Santé des enseignants
Le SER - 25/11/2001

Santé des enseignants / journée d'étude, samedi 17 novembre 2001


Message du SER


Mesdames, Messieurs,

Ainsi que l'on ne parle pas, ou si peu, des trains qui arrivent à l'heure, aborder la question de la santé des enseignants, pour le SER, ne saurait faire l'impasse sur les difficultés nouvelles que rencontrent nos collègues dans l'exercice de leur mandat, ainsi que sur les symptômes liés, et que l'on réunit communément sous le nom de pénibilité.
Il n'est pas question pour notre syndicat de jouer les pleureuses d'opérette et de reconstruire un passé où parents, acteurs politiques, élèves et enseignants auraient tous participé à un projet global décliné dans l'harmonie et le bonheur quotidien. Nous savons que cet âge d'Or n'a jamais existé. Néanmoins, force est de constater que le bel élan citoyen qui consistait, pour les enseignants, à mettre leur force de travail au service de l'Etat et au développement des consciences, se trouve dorénavant confronté à des oppositions et embûches multiples, parfois à la limite de l'insurmontable.

Ces pressions sont diverses…

· Pression du politique, qui déclame la revalorisation de la profession, mais estime bien peu les enseignants, corvéables à merci, et bien souvent victimes d'une politique à court terme et de coupes budgétaires qui font paraître les vents de l'ouragan Lothar comme une brise douce et caressante.
· Pression du politique encore qui préconise une évaluation permanente des systèmes et des acteurs de la formation. Nous n'en sommes qu'au début…
· Paradoxe du politique qui met la formation de toutes et tous au premier rang de ses programmes électoraux, mais qui privilégie pourtant la fonction de garde et de sélection sociale de l'école !

· Pression des parents à qui l'on ouvre l'école - et c'est tant mieux- , mais que l'on laisse sans mode d'emploi et hors de toute structure participative. Parents qui interviennent trop souvent dans une approche consumériste qui mettent en concurrence les systèmes, mais aussi les collègues…

· Pression sociale, qui charge l'école de toutes les responsabilités, mais la rend également coupable de tous les maux.

· Pression d'une nouvelle génération d'élèves pour qui l'école n'est plus le lieu unique du savoir; d'une génération d'élèves issue de l'immigration pour qui l'école est un défi semblable à celui des maîtres et maîtresses en charge de les accueillir.

· Pression de l'instantané, du tout media et du zapping, de la consommation immédiate, du plaisir à satisfaire dans l'instant alors que l'apprentissage demande un investissement long et en profondeur.

Mesdames, Messieurs,

Tout ceci est connu. Certains de nos collègues peuvent se sentir victimes d'un véritable mobbing social. Tout le monde le sait également: nous ne travaillons que 25 heures par semaine et nous nous payons 15 semaines de vacances!

Nous devons maintenant dépasser les constats, proposer des solutions et refuser ce statut de victimes.
Si nous ne le faisons pas, et c'est urgent, ce n'est pas la pénurie qui menace, mais le désert qui gagnera et sur ce sable infécond les larmes de ceux qui n'auront rien vu venir ne feront plus pousser que les fleurs amères d'une jeunesse livrée à elle-même… ou aux forces de l'ordre. La passion, la vocation désintéressée des quelques collègues survivants n'y pourront plus rien.

Le SER et les associations d'enseignants ne se contenteront pas de déclarations d'intention, de remèdes issus d'un management public qui n'a plus rien de neuf, ni des visions paternalistes telles que celles proposées par exemple par l'Etat de Genève ("j'apprends à me détendre…je change ma manière de communiquer… je change ma manière de penser!").

Ce que nous exigeons est une vraie reconnaissance de notre engagement quotidien. Et si l'on défend une approche libérale, pourquoi pas: le retour sur investissement doit maintenant être réellement pris en compte. Un franc investi dans l'Ecole, ce n'est pas un franc de perdu, mais à terme un bénéfice net, tant pour les individus que pour les nations même.

"Travailler peut rendre heureux, travailler peut rendre malade". C'est le titre d'une contribution de notre collègue Anne-Marie Henchoz, dans une des dernières livraisons de notre revue l'Educateur.
La complexification de la société et, par conséquent de notre profession, laisse plus d'un collègue sur le carreau. Nos sociétés ne peuvent se payer le luxe de laisser ces forces de travail sur le bord du chemin.
Dans ce monde complexifié, notre profession est en elle-même extrêmement complexe: transmettre des connaissances oui, mais de plus en plus favoriser les lieux et les situations d'apprentissage, assurer un suivi et un soutien éducatif, établir des rapports de confiance avec les élèves, les parents, la hiérarchie, partager les valeurs des réformes en cours… Quel surhomme (et le terme est mauvais alors qu'une féminisation accrue caractérise le métier d'enseignant), quelle "superwomen" alors que celle qui pourra trouver le bonheur à travers ses succès professionnels!

Dans ce cadre, le SER milite pour un nouveau professionnalisme, car les mutations sociales ne peuvent être réellement prises en compte et sublimées qu'à la seule condition d'être dans le peloton des initiateurs du changement. Il ne s'agit plus de subir, de prolonger à l'infini des tâches mécaniques et prémâchées, mais bien au contraire de sortir du rôle d'exécutant, d'agir en metteurs en scène responsables, de dépasser la mise en oeuvre de recettes pour atteindre une autonomie de construction et d'intervention professionnelle reconnue par notre employeur.

· devenir metteur en scène;
· prendre davantage de responsabilités;
· prendre plus de risques;
· favoriser le développement de tous les élèves;
· se remettre en question et s'auto-évaluer;
· vivre une éthique renouvelée;
· moins enseigner (et moins évaluer) pour mettre en place de vraies situations d'apprentissage;
· négocier les projets d'école avec les collègues, mais aussi la hiérarchie;
· miser sur la formation initiale et continue;
· développer un vrai partenariat avec les parents.

Pour tout cela, nous sommes prêts à nous engager… et à engager nos collègues. Mais nous ne sommes pas des rêveurs naïfs. Si nous voyons là les vrais moyens de lutter contre la pénibilité, nous ne travaillerons pas gratuitement. Cela, il faut que les décideurs politiques l'acceptent ou reconnaissent leurs limites afin que nous fixions aussi les nôtres.
Car cette nouvelle professionnalisation doit d'abord être reconnue. Nos collègues demandent moins d'heures d'enseignement - que nous ne confondons pas avec le temps de travail - et un salaire réévalué. On en a trop fait porter aux enseignants. Ceux-ci ne sauraient accepter d'être les dindons d'une farce où l'on ne ferait que semblant de reconnaître leur engagement.

La formule paraîtra peut-être abrupte. Mais à ce stade et au vu des récentes enquêtes; il ne s'agit plus de prendre des chemins de traverse: C'est à prendre ou à laisser!

Pour le Syndicat des Enseignants Romands
Jacques Daniélou


Martigny, le 17 novembre 2001






Personne de contact :
- Marie-Claire TABIN, Présidente du SER, 079/340 11 77


 
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