Taux d’encadrement, moyenne par classe, discrimination positive, GNT, STACC : notre jargon utilisé dans nombre de nos revendications ne peut créer suffisante diversion au point de faire oublier que, globalement, l’aide aux élèves en difficulté n’est pas satisfaisante. L’introduction massive d’enseignants généralistes non titulaires (GNT) n’avait pas atteint son but : réduire l’échec scolaire. C’est ce qui ressortait de l’analyse de Walo Hutmacher, en 1993. La Rénovation était censée donner une réponse à ce constat navrant. Sans revenir sur les avatars liés à la réforme – connus et rabâchés – et les raisons qui font que, aujourd’hui, nous ne sommes pas là où nous l’espérions, nous pouvons quand même nous poser la question de savoir en quoi nous avons modifié nos pratiques et nos représentations au sujet de la fonction de GNT. Une confusion savamment entretenueL’indéniable évolution du métier serait-elle moindre en ce qui concerne les GNT ? Idem pour les enseignants de structures d’accueil (STACC) ? Ce serait un sacré paradoxe en regard des innovations mises en place justement pour lutter contre l’échec scolaire ! Ces questions, volontairement provocatrices, ne se veulent en rien dénigrantes par rapport au travail de qualité effectué au quotidien dans bien des établissements. Ces interrogations n’ont pas non plus pour but de proposer une solution toute faite. Cependant, la réflexion à ce propos – déjà présente sur le terrain – mérite d’être un peu dopée. Car, même si le point « GNT-STACC » est mis de manière récurrente aux ordres du jour des séances de la commission de pédagogie-gestion, le dossier n’a pas avancé d’un iota. Les discussions sur ces deux fonctions, différentes, ont toujours été empreintes de flou et mélangées. Fonction détournéeLes GNT, a priori, ne sont pas là pour s’occuper des élèves primo arrivants et les titulaires de STACC n’ont pas à prendre en charge des élèves destinés à l’enseignement spécialisé. La fonction de GNT n’est pas non plus réservée aux enseignants « fatigués ». Nous pourrions continuer longtemps avec des affirmations de ce type… Parce que, hélas, l’intérêt des personnes prime encore trop parfois sur celui des élèves et que, par manque de moyens, les problèmes se déplacent par effet domino. Le fameux taux d’encadrement (nb d’él. / nb de TIT-GNT-MS), qui peine à ne pas dépasser 17 (en réalité 17,121 cette année, = un manque de 14,5 postes), ne fait en principe pas entrer les STACC dans le calcul. Mais la généreuse idée d’ouvrir une STACC là où il le faut, à tout moment, se heurte au refus du processus inverse. Comment ne pas se cramponner à « sa » STACC quand les besoins, par exemple en GNT ou en spécialisé, ne sont pas couverts ? Le système est ainsi perverti et personne n’y trouve son compte. Tous titulaires ?La prise en charge de tous les élèves d’une école devrait être définie par toute l’équipe qui pourrait ainsi établir des modalités d’aides aux enfants en difficulté. Sur la base de principes pédagogiques partagés, le corps enseignant de telle école aurait la possibilité de répartir ses ressources de façon optimale, à condition, bien sûr, de disposer d’une enveloppe, de moyens, de postes suffisants. Cela se pratique plus ou moins déjà, grâce aux projets d’école ; mais à quel prix, avec quelles garanties de continuité et quelle reconnaissance ? Faudra-t-il encore longtemps entendre des âneries du genre « Le GNT n’a pas le droit de donner des cours d’allemand ! » Qu’est-ce que cela peut bien faire si, pendant ce temps, le titulaire s’occupe d’un groupe restreint d’élèves qui ont un besoin spécifique ? Rompons alors peut-être avec ces appellations trompeuses et soyons, tous, titulaires, responsables de groupes, de classe, d’école, tout cela à la fois, et…essayons d’être davantage polyvalents. Olivier Baud L’autonomie partielle des établissements devrait permettre de mieux répondre aux besoins des élèves en difficulté, notamment en clarifiant, sans rigidité ni a priori, les rôles de chacun au sein de l’école. Mais, pour ce faire, il faudrait d’abord que la direction ait confiance envers les équipes… |