| Olivier Baud L'école n'est jamais bien éloignée des feux de l'actualité. Mais de temps en temps, l'impression qu'elle fait l'objet de tous les regards surgit, comme ça, sans qu'on sache bien pourquoi, et si c'est vraiment fondé. Il me semble que ces derniers mois, chacun y va de son interprétation, de son analyse, donne son avis sur ce que devraient être l'école, les élèves, les enseignants, les parents. Peut-on tirer un enseignement de ces prises de position disparates qui nous arrivent dans le désordre? Pour certains, il y a avant tout des choses à rétablir: l'autorité des maîtres et des parents, le goût de l'effort, la motivation des élèves, la discipline, les sanctions, les devoirs à domicile, etc. comme s'il fallait dénoncer une situation décadente, une institution qui en quelque sorte ne ferait que concourir à sa propre perte. D'autres pensent qu'il ne sert à rien de se complaire dans des considérations nostalgiques et qu'il faut dépasser la question de savoir si l'école est le reflet de la société ou l'inverse, de peur que les deux ne se cassent la figure méchamment. Les premiers ne proposent pas grand-chose, si ce n'est de recourir à des recettes prétendument éprouvées et qui relèvent parfois de la pensée magique. Les seconds croient fondamentalement que les savoirs et l'éducation dispensés aux élèves vont changer le monde et que pour ce faire il faut sans cesse faire évoluer les pratiques; on les accuse de cécité, d'encourager une fuite en avant, de précipiter l'école à terre. Ce qu'il y a de rassurant au travers des divers opinions, c'est qu'en conclusion, presque tout le monde se met d'accord pour dire qu'il ne sert à rien de désigner des coupables, que d'ailleurs il n'y en a pas, que tout le monde fait un petit peu faux, il est vrai, et que parents, enseignants, autorités n'ont pas à se culpabiliser mais à s'entendre. Bref, rien ne semble inéluctable… tant mieux! Et les élèves dans tout ça? Force est de constater qu'ils prennent bien peu la parole. Serait-ce qu'en fin de compte, elle leur plaît cette école, et qu'ils ne voient pas bien à quoi riment ces disputes d'adultes? La baisse de niveau, l'exclusion, l'échec, l'avenir bouché ne seraient en somme que des angoisses de grandes personnes choyées, arrivées à un stade où elles se rendent compte que les suivants ne pourront pas bénéficier des mêmes avantages qu'elles? Que savons-nous de la démotivation des élèves, de leur supposé "je-m'en-foutisme", de leur intolérance à la frustration? Rien de bien précis. Hélas, il faudrait être bien déconnecté de la réalité pour croire que les élèves baignent dans un bonheur scolaire absolu et que ceux qui décrochent du système ne sont qu'une invention d'humanistes utopiques qui croient à la réussite de tous. Mais alors, au lieu de fustiger à tour de rôle les acteurs de la société, de se renvoyer continuellement la balle, pourquoi ne donne-t-on pas plus la parole aux élèves et en particulier à ces nouveaux cancres qui, comme tous les cancres, ont toujours eu un regard aussi acéré qu'acerbe, des idées bien souvent plus pertinentes qu'impertinentes et, surtout, plus justes que bien des adultes? Même si certains croient qu'il est encore de bon ton de ricaner sur "l'élève au centre", il faudrait quand même faire attention, maintenant, à ne pas l'évacuer complètement! |