Rabaisser le pied d’une table pour augmenter la longueur d’un autre ne rend l’objet que plus branlant. En juin 2004, après de longs débats, durant lesquels tant le SER que nos camarades suisses alémaniques de LCH étaient intervenus en faveur du maintien des actuelles dispositions légales, le parlement helvétique écartait définitivement le projet de décriminalisation de la consommation du cannabis. Dès cette décision prise, un comité revenait à la charge et lançait une initiative populaire. Celle-ci, qui reprend l’essentiel de ce qui a été rejeté par les chambres, a été déposée à mi-janvier, munie de 105 751 signatures. Elle sera soumise au verdict populaire dans un délai de 3 ans. Dans ce dossier très émotionnel, il convient de faire justice à un certain nombre d’arguments défendus par les partisans de la dépénalisation de la consommation. «Soustraire le marché aux lois de la jungle, le réglementer par des interdictions et des sanctions, limiter les lieux de vente, interdire cette dernière aux mineurs », comme l’indique la députée écologiste Anne-Catherine Ménetrey[1], qui soutient l’initiative, voilà qui peut paraître réfléchi et raisonnable. De plus, force est de constater que la politique de répression, appliquée de manière fort inégale suivant les cantons, n’obtient pas les résultats escomptés : on consomme toujours plus - et toujours plus tôt - un chanvre dont le taux de substance psycho-active, le THC[2], est toujours plus élevé[3]. Dès lors, faut-il escorter les initiants et militer pour la dépénalisation ? Nous ne le croyons pourtant pas, pour les raisons suivantes : Primo, nous restons persuadés que lutter contre la drogue - si tant est que l’on estime ce combat juste et nécessaire - est une volonté à multiples facettes qui comprend notamment la dispense de soins, la prévention et la répression. Et qu’affaiblir ce dernier pilier risque de conduire inexorablement à une augmentation de la consommation. Rabaisser le pied d’une table pour augmenter la longueur d’un autre ne rend l’objet que plus branlant. Dans ce sens, l’absence de plan précis des initiants en ce qui concerne la prévention - véritable objet magique récurrent - est regrettable. Proposer de taxer le produit au profit de la prévention et dès lors compter sur une forte consommation pour assurer le financement des mesures de mise en garde est même assez burlesque ! Secundo, il est fort à craindre que relever le seuil de l'interdit conduirait à encourager des transgressions bien plus dangereuses. Si l’usage du cannabis n’était plus prohibé et son commerce organisé par la loi, son attrait diminuerait pour la majorité des utilisateurs en recherche de sensations. Ainsi, comme avant, il existerait un marché noir et les trafiquants offriraient un produit plus fortement dosé ou moins cher. Enfin, on affirme que la loi, qui devrait servir de repère, n’est pas appliquée et qu’il convient en conséquence de la déclarer caduque. Sans allonger sur la commodité de l’argument, nous affirmons qu’il s’agirait là au contraire d’un signal négatif pour les jeunes, qui entraverait les parents et les enseignants dans leur tâche éducative. Et nous persistons à penser que les adultes doivent pouvoir exercer l’autorité en se basant sur des règles claires et en relais d’interdits sociaux.
[1] Le Courrier, 14 janvier 2006 [2] THC = Tétrahydrocannabinol [3] Les effets du cannabis sativa sont connus, mais, dans le contexte des apprentissages scolaires, les rappeler n’est pourtant pas inutile : altération de la concentration, de la mémoire à court terme, de la coordination et du sens de l'équilibre ; perte de la motivation et de l'intérêt, absentéisme, marginalisation sociale; sentiment de crainte, d'angoisse ou de dépression, hallucinations. Si la prise est régulière et à forte dose, apparaît une dépendance psychologique et physique. Plus le taux de THC est grand, plus sont grands les effets du produit. |