Terrible déception
Jura - 05/05/2006

Les décisions relatives à l’organisation de l’enseignement de la scolarité obligatoire dès la rentrée d’août 2006 ont été arrêtées le 30 mars. Le sentiment qui domine chez les enseignants jurassiens est que leur avis n’a pas ou très peu été pris en compte. Un manque de considération à l’égard de leur professionnalisme qui fâche et déçoit.

Dès que ces décisions ont été rendues publiques, de nombreux enseignants ont fait connaître aux responsables du SEJ leur mécontentement. Il est vrai que la mise en place du projet « Ecole 2004 » a considérablement occupé le syndicat depuis 2003. Dans ses prises de positions successives, le SEJ s’est appliqué à développer des arguments pédagogiques pour mettre en place les meilleures structures possibles assurant le développement d’une école publique obligatoire de qualité, au bénéfice de ses principaux utilisateurs que sont les élèves. Aucune revendication « corporatiste » ne figurait dans les avis qu’il a exprimés.

Le SEJ est entré en matière sur la revendication d’une catégorie de parents visant à harmoniser les horaires des écoles enfantines et primaires. Ceci d’autant plus aisément que les pratiques en vigueur dans les différents cercles scolaires répondaient déjà largement à ce besoin.

Les sujets de mécontentement sont nombreux. Signalons-en deux. D’abord, le plancher de 6 leçons revendiqué par le SEJ pour le crédit-école n’a pas été admis. L’égalité de traitement entre les élèves jurassiens n’est donc pas respectée. Les élèves de petits cercles scolaires ne bénéficieront en la matière que d’une offre extrêmement réduite. Dans le même domaine, le SEJ demandait que les leçons du crédit-école qui apparaissent à l’horaire, donc dispensées régulièrement, soient rémunérées sur la base d’une mensualisation. Le DED a décidé de ne mensualiser que la moitié de ces leçons, régulièrement enseignées ou non. Les deux tiers le sont actuellement ! En favorisant la rémunération à la tâche, on institue un Contrat Précaire d’Enseignant auxiliaire que le SEJ combat fermement.

Ensuite, les arguments pédagogiques avancés en opposition au passage de 22 à 24 leçons en 1P ont été totalement occultés. Le DED a préféré mettre l’accent sur la quantité plutôt que sur la qualité. Ceci ne sera peut-être pas sans conséquences en termes de correction de l’inégalité des chances vers laquelle doit tendre l’école. En limitant ainsi le nombre de leçons en sections de classe, les élèves éprouvant des difficultés d’apprentissage de la lecture, par exemple, ne bénéficieront plus d’un accompagnement davantage individualisé. Ils auront certes, comme les autres, une leçon de français supplémentaire, mais fondus dans la masse, ils n’en tireront qu’un profit restreint. 

Dans la missive du DED qui accompagne le document envoyé aux cercles scolaires secondaires, une remarque illustre parfaitement la considération qu’il porte au SEJ, et à travers lui, aux enseignants :  « … nous avons dû renoncer à certaines améliorations de la grille (secondaire) que nous avions envisagée pour août 2006. (…) nous avons décidé de donner, pour la rentrée 2006, une priorité au renforcement de la dotation des élèves en première année ». En clair, il est renoncé à des mesures souhaitées par les enseignants pour en appliquer une dont les enseignants ne veulent pas !

En conclusion, nous avons compris que rien ne pouvait faire dévier le DED de son objectif initial : introduire l’horaire harmonisé pour répondre aux attentes de quelques parents. Le SEJ a compris aussi que les avis des partenaires de l’école n’ont pas le même poids. La représentativité effective de ces partenaires n’ayant aucune influence sur les décisions. Cette non-reconnaissance des compétences professionnelles des enseignants jurassiens par le DED en déçoit plus d’un. Certains s’inquiètent même que l’on attribue petit à petit des tâches de garderie à l’école. Et ce n’est pas la quasi inexistence de politique en matière de création de structures d’accueil de la petite enfance dans le Jura qui est en mesure de les rassurer.

 

Une enquête menée par la commission d’école de Delémont auprès des 113 parents d’élèves de 1P révèle que sur les 100 qui ont répondu, 10 (dix !) se déclarent « pas satisfaits » des horaires actuels. 40 ne souhaiteraient absolument pas connaître l’harmonisation prévue à la prochaine rentrée ! C’est ce qu’appelle le SEN « une forte demande de la société civile ».

 

 
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