Surveiller, punir, exclure
! " Ouvrez une école, et vous fermerez une prison ! ", le beau mot de Victor Hugo n'a plus cours quand on ne fait plus la différence et que l'école rejoint l'univers carcéral.Nos collègues français sont en colère. Fin janvier. En réaction aux restrictions imposées par le budget 2003 du gouvernement Raffarin, les maîtres font grève et descendent dans la rue, réunis sous la bannière d'un slogan récurrent : " Des moyens pour l'Education ! " On le sait, les images sont sélectionnées et les commentaires partiels ou partiaux. Il n'empêche. Dans les écoles de nos voisins, les agressions semblent se multiplier. Entre les élèves et envers les enseignants. Dès lors, ce que nos collègues français demandent comme " moyens " semble se limiter au renforcement des approches d'exclusion: démarches de renvoi ou classement en ZEP de nouveaux établissements scolaires, élément potentiel de stigmatisation. Certains seront séduits et proposeront d'emboucher des trompettes au son similaire. Et pourtant
Une fois que l'ensemble des établissements seront munis d'un méchant grillage, que partout la classe se fera sous le regard honteux de vilaines caméras de surveillance, que les conseils de discipline auront renvoyé les plus réfractaires
qu'aura-t-on gagné ? Des performances améliorées pour tous, à hauteur des enjeux posés par la compétition du savoir ? Une confiance et un sens régénérés dans l'institution scolaire? La conviction restaurée que la connaissance est libération, même si elle nécessite quelque sacrifice et douleur ? On peut en douter ! En revanche, on peut prévoir que, sur cette pente, des pans entiers de la population s'enfermeront dans l'inadéquation aux valeurs communautaires et que l'école, plus que jamais, sera ressentie comme le fer de lance d'une société qui ne saurait plus que " surveiller et punir ". Et si l'on renversait le char et que faute de pouvoir faire entrer un carré dans un cercle, on interrogeait plutôt les contingences sociétales : la concentration de la précarité sociale ; le développement du communautarisme comme réponse à l'échec de l'intégration ; des strates culturelles et économiques qui n'ont pas d'espace commun à habiter et construire ; l'exclusion programmée d'un avenir professionnel à hauteur des espoirs suscités par le monde des médias
Créer un champ scolaire " sécurisé " et enseigner à des gens contraints, c'est sûrement possible. Quant à savoir si c'est dans ce contexte qu'un élève peut trouver des réponses, véritablement apprendre et développer ses compétences, c'est moins sûr. Jacques Daniélou PS : Le 29 janvier, Jacques Dufrenne, de CSI Consultant, déclarait, lors de l'émission de la TV romande " Autrement dit " consacrée à l'autorité, que celle-ci se devait de : donner envie de faire; permettre de développer ses propres compétences; placer dans une situation qui permette l'autonomie et l'initiative; situer dans un espace où la tâche permet d'inventer
Cela a quand même une autre allure !
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