Comme annoncé dans l'Educateur, le comité de l'AVECO tient à partager avec ses membres ses principales préoccupations. Le premier dossier, qui nous interpellait à la rentrée scolaire, fut évidemment la problématique du marché de l'emploi et des engagements. Ce thème est si préoccupant cette année que nous l'avons déjà abordé à deux reprises ; voici un état des lieux plus complet de cette problématique. Dans le cycle d'orientation valaisan, le marché de l'emploi est déjà tendu depuis plusieurs années. Dès l'année 2000, nous avons alerté le Service de l'enseignement sur les réelles difficultés à recruter des enseignants diplômés. Il a fallu plusieurs années pour que l’on s’accorde sur une définition de la pénurie! Nous avons également demandé de mettre en place des stratégies pour renforcer l'attractivité de notre profession, le problème touchant également d’autres cantons et le secondaire II pour plusieurs branches. Nos autorités ont quand même tenté de réagir. Au DECS, des analyses ont été menées et des statistiques prévisionnelles élaborées. Consciente du problème au niveau national, la CDIP a créé en été 2001 une Taskforce "Perspectives professionnelles dans l'enseignement", et en 2003 elle publiait un rapport important intitulé: "Stratégie de recrutement des enseignantes et des enseignants". Partant du constat que la pénurie d'enseignants constitue un problème structurel inhérent aux sociétés modernes, ce rapport a en outre mis en évidence plusieurs causes générales: · Les exigences accrues en matière d'enseignement nécessitent davantage de ressources humaines. · La longévité dans la profession a tendance à diminuer. · Les postes à temps partiel ont considérablement augmentés, la féminisation de la profession accentuant encore cette évolution. · La démographie démontre qu'un tiers des enseignants aujourd'hui actifs arriveront très prochainement à l'âge de la retraite. · Le transfert de la formation des enseignants de l'école normale vers le degré tertiaire brouille certaines cartes. Si la CDIP tend à vouloir prendre des mesures appropriées et développer une stratégie à long terme, la mise en oeuvre concrète de tels plans d'action demande beaucoup de temps et d'énergie. Une volonté politique doit en outre être au rendez-vous ! Un point central de cette problématique est en voie de clarification: celle de la formation des enseignants et son uniformisation nationale suite à la mise en œuvre de la déclaration de Bologne. Ce dossier encore tout chaud retiendra notre attention dans notre prochaine présentation. Les spécificités valaisannes des causes de la pénurie dans notre degré d'enseignement peuvent aussi être soulignées : - Dans les CO du Valais romand, les effectifs ont augmenté d'un pour cent en moyenne par année depuis 10 ans (soit + 700 élèves de 1995 à 2005). La tendance s'inversera dès l'an prochain.
- L'âge et l'hétérogénéité de élèves du CO posent de plus en plus de problèmes:
· Les différences de niveau scolaire entre les élèves ne cessent de croître depuis l'âge d'entrée à l'école et culminent à la fin de la scolarité obligatoire. · Les problèmes rencontrés souvent à l'adolescence – révolte, contestations, refus, incivilités, manque d'éducation ...– ont tendance à s'amplifier; les élèves à la limite du système deviennent monnaie courante. · Confrontée très tôt aux problèmes de la vie, souvent en proie à des soucis familiaux, une frange de plus en plus importante d'élèves est démotivée, notamment face aux difficultés d’orientation; plus d’un éprouvera des difficultés profondes dans sa quête d’un apprentissage à son goût.
- Les nombreuses réformes scolaires et les changements de programmes effectués ces dernières années ont certainement pesé sur les départs à la retraite anticipée; les problèmes de financement de la caisse de retraite (CRPE) et les nouvelles dispositions qui en découlent semblent accentuer ce mouvement.
- Les changements des formations spécifiques pour enseigner au sec I (DES – DEAS I) ainsi que les incertitudes liées aux nouveaux systèmes de formation induits par les accords de Bologne brouillent les choix des étudiants. Le développement des HES et les appels d'une économie, qui semble retrouver son souffle, éloignent les candidats aux professions enseignantes qui souffrent encore d'un déficit d'image.
- Les conditions générales d'enseignement se sont péjorées durant cette dernière décennie ; l'attitude négatives de certains élèves, les relations nouvelles avec les parents, les coupes budgétaires et les freins aux dépenses de l'Etat, la charge et le temps de travail, les effectifs de classe bondissants, … peuvent créer le sentiment d’un horizon bouché.
- Une ou deux années supplémentaires d'étude pour l'obtention d'une licence offrent non seulement l'accès au sec. I mais également au sec II. La grande majorité des enseignants engagés ces cinq dernières années au CO sont licenciés. L'attrait du sec. II est compréhensible au vu des différences salariales (de 1000 au début à 1500 francs par mois en fin de carrière), des 3 heures hebdomadaires en moins et d'une population scolaire certainement plus docile, travailleuse et agréable. La migration ne risque malheureusement pas de cesser ces prochaines années…
Laurent Emery |