La mobilisation est en baisse ; les gens sont désabusés, débordés, « on » leur en demande trop, plus rien ne les motive, etc. « Le moment est mal choisi », « La manière n’est pas la bonne »… Voilà ce que l’on entend quand il s’agit de défendre les services publics. En revanche, pour participer à une manifestation de masse sans visée intelligente, beaucoup se retrouvent… Eh bien, courez maintenant !L’homme est un animal étrange et les enseignants ne font pas exception. Quand la direction prévoit une séance de rentrée un mercredi pour tous les nouveaux engagés, l’aula de Geisendorf est plein. Pourtant la présentation qui leur est faite est plutôt vide d’intérêt – toutes les informations données sont disponibles ailleurs – et, vu le monde, les collègues qui peuplent les couloirs d’accès ne peuvent ni voir l’écran ni entendre. Peur de l’inspecteur, envie de se faire bien voir ? Ils sont venus et restent dociles. Cela pourrait se comprendre. Mais pas si l’on considère que le Forum du 17 mars et la journée du 22 septembre ont été sous-fréquentés. Participer à de vrais choix sur l’amélioration de ses conditions de travail devrait mobiliser n’importe quel travailleur ! Hélas, la réalité est autre. Les dindes exigent que la date de Noël soit avancée La défense des services publics est logée à la même enseigne et un parallèle identique peut être tiré. Alors que les attaques contre les fonctionnaires sont plus virulentes que jamais et ne peuvent que déboucher sur un affaiblissement de l’Etat, les usagers observent passivement, critiquent éventuellement ces « privilégiés » qui bloquent la circulation un vendredi. Mais ne montent pas aux barricades pour dénoncer les prestations qui disparaissent à la vitesse grand V. La droite a réussi à monter les plus défavorisés parmi la population contre les fonctionnaires en activant le sentiment d’injustice et de jalousie face à « la garantie d’emploi à vie », largement fantasmée par ailleurs. Ce dont ne se rendent pas compte les citoyens qui ont déjà les plus bas revenus, c’est que ceux qui veulent démanteler le statut de fonctionnaire, une fois que cela sera fait, auront eux – en véritable privilégiés qu’ils sont – tout loisir d’inscrire leurs enfants dans des écoles privées et de se faire soigner dans les mêmes cliniques réservées aux nantis. Et que les plus pauvres se retrouveront avec encore moins, mais obligés de conduire leur progéniture dans des écoles surchargées, sans moyens, comme ils seront contraints d’amener leurs draps, leur repas, etc. quand ils devront se faire hospitaliser. Cautionner les initiatives qui visent à moins d’Etat, c’est concourir à sa propre perte. Moutons de Panurge Fonctionnaires et usagers ont de la peine à se retrouver ensemble dans la rue. Mais il est un événement qui met – apparemment – tout le monde d’accord. Qui bat des records d’affluence au point que les organisateurs doivent limiter le nombre d’inscrits. Parce que, oui, il faut s’inscrire et même payer pour pouvoir participer à cette manifestation dans les rues de Genève, à la veille de l’hiver ! La course de l’Escalade représente sûrement la plus grosse manifestation du canton depuis quelques années… Voilà ce qui mobilise[1], courir, sans but aucun, juste pour y être, en être, être vu, par ce que « c’est sympa ». Je sais bien que certains vont me traiter d’esprit chagrin d’oser critiquer cette quasi institution, mais je suis écoeuré de cette participation massive, parce que là, personne n’use de faux-fuyants pour éviter d’être présent. Combien de personnes qui ne sont pas venues marcher avec nous lors des manifestations iront courir ce jour-là ? Courir quelques minutes les empêchera peut-être de penser, durant le temps de la course, au budget 2005, au PL 9275, à GE-Pilote, au PFQ, etc. Mais si c’est le cas, alors, gardons, gardez la forme, parce que, avec les années qui s’annoncent, il va falloir courir beaucoup !
[1] Je tiens à préciser, sans ironie aucune et sans me contredire, que je ne critique pas les collègues qui participent à la course de l’Escalade avec leurs élèves. Au contraire, j’estime que cet engagement – qui comporte bien souvent nombre d’entraînements en dehors des heures scolaires – est tout à l’honneur de notre métier. Je conçois de même que des classes se rendent au salon de l’automobile car il s’agit aussi d’un événement majeur à Genève que l’on ne peut ignorer. Mais, à mon avis, cela doit aussi s’accompagner d’un « rééquilibrage » et fournir l’occasion de mieux aborder des notions d’écologie. Encourager la « marche de l’Espoir » me semble, par exemple, un bon préalable à la course de l’Escalade. |