Les élèves de la scolarité obligatoire doivent-ils apprendre l’hymne national ? Peut-on aimer son pays, être un « bon » Suisse sans pouvoir fredonner les paroles de ce chant symbolique ? A l’heure où un nationalisme nauséabond renaît de ses cendres dans notre canton, le Parlement a abordé récemment ce sujet. En décembre dernier, notre Grand Conseil a répondu à la délicate question de savoir si l’on pouvait être patriote sans savoir l’hymne national par cœur. En effet, un député UDC voulait en rendre obligatoire l’apprentissage durant la scolarité. Sèchement, le Parlement a refusé de charger l’école de cette tâche supplémentaire. Heureux canton qui peut prendre le temps d’ergoter sur un tel problème ! Les enseignants ne seront donc pas obligés d’inscrire à leur programme le si dynamique « Sur nos Monts quand le soleil » et c’est tant mieux. Car, si l’on comprend nos grands-parents qui du temps de la Mob trouvaient dans un chant patriotique un signe de ralliement dans la difficulté du temps, il semble évident que le patriotisme d’aujourd’hui n’est plus le même. Il n’en demeure pas moins qu’il y a, actuellement, suffisamment d’occasions d’apprendre l’hymne sans que l’école ne s’en mêle. En effet, les parents qui désirent transmettre cette valeur à leurs enfants pourront entonner ce chant avant de faire exploser le premier pétard du 1er Août, à l’image de certains refrains de Noël que l’on apprend au pied du sapin. Cet été encore, à trois reprises au moins, (si Sepp Blatter le veut bien !) l’hymne helvétique retentira avant les rencontres de football de la coupe du monde ; pourquoi ne pas imaginer les papas chantant avec leurs enfants. Ils suivraient ainsi l’exemple du joueur Ludovic Magnin qui l’entonne à pleins poumons lors de chaque match ! Il n’est pas inutile de se rappeler que la liberté individuelle est plus forte que l’obligation. Quant à l’école, elle peut présenter l’épique histoire de notre hymne national. Il a, en effet, remplacé le fameux « O monts indépendants » chanté sur le même air que le très anglais « God save the Queen » ce qui, diplomatiquement parlant, dans les années 50 était plutôt gênant ! Elle peut aussi étudier comment les dirigeants trouvèrent un chant d’église rassemblant tout un peuple en mal de réhabilitation européenne après la guerre. Les élèves pourront ainsi comprendre de quelle façon on s’y prend pour faire naître un sentiment identitaire. Finalement, les enseignants souligneront la différence entre la légitime fierté patriotique et le malsain nationalisme. Voilà une manière bien plus intelligente de considérer le Cantique suisse que de l’ânonner bêtement. Véronique Borgeat-Pignat |