Dans la sale période que nous traversons, faut-il céder au découragement, s’accorder une pause, ou, au contraire, encourager un vrai sursaut, pour aller de l’avant ? Après nous le déluge ?Après tout, pourquoi s’escrimer à défendre une école qui donne sa chance à chacun, si personne n’en veut ? Nous sommes les derniers, des moins que rien, les médias nous coiffent du bonnet d’âne – enseignants comme élèves – notre statut de fonctionnaire privilégié va disparaître, notre formation va être réduite à sa plus simple expression, le premier avocaillon ou pseudo philosophe venu déverse sur nous son fiel sous les bravos du public, bref, pas besoin d’en rajouter, nous en prenons plein les dents quotidiennement, et depuis trop longtemps. Serions-nous vraiment masochistes ? Mais qu’attendons-nous pour remettre les notes ? Au dixième ? Pas de problème, au centième, même, si cela plaît. Revenons-en aux bons apprentissages notionnels, bien découpés, bien appris et sitôt oubliés. Lire-écrire-compter sont les trois mamelles de l’instituteur modèle ! Faut pas chercher ailleurs, ni espérer donner du sens aux savoirs. Troupeau servileEnsuite, si nous voulons de meilleurs résultats à PISA, ce n’est pas compliqué : alignement de tous les élèves dans la cour pour passer les tests et coups de fouet à ceux qui rêvent ! Vous allez voir les points qu’on va gagner avec une méthode simple et économique. Et quel soulagement pour nous les profs. Plus besoin de se prendre la tête, la vérité est dans la moyenne. La réforme que nous essayons d’appliquer ne porte pas ses fruits ? Jetons-la vite fait et arrêtons de croire que nous sommes des professionnels qui pouvons exercer une quelconque influence sur notre métier et sur la société. Balivernes ! Laissons-nous dicter notre boulot, re-po-sons-nous, et, en bons exécutants, fabriquons sans état d’âme les moutons et les requins qui s’égaieront dans la société de demain – sûrement un peu moins démocratique mais bon, on ne peut pas tout avoir ! … NON !Nos mécanismes de défense, c’est normal avec toutes les attaques que nous subissons, nous poussent plus ou moins fort selon notre état, vers des solutions de repli. C’est légitime. Avec la multitude de tâches qui nous sont demandées, le peu de gratification que nous recevons, se retrouver dans sa classe entouré de ses élèves constitue un moment relationnel intense qui nous rappelle pourquoi nous avons choisi ce métier. Et la tentation est grande de jeter tout le reste. Agir en professionnels pour regagner la confianceNotre résistance, salutaire, reste exceptionnelle, mais nous peinons à passer l’épaule. Le risque de l’immobilisme, c’est d’étouffer, et revenir en arrière, dans l’antre obscur, est hors de question. Alors, osons ! Osons prendre des mesures qui permettront à l’école d’avancer enfin sur ses deux pieds. Acceptons de petites concessions de part et d’autre afin que l’école primaire genevoise réalise une harmonisation que tout le monde désire. Soyons les garants d’un système scolaire équitable et le même, pour tous les élèves. Nous avons théoriquement des objectifs d’apprentissage et du matériel d’enseignement identiques, mais nous évaluons nos élèves différemment ; est-ce bien raisonnable ? En adoptant un dispositif d’évaluation et des cycles pluriannuels communs à tout le canton, nous gagnerons en lisibilité, pour les parents et pour la population. Et nous nous y retrouverons mieux, nous aussi ! Les deux systèmes qui perdurent dans l’école primaire genevoise ne sont pas si éloignés l’un de l’autre, compte tenu notamment de la forte évolution générale qui, par la force des choses, touche le système scolaire dans son entier. La solution nous appartient. Ayons le courage, nous les professionnels, de l’appliquer à la rentrée 2005 ! Aujourd’hui, nous avons la possibilité de faire un pied de nez aux détracteurs de l’école, à tous ceux qui s’en prennent pour des raisons plus ou moins avouables au primaire. Passons outre les embûches référendaires et montrons notre volonté de faire et de promouvoir une école juste, la même pour tous, une école qui imposera le respect et la confiance ! |