Rencontre avec Madame Anne-Catherine LYON
Vaud - 24/11/2002

Rencontre avec Madame Anne-Catherine LYON

Tous ont d'ores et déjà loué sa force de travail et une écoute hors du commun.
Entretien avec la nouvelle Cheffe du Département de la Formation et de la Jeunesse.

Quelque 6 mois après son entrée en fonction, cette première rencontre officielle entre le comité de la SPV et la nouvelle Cheffe du DFJ a permis de faire le point sur la plupart des dossiers en cours. Entre une réforme qui semble marquer le pas, écueils spécifiques, enjeux à moyen et long termes et décisions à venir, cet échange s'est déroulé dans un climat franc et cordial.
C'est à une Conseillère d'Etat attentive que le comité a pu faire part de ses craintes et de ses espoirs.


Le comité de la SPV
:Vous venez de vivre votre première rentrée scolaire. Quelles forces et quelles faiblesses avez-vous identifiées dans ce DFJ que beaucoup s'accordent à qualifier de " tous les dangers " ?
Anne-Catherine Lyon : Comme forces principales, je soulignerai d'abord la compétence professionnelle des collaboratrices et collaborateurs du département, tant le corps enseignant que le personnel administratif, et tout particulièrement l'engagement dont chacune et chacun fait preuve. Le DFJ se signale également par le caractère fondamental de ses deux missions principales : l'enseignement et la protection de la jeunesse.
Au nombre de ses faiblesses, que je qualifierais plutôt de fragilités, je mentionnerai le grand nombre de chantiers ouverts, tels la finalisation d'EVM, la mise en œuvre des HES, ou encore le projet triangulaire, pour n'en citer que quelques-uns.

- Lors de la rentrée, certains ont été surpris de ne pas vous entendre réaffirmer quelques axes forts qui avaient prévalu lors du débat sur EVM.
- En effet, il ne m'a pas paru nécessaire de réaffirmer les grands principes qui fondent EVM car ils me paraissent être acquis.
Actuellement la demande forte est que les réformes puissent être digérées par les acteurs. Nombreux sont ceux qui mettent leurs frustrations sur le compte d'EVM. Il est donc délicat de lancer un nouveau message dès maintenant. Néanmoins il n'est pas acceptable que ceux qui freinent empêchent l'action de ceux qui ont une forte volonté d'avancer.
La difficulté est de trouver le moment opportun pour initier de nouveaux changements.

- Reste néanmoins la question des filières au secondaire I.
- Avant d'entreprendre quoi que ce soit de nouveau, je considère indispensable qu'EVM soit entré dans les pratiques et que l'ensemble des acteurs de l'école aient complètement intégré les nouveautés que contient ce système.

- L'accompagnement pédagogique en établissement pose problème…
- Il faut distinguer ce qui appartient à la formation continue, à l'introduction de nouveaux moyens et à l'accompagnement des équipes d'établissement. Sur ce dernier point, les praticiens formateurs devraient se voir confier de nouvelles responsabilités. Si l'introduction de nouveaux moyens a connu des lacunes, il faut que ceci soit amélioré. On peut regretter la disparition des conseillers pédagogiques, mais aussi s'interroger ; comment ceux-ci pouvaient-ils répondre aux demandes de 10 000 enseignants ?

- L'enveloppe pédagogique est d'abord vécue comme " budgétaire "…
- La démarche doit être participative. Les choix doivent être faits et les décisions prises entre la direction et la conférence des maîtres. De plus la création du Conseil d'Ecole va générer un nouveau lieu d'échanges. L'enveloppe est une approche nouvelle. On comprend dès lors que le premier exercice a été marqué par des hésitations. La prochaine rentrée doit permettre d'en faire émerger le contenu réel.

- Comment dépasser le débat qui oppose les tenants d'une école au service du secondaire II d'une part et des milieux de l'entreprise d'autre part et ceux qui défendent une école obligatoire porteuse de valeurs autonomes, notamment de socialisation ?
- Ces deux valeurs ne sont pas contradictoires et par conséquent ne doivent pas être opposées : il importe de donner à chaque enfant un bagage d'autonomie ainsi que les meilleures chances pour son avenir.

