Réévaluation des fonctions de l’enseignement primaire
Genève - 04/11/2005

Genève, le 3 octobre 2005

Réévaluation des fonctions de l’enseignement primaire

Madame la présidente,

Chère Madame,

Le vendredi 30 septembre, lors de la rencontre entre les délégations du Cartel intersyndical d’une part et le Conseil d’Etat d’autre part, vous avez apporté certaines précisions quant à la suspension des réévaluations de fonction collectives en cours.

Vous avez d’abord écarté toute idée de revenir en arrière sur cette décision qui ne fait pas l’unanimité de votre Conseil.

Vous avez ensuite laissé clairement entendre que pour vous, tant que le processus de modernisation du système d’évaluation des fonctions ne serait pas achevé, il n’y aurait aucune demande – aussi justifiée soit-elle – qui aurait une chance d’aboutir. Autant dire que vous renvoyez aux calendes grecques les demandes de réévaluations qui existent et que, en les déclarant en quelque sorte caduques, vous détruisez l’entier des travaux qui ont pu être conduits à ce jour.

Enfin, toujours ce même 30 septembre 2005, vous avez avoué que vous étiez personnellement opposée aux demandes de réévaluations qui concernaient les grands groupes et que vous aviez œuvré afin de les geler, dès juin 2003. Je ne peux pas vraiment parler d’efficacité en ce qui vous concerne vu qu’il vous aura fallu davantage que deux ans pour convaincre la majorité de vos collègues de la soi-disant nécessité d’un moratoire. Mais je reconnais là une ténacité qui vous est propre et que je pourrais saluer si elle n’était pas doublée d’une certaine duplicité que je trouve déplorable.

En effet, l’action réelle que vous avez menée se révèle aujourd’hui contraire à celle que vous avez publiquement prétendu conduire. Vous ne l’ignorez certainement pas. Mais je vais quand même vous rappeler certains faits à même d’éclairer ce double jeu.

Depuis mars 2003, lors des nombreuses séances entre la délégation du Conseil d’Etat et les Associations représentatives du personnel de la fonction publique et des secteurs subventionnés, vous avez souvent feint ne pas être au courant de la demande de réévaluation de fonction pour l’ensemble du corps enseignant primaire, en prétextant notamment que vous n’aviez pas été avertie officiellement. Vous avez aussi affirmé, en tant que présidente du département des finances d’abord et également en tant que présidente du Conseil d’Etat ensuite, qu’il n’y avait aucune volonté de freiner en quoi que ce soit le travail du service d’évaluation des fonctions (SEF), ni d’imposer un quelconque moratoire. Cela figure dans les procès-verbaux et courriers que vous avez adressés au Cartel.

Or, la demande de réévaluation qui concerne le primaire remonte au 16 décembre 2002, date officielle à laquelle l’exposé des motifs, rédigé par la Société pédagogique genevoise, a été remis au secrétaire général du département de l’instruction publique (DIP), Monsieur Frédéric Wittwer. A cette époque, c’est bien vous qui étiez présidente du DIP. L’arrivée d’une telle demande au plus haut niveau vous était donc parfaitement connue et vous l’avez cautionnée, non seulement parce que des contacts préliminaires avec votre secrétaire général avaient permis de concrétiser cette demande, mais aussi parce que, dès sa réception, elle a été considérée avec sérieux et même enthousiasme, y compris par vous-même. Comme en témoignent les propos de M. Wittwer dans son courrier du 7 janvier 2003 :

« L’exposé des motifs de la SPG constitue une base solide et bien étayée et je vous remercie, ainsi que vos membres qui ont élaboré ce dossier, de votre implication.

(…) je vous propose ainsi la mise sur pied d’un groupe de travail DEP/SPG sous l’égide de la commission paritaire du statut (B5 10.04) pour procéder à l’analyse et compléter le dossier (…).

Ce groupe de travail serait chargé de remettre un rapport comprenant un exposé des motifs, la description des fonctions, les propositions de modification du cahier des charges dans le courant du printemps 2003.

(…) En conclusion, le dossier de réévaluation est « sur les rails ». La Présidente du DIP et moi-même lui accordons toute l’importance qu’il mérite et les services concernés vont, dès lors, lui consacrer  l’investissement nécessaire au cours des prochaines semaines, dans le cadre d’une démarche ouverte et rigoureuse à laquelle je suis reconnaissant à la SPG de participer activement. »

Il serait trop long de retracer ici tout le cheminement, laborieux et chaotique – car malheureusement vous n’êtes pas la seule à avoir semé des embûches – qui a conduit pour finir à déposer dix dossiers complets auprès du SEF… en février 2005. Mais il convient d’évoquer le travail de plusieurs dizaines de collègues qui ont œuvré sans compter durant des centaines d’heures pour que ces descriptions de postes voient le jour.

