L’école publique gratuite est-elle encore reconnue ?
Genève - 27/05/2005

Il y a presque 15 ans, la lutte a commencé. Dans les rues, nous sommes descendus et nous avons scandé nos revendications. Nous avons rassemblé nos énergies pour dire pourquoi et combien il était indispensable de donner les moyens financiers nécessaires à notre école publique et gratuite pour tous. Nous nous sommes battus pour préserver une école de qualité (taux d’encadrement, effectifs par classe, qualité des formations…). Nous avons lutté pour un enseignement différencié et adapté qui donne la chance à chaque enfant (indépendamment de la classe sociale ou de ses difficultés d’apprentissage) d’acquérir les bases de l’instruction lui permettant de s’intégrer dans la société.

Toujours plus d’attentes sociales

L’enseignement est un métier difficile et qui demande une reconnaissance de la société, de la direction, de notre chef du département et des politiques en général.

Chaque année nous sommes là, prêts à recommencer une année scolaire avec des élèves (les mêmes ou d’autres). Nous participons à leur éducation, nous posons des limites, nous leur donnons des repères, nous les instruisons, nous leur apprenons le métier d’élève, nous cherchons à leur donner le goût d’apprendre, nous portons nos réflexions sur des stratégies qui visent à faire progresser nos élèves dans leurs apprentissages...

De plus, nous déchargeons les familles ; l’école publique, n’est-elle pas aussi une garde gratuite ?

L’école, c’est tout cela… mais bien plus encore : jour après jour, les enfants vivent en société dans cette petite communauté qu’est une classe. Ils apprennent à s’affirmer par le langage, à exprimer leurs idées, à donner leur opinion, ils apprennent aussi à écouter et tenir compte des autres, à régler des conflits ; ils développent leur sens critique, réfléchissent et votent. En d’autres termes, l’école est aussi celle de l’apprentissage à la citoyenneté.

A l’heure où l’économie fléchit, les politiques ne nous soutiennent pas et font des coupes dans l’éducation. Peu de reconnaissance et toujours plus d’attentes sociales, beaucoup d’enseignants se sentent démotivés (burn out) et certains cherchent désespérément une nouvelle formation. Par ailleurs, un autre phénomène émerge : des enseignants, nouveaux dans le métier, se posent déjà la question de leur reconversion après seulement quatre ans d’enseignement.

Un dialogue de sourds

Pendant près de dix ans, les enseignants ont été interpellés par la « rénovation ». Les uns pour, les autres contre, en laissant les parents d’élèves dans un climat de flou navrant. Aujourd’hui, c’est autour de la « note » que l’on essaie de diviser les enseignants.

Tout cela est malheureusement étalé au grand jour, à travers les médias (journaux , plateaux de télévision , radio …).

Les uns disent « A », les autres répondent « B ». De ce dialogue de sourds, aucun vrai débat n’émerge. Dans un contexte social flou et de méfiance à l’égard de l’école, les médias choisissent de donner la parole à ceux qui paraissent détenir une certaine vérité. Sont-ils vraiment impartiaux ? Pourquoi, par exemple, les médias accordent-ils presque exclusivement du temps de parole à un professeur de philosophie du secondaire pour débattre des notes à l’école primaire ?

Il serait normal qu’un représentant de l’école primaire genevoise opposé aux notes puisse aussi exprimer son point de vue et donner un autre éclairage concernant les enjeux d’une évaluation notée.

On peut en effet se poser la question si un professeur du secondaire est vraiment qualifié pour parler de l’enseignement primaire ou si simplement ses propos paraissent plus rassurants.

Et les parents ?

Ils devraient être les premiers concernés et s’activer à défendre l’école, à soutenir les revendications des enseignants et aller manifester à leur tour… Il s’agit de l’avenir de leurs enfants !

Mais, on le voit, les médias donnent souvent un éclairage incomplet et tronqué de la réalité scolaire, et les parents ne savent plus à quel saint se vouer.

Avant, l’école privée était l’apanage des milieux aisés. Maintenant, de plus en plus de parents de la classe moyenne songent à mettre leurs enfants à l’école privée.

D’autres encore, préféreraient un chèque scolaire qui leur permettrait de choisir l’école.

