Notes et sanctions à l’école: question de droit
Genève - 06/05/2005

Secrétaire général de défense des droits de l’enfant international, en France, professeur de philosophie, Bernard Defrance était l’invité de six associations dont la SPG pour une conférence sur les notes et sanctions à l’école. Cette conférence était également l’ouverture des Assises de la Coordination Enseignement sur le thème: qu’est-ce qu’une école juste? Nous reviendrons sur ces Assises dans les prochains numéros de l’Educateur.

Defrance s’est fait le porte-parole de ses élèves: son propos a été émaillé de témoignages d’étudiants de ses classes de philosophie au Lycée. Les constats dressés par le conférencier sur la base des textes de ces jeunes sur l’école sont édifiants! D’abord, la note n’est pas empreinte de justesse: une même copie peut être notée très différemment par des évaluateurs différents. Defrance observe également que les enseignants ne respectent pas toujours les règlements en matière de punition. Un enseignant qui punit un de ses élèves est une victime se faisant justice lui-même. La conséquence est la perte de la possibilité d’un débat démocratique sur les attentes de l’école et leurs raisons d’être. L’instauration de l’institution de la loi, peut limiter ce genre d’abus de pouvoir. Une autre affirmation forte dans le discours de l’orateur est que l’élève vient à l’école parce qu’il est ignorant. Ce dernier fréquente les classes pour apprendre et a donc le droit de ne pas savoir. Or, l’ignorance est punie à l’école! On soumet les élèves à une obligation de résultat, alors qu’on devrait les soustraire à cette logique. L’élève reste donc prudent dans ses réponses, pour éviter de montrer qu’il ne sait pas et donc d’avoir de mauvaises notes. Le conférencier en conclut que le système de notation empêche donc d’apprendre. Finalement, l’enseignant se constitue juge et partie, puisqu’il évalue ce qu’il a par ailleurs enseigné lui-même. Il a le droit absolu de mettre une note, qui va décider d’un passage ou d’une orientation dans telle ou telle voie. C’est une pénalisation des apprentissages qui empêche les élèves d’apprendre. Heureusement, Defrance n’est pas resté dans cette vision mortifère de l’école! Il propose des pistes de réflexion et de travail: une note ne devrait pas être bonne ou mauvaise, mais basse ou élevée. Elle devrait traduire un état de connaissance qui ne peut qu’être bas au départ, puisque l’élève vient à l’école pour tâtonner et apprendre. Ayant montré que la note n’est jamais objective, il différencie deux types d’évaluation: l’évaluation formative qui fait de l’enseignant l’entraîneur et le premier supporter de ses élèves dans leur course vers la réussite; et l’évaluation externe pour jouer le rôle de validation du système. En aucun cas, la note ne doit être un moyen de chantage et de coercition. Pour réaliser un programme de réussite pour tous, il préconise une école de la solidarité. Des classes où tous concourent à la réussite de tous, où les plus performants aident leurs camarades plus faibles. En effet, le savoir s’augmente d’être donné, autrement dit, en partageant son savoir avec les autres, l’élève performant accroît encore sa maîtrise. Enfin, du point de vue de l’enseignant et pour limiter sa subjectivité de “seul maître à bord”, Defrance propose des temps de paroles sur temps d’enseignement avec les pairs, d’échanges de pratiques pour donner plus à voir ce qui se passe dans la boîte noire que peut être la classe. Un défi à relever!

Laurent Vité

 
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