Le 30 septembre 2005, vous avez aussi affirmé que vous ne connaissiez pas les courriers de l’actuel président du DIP, Monsieur Charles Beer, et que, par conséquent, vous ignoriez tout des garanties qu’il donnait. Les quelque 2'800 enseignant-e-s du primaire les ont appréciés à leur juste valeur ; il serait dommage que vous n’en profitiez pas à votre tour. Aussi, voici quelques extraits des courriers qui m’ont été adressés, tous signés par votre successeur :

Courrier du 28 mai 2003 « (…) j’accorde toute l’importance et la priorité voulues à la réévaluation de la fonction des maîtres et maîtresses de l’enseignement primaire. (…) demande légitime (…) que je soutiens avec résolution. [le] groupe de travail mis en place (…) doit remettre son rapport avant fin août 2003.

Le dossier sera ensuite transmis, comme il se doit, au service d’évaluation des fonctions qui est d’ores et déjà prévenu et qui l’examinera durant l’automne.

Je peux, dès lors, prévoir que le Conseil d’Etat sera en mesure de se prononcer avant la fin de l’année civile, sachant que le coût d’une telle réévaluation fait partie des propositions du département de l’instruction publique pour le projet de budget 2004 en cours d’élaboration.

(…) Tout est entrepris depuis plusieurs semaines pour avancer à un bon rythme et dans la clarté. »

Courrier du 1er juin 2004 « (…) je tiens à rappeler clairement que le dossier de réévaluation des maîtres et maîtresses de l’enseignement primaire demeure une des priorités du département de l’instruction publique. Elle s’inscrit dans la reconnaissance et l’adaptation constante de la mission qui est confiée aux enseignants et enseignantes. (…) face aux discours qui discréditent l’engagement professionnel des membres de la fonction publique, un dossier de réévaluation cohérent et argumenté me permettra de le soutenir avec conviction, et avec votre appui. »

Courrier du 3 juin 2005 « J’ai le plaisir de vous informer que le service d’évaluation des fonctions (SEF) a organisé le 2 courant une séance où il a restitué une première analyse constructive du dossier de réévaluation de la fonction des maître-sse-s de l’enseignement primaire, (…) [analyse qui] nous engage (…) dans une phase ultime, au terme de laquelle le SEF prendra sa décision (…).

Compte tenu de l’état de l’avancement des travaux qui lui sont liés, je suis à même de vous informer que le dossier « réévaluation de la fonction des maître-sse-s de l’enseignement primaire » est en bonne voie et qu’une évaluation financière prospective des classifications qui seront retenues va être réalisée et intégrée au projet de budget 2006 de l’enseignement primaire. »

Je crois que ces quelques extraits de courriers suffisent à démontrer, de manière hélas éclatante, à quel point les échéances ont été sans arrêt reportées, au mépris de l’ensemble du corps enseignant primaire que je représente.

Ce dossier de réévaluation a fait l’objet de bien d’autres échanges. Il serait vain, encore une fois, de tout vouloir exposer dans cette lettre. Mais je vous renverrai quand même d’une part à un courrier relativement récent, daté du 3 mai 2005, que M. Frédéric Wittwer a adressé à son homologue M. Jean-Marc Frère, secrétaire général de votre département, celui des finances et, d’autre part, aux deux billets que j’ai commis et qui sont parus dans l’Educateur les 29 novembre 2002 et 19 septembre 2003.

En résumé, j’estime que les enseignant-e-s primaire ont été trahis, bafoués. Leur travail s’est au quotidien adapté à de nouvelles exigences et ils et elles se sont investi-e-s sans s’économiser, non dans le seul but d’un gain salarial, mais surtout parce que leur souci de professionnalisme leur imposait de répondre encore et toujours aux attentes des élèves, de leurs parents et de l’institution. Il est donc particulièrement écœurant de constater qu’aujourd’hui l’employeur n’a en fait compté que sur l’implication de ses employé-e-s, en sachant pertinemment que les promesses faites ne seraient pas tenues.

Pour conclure et pour la forme, je vous exhorte encore une fois à reconsidérer votre décision de suspension des réévaluations de fonction collectives en cours et à proposer à votre Conseil de l’annuler. Je vous invite également à enjoindre le SEF à faire correctement le travail qui lui est dévolu, c’est-à-dire à rendre ses conclusions quant à notre demande de réévaluation, en toute indépendance.

 

Dans l’attente du plaisir de vous lire, je vous prie de croire, Madame la présidente, chère Madame, à l’assurance de ma haute considération.

 

                                                                                        Olivier BAUD, président

 
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