Le démon de l’audit a encore frappé ! Si le président du département, en fonction depuis 18 mois, a pu donner l’impression qu’il avait rapidement acquis une bonne connaissance des dossiers, l’étude qu’il cautionne maintenant démontre qu’il ne lui aura pas fallu longtemps pour céder à des dérives qui, en principe, inspirent assez peu le parti dont il est issu… L’enseignement spécialisé sous haute surveillance Le mandat « pour une analyse de l’enseignement spécialisé », rédigé par la direction de l’enseignement primaire, a été signé le 28 juin 2004 par les deux personnes, en provenance de Zurich et Lucerne, qui ont accepté cette tâche. Ces dernières procèdent depuis mi-septembre à des investigations sur le terrain. Mais ne rencontreront pas l’association professionnelle car elles n’en ont pas reçu l’autorisation ! Au-delà de ce détail révélateur, comment faut-il comprendre cette initiative ? Toutes et tous concerné-e-s par le spécialisé L’enseignement spécialisé est habitué à se justifier, à expliquer sa mission. Ce travail est nécessaire au quotidien car les questions, les incompréhensions sont légitimes et récurrentes. Il ne sera jamais acquis d’emblée et durablement que ce secteur ait besoin, par exemple, d’un fort taux d’encadrement et de moyens conséquents. D’une certaine manière – et même si cela reste au niveau de l’inconscient – le spécialisé incarne l’échec de l’ordinaire, rappelle que les élèves qu’il accueille n’ont pu être maintenus dans le système dit normal. Ainsi, l’enseignant spécialisé[1] gère localement, avec les parents, les collègues, la population, les interrogations que son travail suscite. Mais rien ne le prépare à cette attaque lancée par la haute hiérarchie ! Attaque d’autant plus déstabilisante qu’elle se fait au mépris de la direction du service médico-pédagogique (SMP) ! Bouc émissaire D’aucuns penseront qu’il est temps que l’enseignement spécialisé soit remis en question. Ils ont raison. De même que l’école doit constamment chercher à améliorer les prestations, le SMP doit s’interroger sur les orientations qu’il privilégie. C’est pourquoi le service n’a eu de cesse d’alimenter la réflexion et d’encourager les démarches évolutives ; initiatives jamais abouties et qui comportent leur lot habituel d’insatisfactions. Un regard externe est donc toujours intéressant, pour autant que son analyse porte sur de vraies questions, pédagogiques entre autres. Hors, dans le mandat concocté, les tâches demandées aux « expertes » ne visent qu’à démontrer que le spécialisé coûte trop cher et qu’il y a des économies à faire ! Le seul but de cette étude est de rationaliser. La complexité du travail, la diversité des élèves sont considérées comme des tares. Il y est affirmé « la nécessité d’assurer une harmonisation, voire une uniformisation, des pratiques entre l’enseignement ordinaire et l’enseignement spécialisé » ! A quoi bon uniformiser ? Si c’est pour gommer toutes les spécificités, autant décréter tout de suite la suppression du spécialisé ! Mais ce n’est pas tout. Tout au long du texte du mandat, de manière tendancieuse, il est suggéré que les enseignants du spécialisé bénéficient de conditions privilégiées, de compensations multiples et que, en quelque sorte, ils outrepassent leurs droits. Le spécialisé est une cible facile. Méconnu, il suscitera toujours des phénomènes de rejet et de défense. Mais quand l’offensive principale provient de l’interne, il y a de quoi s’inquiéter. Reconnaissance zéroLe rapport tombera fin décembre 2004. Au moment même où le professeur Juan Manzano, directeur du service médico-pédagogique, quittera ses fonctions. Il aurait mérité un autre cadeau pour son départ à la retraite. Hélas, autant les services des ressources humaines enflent démesurément de nos jours, autant les relations, les conditions de travail se déshumanisent et se vident de tout sens…
[1] Terme générique qui englobe tous les membres de l’équipe pluridisciplinaire |