L’association professionnelle a toujours défendu l’idée d’une évaluation précise et objective des enseignants nouvellement engagés et ce, dès l’entrée dans le métier. Mais pas n’importe comment. La profession a un intérêt évident à exiger que durant leur période probatoire de trois ans les prestations des nouveaux engagés soient soumises à divers contrôles. En effet, l’institution doit pouvoir certifier que les personnes qu’elle emploie ont bien les compétences attendues, avant de les nommer ou de les stabiliser, car il en va de la crédibilité même du métier et de l’école. Mais le syndicat doit aussi veiller aux droits des travailleurs : l’évaluation du personnel ne doit pas être synonyme de stress, humiliation, mobbing, etc. Un bel outil…Or, actuellement, nous constatons malheureusement beaucoup trop de dérives liées à l’utilisation inadéquate du fameux guide méthodologique destiné à l’évaluation des enseignants en période probatoire (EPP). Ce document de 53 pages, pondu par la direction sans véritable concertation, entend répertorier de façon exhaustive toutes les tâches et compétences attendues et s’autorise même à lister, sous forme de centaines de mots, les attitudes jugées inadéquates. Tenter de décrire le métier dans toute sa complexité afin de mieux l’expliciter est certes un effort louable. Cela ne signifie pas pour autant qu’on y arrive ni surtout qu’on puisse utiliser ce travail à des fins d’évaluation individuelle. Transposer sans autre un projet de référentiel des compétences du métier d’enseignant en une grille où chacun des centaines d’items répertoriés peut être sanctionné d’une appréciation qui dit si cette exigence est satisfaite ou non conduit inévitablement à des dysfonctionnements graves, surtout si ce document est remis à un évaluateur sans compétences particulières. Qui, par exemple, possède un niveau d’expertise lui permettant de juger si le degré d’improvisation d’un enseignant traduit un certain laxisme ou relève du génie pur et simple ? Peu de monde. ... dans des mains incompétentes ?Pour prendre un autre exemple – authentique – il est assez sidérant d’arriver à la situation d’un chargé d’enseignement, porteur d’une licence LME (4 ans de formation universitaire), qui a effectué des stages de terrain à la satisfaction de tous, qui bénéficie de rapports annuels entièrement favorables les deux premières années qui suivent son engagement, et qui se voit, tout d’un coup, en dernière année probatoire (7 ans après le début de sa formation !) déclaré incompétent par son inspecteur dans plusieurs domaines ! Tout ça à cause de la nouvelle grille d’évaluation arrivée cette année. L’EPP a droit à un diagnostic correctIl saute aux yeux de toute personne sensée que l’enseignant superman, celui qui maîtriserait parfaitement et en permanence toutes les compétences propres au métier n’existe pas. Ce guide ne peut donc être utilisé pour scanner des pieds à la tête l’EPP ! Nous réclamons une vraie évaluation diagnostique au bout des trois premiers mois d’engagement, qui fixe de manière réaliste les objectifs à atteindre. Et qui tient compte de l’avis des formateurs, de l’équipe. Au fait, qui évalue les IPP (inspecteurs en période probatoire..) ? Heureusement, tous les EPP ne sont pas maltraités. Il est toutefois aisé de s’improviser médecin face à une personne éclatante de santé. Mais il y tout lieu de s’inquiéter si un pseudo docteur s’empare d’une tronçonneuse pour un cor au pied… |