Mais où allons-nous ?

L’Ecole Publique avec un E et un P majuscules, à qui on faisait confiance, qui était un pilier social sécurisant, avec des valeurs ralliant la famille et l’école, a perdu de sa crédibilité. Et le doute est même permis quant à son efficacité. Trop de nouveautés et trop d’incertitudes (la rénovation, les nouveaux enseignants arrivés sur le marché avec des licences diverses et, maintenant, les polémiques suscitées par une initiative voulant inscrire les notes dans la loi) ont contribué à détériorer l’image de l’école publique.

Même les grèves ont fait du tort aux enseignants. On les a traités de « fumistes » et de « nantis » alors qu’ils ne songeaient qu’à défendre la mission de l’école.

Les enseignants se demandent encore où sont passées les retenues salariales importantes qu’ils ont subies. Auraient-elles servi à financer les nouvelles toilettes publiques du canton ?

Nous osons espérer que ces montants seront attribués à l’éducation.

La lutte est dans les médias

En cette période de crise économique, l’école publique est un excellent exutoire aux frustrations de tout un chacun.

On tire la couverture à soi et on jalouse le bonheur imaginé de l’Autre.

Certains jalousent encore les enseignants pour les vacances et pour les conditions de travail supposées harmonieuses et sereines. Difficile de leur expliquer une réalité pas toujours simple ; il est de meilleur ton de se plaindre des adolescents !

Dans les journaux, on peut lire des titres ambigus et  des articles peu gratifiants :

«  la Suisse couvre d’or ses profs » dans la Tribune de Genève. Lesquels ? Ceux du secondaire, du primaire, tous ?

C’est en effet le titre qu’il fallait sortir juste avant les grèves ! Merci les médias, une stratégie hautement politisée !

Aujourd’hui, qui défend réellement ce métier ? Le combat n’est plus dans les rues, la lutte se mène au travers des médias. C’est là que les électeurs se forgent leurs opinions. Aujourd’hui, il faut rétablir la confiance et revaloriser l’école au sein de la population. Les enseignants ont besoin que le chef de la direction de l’enseignement primaire se positionne et explique clairement au grand public, quels genres de moyens l’école a besoin, pour qui et pour quoi. Une société qui n’investit pas dans l’éducation est une société qui court à sa perte.

Il n’y a qu’à voir comment l’armée américaine recrute ses soldats pour les envoyer en Irak. C’est devant les centres commerciaux que les jeunes en mal d’instruction sont traqués. Ce ne sont pas des « simples d’esprit » mais des « simples instruits » sans aucun sens critique, attirés par l’illusion de pouvoir ensuite accéder à un avenir professionnel meilleur.

Nous avons besoin de remettre non pas l’église au milieu du village mais l’école à la base de la société.

Le regard porté sur les enseignants et plus particulièrement sur l’Ecole Publique genevoise doit changer. La direction doit répondre aux articles calomnieux ou ambigus. Nous devons avoir un débat social avec la question fondamentale : « quelle école voulons-nous VRAIMENT, pour qui, pour quoi ? ».

C’est un choix de société, nous ne pouvons obliger personne à investir dans l’école mais nous pouvons essayer d’être plus présents dans les médias pour donner un meilleur éclairage. Dont acte.

L’équipe enseignante de l’école Sécheron

 
Liens
Liste de diffusion
 
L'actualité et les renseignements utiles pour le métier d'enseignant directement sur votre adresse mail.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Coopération pédagogique en Afrique
Pour faire connaissance avec CPA et éventuellement partir l'été prochain en Afrique, rendez-vous sur son site.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Testez votre niveau de langue!
Le Centre européen pour les langues vivantes (CELV) met à disposition sur son site un petit questionnaire qui permet de situer son niveau de langue.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Le Livre blanc
Le Livre blanc a été élaboré par le Comité du SER, analysé par chacune des associations et utilisé au 42ème congrès. Pour le télécharger, claiquer ici.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Les vidéos du 2 septembre
Pour revivre la première journée suisse de l'éducation qui a eu lieu le 2 sept, quand LCH et le SER ont rencontré les acteurs de la politique de l’enseignement, les partis nationaux, les responsables cantonaux en charge de l'éducation et d’autres spécialistes.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::