Quelle école demain ?
Genève - 11/03/2005

La Société pédagogique genevoise a été invitée par Charles Beer, président du département de l’Instruction Publique, à se joindre à une journée de travail à Lyon le 4 février 2005. Nous avons travaillé sur cet objectif : cerner les enjeux de l’école dans toute sa complexité, ainsi que les moyens mis en place pour construire une école digne d'une démocratie, jugée comme étant à faire advenir.

Pour ce faire, nous avons rencontré Philippe Meirieu à l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) et les professionnelles du Centre Michel Delay[1] situé en zone d'éducation prioritaire.

Une culture commune et la réussite de tous : deux  finalités paradoxales ?

Notre école a deux exigences. D’une part, la socialisation des enfants ce qui implique un fort souci d’intégration de ces derniers dans notre société, et d’autre part, elle prône également la réussite individuelle, qui est de plus en plus attendue par les parents se faisant écho de la société. Concilier ces deux nécessités n’est pas simple. Quelle culture commune enseigner à nos enfants tout en les encourageant à faire de leur mieux afin qu’ils réussissent ?

Apprendre la démocratie.

L’apprentissage de la démocratie devrait être l’objectif principal de notre école. Dans notre société, on a tendance à croire que c’est une notion innée, évidente, mais ce n’est pas le cas. Les élèves pourraient travailler sous forme de projets, pour se forger leur identité de citoyen. A titre d’exemple, un travail sur le réchauffement de la planète amènerait l’élève à utiliser des savoirs spécifiques (sciences, histoire, géographie) et des savoirs transversaux (écrire l’exposé, le mettre en forme de poster, utiliser des graphiques…). Cette approche donnerait du sens à ce que l’élève fait. L’apprentissage disciplinaire est une direction que nous avons prise, mais il faudrait définir quelles compétences l’école veut développer chez nos futurs concitoyens.

La clé de l’apprentissage, est-ce le sens que l’enfant y voit ?

L’entrée dans la connaissance par disciplines bien séparées sans lien entre elles nous paraît dénuée de sens. En effet, combien de collégiens font des mathématiques poussées sans avoir aucune idée de leurs liens avec les pratiques sociales ?

Gérard Fourez[2], épistémologue, constate que tout semble se passer aujourd'hui comme si certains désiraient que l'enseignement primaire ait une perspective de formation de moins en moins globale et de plus en plus axée sur les disciplines.

Quelle vocation pour le primaire? Doit-on appeler ses enseignants à faire découvrir et comprendre le monde à leurs élèves dans sa globalité ou doit-on les inciter à limiter leur enseignement à des disciplines dépendant de plus en plus des résultats des disciplines fondamentales ou des recherches en didactique (L'école primaire étant alors souvent vue dans cette deuxième optique comme lieu d'instruction plus que d'éducation).

S'agirait-il ici, sur un plan pragmatique, de déjà mieux poser le problème de l'enseignement et l'apprentissage par disciplines en se demandant pour quelles connaissances et quelles compétences à développer ? Mais avec qui poser le problème? Des politiciens, des pédagogues, des didacticiens, des épistémologues, des sociologues, des syndicalistes, des représentants des mouvements pédagogiques ? Sans exclure les mouvements qui freinent aujourd'hui toute progression au nom d'une défense du savoir ? Ne serait-ce pas un moyen de calmer le jeu ?

Le lien avec les familles : les intéresser à l'école.

Le lien avec les familles devrait aussi être plus fort. Organiser des fêtes multiculturelles, conduire des entretiens avec eux à propos de l'avancement de leur enfant sont des moyens rôdés, efficaces. Les familles exigent plus encore aujourd'hui. Nous avons à inventer pour que les parents et les enseignants puissent débattre de préoccupations communes, discuter de ce qu’est une école de qualité. Ainsi le transfert des connaissances apprises en classe pourrait être plus efficace si les parents se sentent intégrés non seulement à la vie de l’école mais à une réflexion sur les objectifs eux-mêmes.

Une pédagogie dont les bornes sont la réussite.

La manière d’enseigner que l’on choisit est également un facteur important de la réussite des élèves. Une pédagogie du chef-d’œuvre permet de tout faire pour que chacun progresse et parvienne à un objet parfait ; c’est piloter par la réussite par rapport à des objectifs et des progrès. A contrario, une pédagogie qui photographie un instant en mettant une note et en passant à la suite, revient à conduire son enseignement par la sanction par rapport à une sélection.

Une école du respect et de la tolérance

Il s’agit de savoir quelle école nous voulons, et même plus, quels citoyens nous voulons former pour faire évoluer la société de demain. Une société où l’individualisme est roi et où la solidarité n’existe que pour soulager notre conscience ou alors une société qui prône réellement l’entraide, la réussite de tous sans pour autant écraser son voisin, avec des gouvernants qui pensent avant tout au bien commun ? Une réflexion sur la solidarité semble importante à conduire. En sachant qu'elle est différente de la générosité. Plus égocentrique peut-être (dans tout échange chacun doit pouvoir y gagner), mais plus réaliste certainement.

Voulons-nous une discrimination positive?

En France, le gouvernement a choisi de classer des régions difficiles en REP ou ZEP (soit  en réseaux et zones d'éducation prioritaire). Ces lieux bénéficient alors de plus de moyens financiers pour fonctionner. Mais est-ce suffisant ? En effet, les volontaires pour travailler dans ces établissements sont rares et quelques fois, les plus anciens dans ces écoles sont… les élèves!

Les expériences conduites en France ont permis de développer des centres spécifiques (comme celui qui nous accueillait à Vénissieux) développant divers outils, dispositifs, moyens ingénieux et formations spécifiques pour les enseignants et les formateurs concernés. Si la démarche est intéressante, peut même être séduisante, une question essentielle demeure : Jusqu'où aller dans ce type de différenciation ? Comment ne pas créer plus de problèmes que d'en résoudre ? Ne faudrait-il pas avoir une politique éducative plus large ? Le mélange des populations, à tous les points de vue (économique et culturel), ne serait-il pas la solution pour que nos classes soient plus équilibrées, laissant ainsi plus de chance à la réussite et barrant le chemin à la violence ? Enfin, une politique à long terme qui encourage l’inventivité des pédagogues dans les réformes et qui donne les moyens de les mettre en place n’irait-elle pas dans la direction d’une école plus égalitaire ? Les professionnels du centre Delay et les enseignants travaillant dans ces zones se sont montrés d'accord : notre questionnement est pertinent. Demeure à chercher les réponses dans chaque école, chaque classe.

Eveline Langer

Membre du comité SPG

 

Bibliographie :

-         Philippe Meirieu

-         Faire l’Ecole, faire la classe, Paris, ESF, 2004

-         Le Monde n’est pas un jouet, Paris, Desclée de Brouwer, 2004

-         Nous mettrons nos enfants à l'école publique (Paris, Mille et Une Nuits, 2005).

 

(photos E03 2005 SPG – G à K)



[1] Centre Michel Delay http://www.lyon.iufm.fr/www/clmdv.nsf/0/265260eb87fb2ecac12569cf003d05b5?OpenDocument

[2] Fourez, G. (2003) Apprivoiser l'épistémologie. Bruxelles : De Boeck. p. 90.

 
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