur activité professionnelle exige d’eux un grand effort d’adaptation et surtout de mise à jour de leurs compétences linguistiques. Cette adaptation ne peut se faire sans un investissement personnel important.

Les professionnels de l’enseignement doivent franchir ce pas supplémentaire. Le SER les y encourage.

Sur le plan politique, le SER attend des autorités

· qu’elles assurent la mise en place du projet

· qu’elles prévoient suffisamment de temps pour la mise en œuvre de la réforme

· qu’elles en évaluent le coût

· qu’elles dégagent les ressources financières, humaines et matérielles nécessaires

· qu’elles manifestent leur volonté d’assurer une mise en place fidèle au concept retenu en créant un groupe de pilotage et de régulation au niveau suisse

· qu’elles considèrent les associations professionnelles SER et LCH comme membres-partenaires de ce groupe de pilotage suisse.

Sur le plan professionnel, le SER attend des autorités

· qu’elles répondent aux nécessités de formation et qu’elles assument les coûts que celles-ci vont engendrer,

· qu’elles acceptent un seuil minimum de temps accordé à la formation continue sur le temps de travail des enseignant-e-s, y compris celui passé avec les élèves,

· qu’elles définissent le temps accordé à la formation continue en négociation avec les associations professionnelles,

· qu’elles assurent une cohésion régionale, voire nationale du contenu de la formation initiale des enseignantes et des enseignants dans les HEP.

Sur le plan méthodologique, le SER attend des autorités

· qu’elles assurent la promotion de moyens d’enseignement attractifs, motivants et servant une dynamique socio-constructiviste de l’apprentis-sage des langues,

· qu’elles prennent en compte les technologies de l’information et de la communication pour soutenir l’apprentissage et favoriser l’utilisation des langues,

· qu’elles encouragent et soutiennent toutes les formes d’échanges linguistiques, visites, stages,...

Sur le plan de la recherche, le SER attend des autorités

· qu’elles assurent le développement de la recherche en éducation concernant les langues vivantes (didactique et pédagogie).


INQUIETUDES
Pour les enseignantes et les enseignants de Suisse romande, il apparaît clairement que la mise en place du nouveau concept de l’apprentissage des langues soulève des problèmes que la CDIP ne peut pas se permettre de passer sous silence. Au contraire, il y va de sa responsabilité que le projet demeure réaliste et réalisable.

CONCLUSION
S’il fallait résumer nos soucis, nous pourrions dire d’une manière générale que, dans le contexte nouveau de l’apprentissage des langues, le SER :

· s’interroge sur l’avenir des enseignant-e-s généralistes dans l’école obligatoire,

· attend des autorités qu’elles se penchent sur la question du statut de l’enseignant-e,

· s’oppose à la mise en place de filières bilingues élitistes,

· s’oppose à l’apprentissage des langues par l’enseignement des autres branches en immersion linguistique (à l’exception, naturellement, du français)

· s’inquiète sérieusement de la surcharge que peut provoquer l’apprentissage de trois langues à l’école obligatoire.


Martigny , le 16 mars 2001

Pour le SER
Marie-Claire Tabin,
Présidente

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