PISA au feu de bois! Les premiers résultats de l'enquête internationale PISA sont tombés. Les médias ont reproduit des tableaux d'excellence et les décideurs politiques envisagent déjà des décisions de gestion. Et si nous donnions du temps au temps et qu'avant d'empoigner seaux et serpillières, nous prenions du recul pour vérifier l'état des canalisations
Évidemment, l'analyse des résultats devra encore être affinée. Il sera complexe de prendre en compte tous les éléments de l'enquête, dont beaucoup pourront apparaître comme contradictoires. Nous attendons notamment et tout soudain les détails de la Romandie. Des recherches spécifiques seront publiées dans les mois et années à venir
Mais nous pouvons déjà prendre acte que la Suisse n'est pas dans le peloton de tête en littéracie (capacité de comprendre et de mettre en réseau des informations tirées d'un texte écrit). C'est "dommage", notre orgueil semble en prendre un coup, mais c'est un élément et rien d'autre. Ainsi que l'on sait tout sur les voies migratoires des oiseaux bagués, mais que l'on peine à dire quelque chose pour les autres, ce que PISA a d'abord testé est la capacité de répondre au questionnaire proposé. Au-delà, tout n'est que conjectures! Nous affirmons qu'il serait un peu court de tomber dans un naïf stimulus-réponse qui conduirait, par exemple, à affirmer que si 20% des jeunes suisses de quinze ans sont en difficulté devant l'écrit, il convient de restreindre la pratique de l'oral et des TIC. Que devrait-on alors proposer s'il s'avérait que l'oral est flottant, que la compréhension des images médiatiques reste déficiente et l'utilisation de l'ordinateur inconnue. Or, déjà, des pistes sont tracées par les acteurs en charge du pilotage des politiques scolaires et les commentaires entendus en conférence de presse nationale, à Berne le 4 décembre dernier, ne manqueront pas d'interroger. Les écoles de Finlande (élève premier de la classe mondiale) ont un haut degré d'autonomie, une auto et une inter-évaluation avec un fort controlling externe: faisons la même chose chez nous! c'est en tout cas la voie que semble tracer Ernst Buschor, ministre zurichois en charge de l'éducation. Et s'il s'agissait d'autre chose. Que le bon rapport à la formation de la Finlande (99 chercheurs pour 100 000 habitants alors que la Suisse en compte à peine plus de 50; fort taux d'adhésion à l'école par les élèves, à l'inverse de notre pays; un million de citoyens finlandais qui bénéficient d'un programme d'instruction pour adultes ) était la condition première d'une autonomie responsable. Dans ce sens, une autonomie décrétée par le haut, sans volonté des acteurs, nous semble comporter le risque de n'être que le meilleur gage d'une désorganisation et d'une injustice programmées. Le contenu de l'école doit être un compromis permanent Un vrai pilotage - national? - des politiques scolaires semble néanmoins devoir s'imposer au-delà des modes du management moderne. Soit. Mais alors, que l'on prenne tout en compte et qu'on ne se contente pas d'une pure logique de résultats en terme de connaissances acquises à quinze ans. On le sait, le contenu de l'école est un compromis permanent. Mais, si nous affirmons que, dans un pays de migration, l'école a d'abord pour mission d'être le creuset du savoir vivre ensemble, alors il faut prendre acte qu'à l'impossible nul n'est tenu, que l'on ne peut pas tout faire, et que les ambitions cognitives doivent rester à hauteur du projet général. Bien des employeurs le disent: il convient que les collaborateurs soient d'abord capables de travailler en équipe, de dialoguer, de prendre des initiatives et de proposer des solutions participatives. Toutes compétences que PISA ne mesure - et ne mesurera pas! Et si la soif de savoir semble devoir manquer, c'est à cela que l'on doit s'attaquer et rejeter les modèles qui excluent et ne font qu'avaliser les différences sociales. Car c'est bien cela que montrent les résultats de PISA. Dans notre pays, le savoir reste confisqué par les élites et il y a correspondance quasi directe entre le niveau de compétence et l'origine sociale. Si l'on voit là un scandale, c'est d'abord cela qu'il convient de dénoncer. La Fédération patronale vaudoise, à propos de PISA déclare tout de go, dans un communiqué du 18 décembre 2001, " qu'il n'appartient pas à l'école de gommer toutes les inégalités sociales et leurs conséquences sur la scolarité ". Dont acte! Qui doit le faire? Doit-on le faire? Et si l'on arrêtait de mentir et que l'on reconnaisse officiellement la mission de tri social de l'école. On pourrait se réjouir alors de constater que cette cible semble parfaitement atteinte! Jacques Daniélou
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