Cher collègue, Merci de prendre un peu de temps pour lire ceci, qui ne vise à offenser personne. Dorénavant, le salaire d’un enseignant, dépendant des désastreuses finances du canton, ne progressera probablement que peu. C’est tout pour le décor. Grossièrement, on peut distinguer quatre types d’enseignants : Type A) | Certes, l’école dans laquelle il s’est engagé n’est pas celle qu’il a quittée. Cela ne l’empêche pourtant pas d’être dynamique, d’avoir de nombreuses activités qui lui permettent de se changer les idées et, de plus, il découvre encore les joies de l’indépendance. Pourquoi donc se soucier de sa progression salariale ? En effet, il ne s’est pas encore rendu compte qu’il a déjà perdu près de 20% de son salaire par rapport à ceux qui sont entrés dans la maison il y a dix ou quinze ans, sans parler des autres. Finalement, c’est vrai qu’il est normal qu’il ne gagne pas le salaire auquel un ingénieur sorti d’une HES (pas EPF !) peut prétendre. | Type B) | Sa famille, sa maison, ses vacances l’occupent bien assez pour qu’il ne s’énerve dans un combat à l’issue très incertaine. Il ne pense pas qu’il soit possible que ses conditions de vie se dégradent, et le fait que ceux qui viendront après lui puissent être mal à l’aise ne l’effleure pas vraiment. | Type C) | Il fait partie de ceux qui n’ont pas connu la discrimination salariale pour les classes G (salaire acquis). Son salaire, déjà relativement confortable au début de sa carrière, ne passera peut-être au prochain échelon (si on le lui donne) qu’à 7'700.- au lieu de 7'900.-. Après tout, c’est environ ce qu’il gagne aujourd’hui, alors pourquoi paniquer ? De plus, il pense que ceux qui s’occupent de ses intérêts sont incompétents, et que lui seul a la solution. | Type D) | Peu importe son ancienneté, son salaire, ses convictions politiques ; il pense qu’il n’est pas normal que les jeunes fassent les frais de son immobilisme, et que la profession et les avantages qu’elle comporte doivent être défendus. Il ne fait pas aveuglément confiance aux majorités bourgeoises du Conseil exécutif et du Grand Conseil, qui bien entendu se font bien plus de souci pour le complexe militaro-industriel que pour les enseignants. Aussi, il estime que la voie syndicale est la seule qui permette de rester unis et de défendre les intérêts des enseignants avec efficacité : se disperser, c’est laisser le renard entrer dans le poulailler. |
Peut-être n’avons-nous pas de réponses claires dans l’immédiat, de solutions commodes aux maux qui nous touchent. Cependant, participer au débat est essentiel (d’ailleurs, vous n’avez pas voté pour ceux qui détériorent notre métier). Comment les jeunes peuvent-ils percevoir la résignation qui paraît frapper beaucoup d’enseignants ? - peur ? - honte ? - égoïsme ? etc. Soyons solidaires, c’est beaucoup dire, c’est une belle « grande » phrase, du baratin de gauchiste ! Est-ce cependant si pénible ? Offrir un peu de son temps et de son énergie à défendre les autres (et soi-même), est-ce là trop demander ? Julien Hoffmeyer |