- Sur le rapport école-famille, on semble à un tournant.
- La Loi scolaire affirme le partenariat. J'attends beaucoup des futurs Conseils d'établissement pour qu'enseignants et parents redéfinissent leur périmètre de compétence.

- Comment vous situez-vous dans le débat sur l'intégration ? Faut-il à terme envisager la disparition d'une part de l'enseignement spécialisé, par exemple des classes de développement ?
- En aucun cas. Je suis convaincue que le système public - y inclus les institutions subventionnées - qui comprend la plupart des services du DFJ (services enseignants, service de l'enseignement spécialisé et de l'aide à la formation et service de la protection de la jeunesse), doit intégrer l'ensemble des enfants. En revanche, l'école obligatoire ne peut pas se saisir du 100% des cas. Il faut avoir une approche pragmatique et souple qui permette à chaque enfant de bénéficier des meilleures prestations lui permettant de développer ses potentiels.

- Des aspects importants de la réforme sont actuellement mis en cause.
Certaines conférences des maîtres, relayées par une pétition demandent un retour à deux semestres et d'autre part un arrêt du tribunal fédéral met en doute les compétences des conférences des maîtres dans l'orientation en fin de CYT. Enfin plane toujours l'initiative libérale dite " pour une école crédible ".

- Je suis à l'écoute du terrain, mais les enjeux sont trop importants pour prendre des décisions hâtives ; c'est pourquoi j'ai nommé deux groupes de travail, l'un portant sur la fréquence des évaluations périodiques, et l'autre sur l'éventualité de donner aux parents le choix de l'orientation en cas de doute profond de la conférence des maîtres. En ce qui concerne l'initiative libérale, je souhaiterais que la votation ne survienne pas avant que l'ensemble de la réforme EVM soit réalisée. Le Conseil d'Etat sera saisi d'une proposition en ce sens dans les semaines prochaines. La décision finale du calendrier appartient au Grand Conseil.

- L'absence de cahier des charges des enseignants est à double tranchant. Certains craignent un corset par trop contraignant et mettent en cause la liberté d'organisation du travail pédagogique, d'autres militent pour un texte de référence qui permette de définir clairement les tâches des enseignants
- J'ai perçu très fortement cette ambivalence et même si je peux comprendre les craintes de certains, je suis d'avis qu'un cahier des charges est un élément positif car dans mon esprit il permettrait de mettre en évidence l'importance et la diversité des tâches accomplies par le corps enseignant ; mais le débat reste ouvert !

- Le mélange entre la fonction et le titre conduit à des situations très inconfortables.
- Je partage cet avis selon lequel une situation si complexe ne peut pas durer. C'est pourquoi, en négociation avec les syndicats et les associations professionnelles, il importe que nous prenions le temps de résoudre une fois pour toute cette question. Il est trop tôt pour dire quels seront les résultats de cette négociation, mais il me paraît à tout le moins discutable que des gens qui exercent le même métier n'aient pas le même statut horaire ni financier.

- La nomination de Jean-François Steiert à un poste de délégué aux affaires intercantonales marque une volonté de se repositionner sur l'échiquier helvétique.
Comment percevez-vous l'avenir des collaborations au sein de la Confédération?
- Pour le moment, il faut travailler dans les limites du fédéralisme, et je ne perçois pas de volonté des cantons de modifier la répartition des compétences ; en revanche, je constate qu'il existe une volonté forte d'augmenter et d'approfondir les collaborations, en particulier dans la partie francophone.

- Quel rôle voyez-vous à la Commission consultative de l'enseignement dans le cadre des dossiers en cours et à plus long terme ?
- C'est un organe qui doit pouvoir être saisi de réflexions à long terme mais également permettre de prendre le pouls tant du terrain que de la société en matière de politique scolaire


 
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