Précurseur de la pédagogie active dans les années cinquante, Jean-Pierrre Guignet avait eu la chance d’aller en stage dans les classes d’Elise et de Célestin Freinet. Revenu profondément impressionné par la carrure de ce couple, il n’avait eu de cesse d’appliquer à Genève ce militantisme de l’école active. C’est ainsi qu’est né le Groupe genevois d’école moderne à Genève, cousin du Groupe romand d’école moderne pour le canton de Vaud. S’entourant de personnes partageant ces idéaux, il multiplia les séminaires, les rencontres de réflexion sur le sens de l’école pour les élèves comme pour les enseignants. Adulé par certains, rejeté par d’autres, il maintenait le cap d’une réflexion sur l’apprentissage, sur l’école, contre vents et marées. Proche des milieux universitaires, il avait eu la chance de participer à l’édition d’un film sur la pédagogie active dans lequel Jean Piaget commentait les tâches des élèves, mettant en évidence les théories du constructivisme, tout en gardant à l’esprit un regard critique permanent, un des principaux traits de son caractère. Interdit de parole par la Direction de l’enseignement primaire de l'époque, pour devenir ensuite formateur aux études pédagogiques, puis assistant à l’université, il multipliait les paradoxes. Je l’ai connu dans les années 80, lorsque qu’à Genève, les enseignants commençaient à passer des licences en sciences de l’éducation, et également dans la mouvance des équipes pédagogiques. Nous avions créé avec lui un groupe de réflexion sur la culture scolaire, le Ravachol, constitué de praticiens qui n’hésitaient pas à s’entourer de gens susceptibles de les aider dans leurs réflexions. C’est ainsi que nous avions passé notamment un moment mémorable avec Henri Laborit. Jamais, il ne quittait cette attitude de praticien chercheur. Il était particulièrement fier d’être l’héritier d’Adolphe Ferrière, non pas pour ses travaux sur la pédagogie active, mais pour son travail beaucoup moins connu - et sans doute plus insolite - d’astrologue. Ne nous montrait-il pas le thème astrologique de la fille de Célestin Freinet ! C’est sans doute ce qui le conduisit, la retraite venue à entreprendre une licence en astrologie à Paris pour continuer à… enseigner, vertu inscrite dans son thème astral sans doute ! Bien des enseignants genevois - et j’ai eu le plaisir d’en être - se souviendront longtemps des stages dans sa classe, des séminaires de mathématiques avec Gérard Charrière, des congrès de pédagogie active sur la thématique du texte libre, mettant en évidence ce combattant acharné lorsqu’il y avait une cause pédagogique à défendre. Son charisme, son énergie, sa vitalité furent parfois difficiles à suivre, mais combien furent enrichissants ses apports. Merci Jean-Pierre. Jean-Marc Hohl |