Une campagne savamment orchestrée
Jura - 04/11/2005

L’école publique et les enseignants ont toujours été soumis à des critiques de la presse ou des politiques. C’est dans l’ordre des choses. Ce qui est nouveau, depuis environ une décennie, c’est que ces critiques n’ont plus aucune visée constructive. Toute activité touchant à l’école, aux enseignants ou à leur formation est décortiquée dans le but d’y découvrir le moindre élément permettant de salir l’institution et la profession enseignante.

Beaucoup se souviennent encore, j’espère, de l’article paru dans « L’Hebdo » en avril sous la plume de l’avocat Charles Poncet. L’école publique, les enseignants, les responsables de l’éducation, y étaient présentés comme des incompétents tout juste bons à créer des générations d’illettrés. On pouvait croire que l’on avait atteint alors le fond de la corbeille de la bassesse intellectuelle. Eh bien non.

On ne s’attaque plus aujourd’hui seulement à ce qui se déroule dans le cadre même de l’école. On s’en prend désormais aux institutions de formation d’enseignants, et plus particulièrement à celle souvent citée en exemple. Dans « Le Temps » du 30 septembre, la HEP-BEJUNE fait l’objet d’une attaque en règle jetant le discrédit sur la formation pédagogique qu’elle dispense. Seule source de documentation : un rapport d’étudiants obtenu sous le manteau et un témoignage anonyme. Le recteur de la HEP-BEJUNE, M.Maurice Tardif, alors qu’il n’est pas mis en cause personnellement par les « faits » dénoncés, qui sont antérieurs à son arrivée à la tête de l’institution, a répliqué. A l’heure où nous écrivons ces lignes, cette réplique n’a pas encore été publiée dans « Le Temps ». On peut cependant la lire sur le site de l’école. Elle vaut le détour, ne serait-ce que pour constater ce qu’est un texte véritablement argumenté et documenté. Signalons encore que s’ajoute à cette réplique la réaction des auteurs du rapport, les étudiants, qui dénoncent les abus de langage et les dérives intellectuelles du journaliste concerné, M.Pierre-Emmanuel Buss.

Du même tonneau, mais plutôt vers la lie, l’article paru dans « Le Matin », le 7 octobre, concernant une demande du SEJ auprès d’une quinzaine (15) de commerçants du Jura en vue d’obtenir des actions en faveur de ses membres. La procédure est la même. La demande est transmise par une personne manifestement mal intentionnée à une journaliste, Mme Hélène Moll, du « welsche Blick ». Sur la base de cette information capitale, mais qui restera anonyme, l’employée d’Edipresse téléphone au soussigné, à son domicile, pendant la pause de midi. Elle lui demande d’emblée si cette démarche n’est pas un peu déplacée en faveur de « privilégiés » ? Après 5 minutes de réponses assez vives il est vrai, mais il est des termes que je n’accepte plus, l’entretien prend fin. Résultat des courses : un article où on parle davantage des enseignants que de leur syndicat, où on laisse entendre, dans le titre et dans le texte, que la démarche est entreprise auprès de tous les commerces du canton, où on mélange l’activité professionnelle et l’activité politique du secrétaire, où on compare le salaire des enseignants préscolaires et primaires, au bénéfice de 6 ans d’études, avec celui d’un ouvrier non qualifié dans l’horlogerie. Pas un mot sur le fait que cette pratique d’offres spéciales à leurs membres est généralisée, et à un niveau souvent bien plus élevé, chez toutes les organisations syndicales ou autres associations professionnelles.

Le drame est qu’il est inutile de réagir à de tels articles. Les dégâts occasionnés dans la population sont irréparables malgré toute l’énergie que l’on voudrait bien y mettre. Dans sa réplique Maurice Tardif en est conscient : « Vingt-cinq ans dans l’enseignement supérieur m’ont appris que la réfutation rationnelle des propos malveillants, rédigés par une plume qui cherche avant tout à nuire, est une activité inutile ». C’est insatisfaisant, mais ô combien réaliste.

En conclusion une dernière question, pourquoi un tel acharnement sur tout ce qui entoure l’école publique ? Un élément de réponse peut-être. Pour porter un regard « neutre » sur les élections genevoises, le Quotidien jurassien a consacré une demi page à un entretien avec … Charles Poncet ! Il s’en est naturellement pris au système scolaire en précisant ceci : « C’est typiquement une situation de service public qui fonctionne pour ses employés et pas pour ses clients ». Chers collègues, vos élèves sont des clients. Si nous ne sommes pas attentifs, cette pensée et le développement de projets comme HarmoS ou l’AGCS conduiront au démantèlement de ce qu’ils attaquent systématiquement et de manière organisée : l’école publique.         

Rémy Meury

 

Un collègue, après avoir lu l’article du « Matin », m’a demandé comment qualifier cette presse à grand tirage. Après mûre réflexion, et à la lumière de ses dernières démonstrations de malhonnêteté intellectuelle, je ne vois qu’une définition correcte, celle de Coluche : « La presse à grand tirage ? Idéale pour allumer le feu ! ».

 
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