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| Langues étrangères, position de LCH |
| Le SER - 30/10/2000 |
TRADUCTION FRANCAISE DE LA PRISE DE POSITION DES ENSEIGNANTES ET ENSEIGNANTS ALEMANIQUES -LCH Ne pas se voiler la face Le corps enseignant plaide en faveur dun apprentissage efficace et coordonné des langues Les associations professionnelles des enseignants alémaniques et romandes (LCH et SER) sont très préoccupées par rapport aux récents développements dans le secteur de lenseignement des langues dans lécole obligatoire. La fuite en avant de certains cantons a incité la Conférence des directeurs de linstruction publique (CDIP) à négocier toute une série de compromis. Ces derniers pourraient, à terme, sensiblement désavantager les principaux intéressés : les élèves. A loccasion de la séance plénière de la CDIP du 2-3 novembre, les associations professionnelles des enseignants formulent par conséquent une série de préalables qui, à leur avis, doivent être pris en compte pour quils puissent entrer en matière : - Le corps enseignant entre en matière par rapport au principe de viser la maîtrise des trois langues (langue locale (écrite), une deuxième langue locale et langlais) dès lécole primaire. Il adhère à lidée que le développement précoce du trilinguisme a du sens sur le plan pédagogique et contribue à la future qualification professionnelle. Le corps enseignant tant romand qualémanique exige toutefois que cette ouverture au trilinguisme ne se fasse pas au détriment de lenseignement de la deuxième langue nationale. Cela vaut - comme invitation à révoquer les décisions déjà prises -également pour ceux parmi les cantons qui ont déjà supprimé lenseignement de la deuxième langue nationale, voire qui ont diminué son importance en la reléguant au niveau optionnel.
- Vu linefficacité largement reconnue de lenseignement actuel de la deuxième langue nationale, le corps enseignant nentrera toutefois pas en matière dès lors quil ne pourra pas compter sur une modification radicale des conditions selon lesquelles le futur enseignement des deux langues étrangères devra être réalisé. Dans les deux domaines, les ressources devront être considérablement augmentées en ce qui concerne le développement de méthodes et de moyens denseignement nouveaux et efficaces, la révision des grilles-horaires, ainsi que la formation linguistique et didactique des enseignants. Il va de soi que lopération ne pourra être conduite quà condition dinvestir les ressources nécessaires. La bonne volonté des enseignants dépendra dans une large mesure de ladéquation de ces ressources.
- Il est indispensable de faire évoluer loffre des possibilités dapprendre des langues étrangères. Pour cette raison même, il est indispensable de ralentir le processus de prise de décision, afin de permettre de mieux prendre en compte les conditions de réussite et déchec lors de lapprentissage des langues étrangères. La fuite en avant ne produira guère deffets probants, mais produira au contraire une perte de temps et dargent. Le corps professionnel exige par conséquent quon entame sans attendre un processus intensif de clarification des questions ouvertes, en étroite collaboration entre la recherche, les enseignants et les autorités politiques.
- Lassociation professionnelle ne se prononce pas quant à lordre dintroduction des langues étrangères. Elle exige par contre que le moment de lintroduction de chacune des langues étrangères soit au moins coordonnée à lintérieur de chaque région linguistique, afin déviter que les enfants et adolescents soient désavantagés lors dun changement de canton. Il faut absolument éviter quun manque de coordination vienne encore augmenter le risque déchec qui est déjà suffisamment présent au vu de lévolution socio-économique (dont la mobilité croissante de la population active), qui ne cessent daccroître lhétérogénéité de nos classes. Pour cette même raison, il faudra créer la base légale pour que certains élèves, déjà bilingues, puissent être dispensés de lobligation de suivre lenseignement dune troisième langue étrangère, voire quils puissent bénéficier de mesures de soutien pédagogiques supplémentaires pour assurer leur mise à niveau.
- Face à la difficulté prévisible que rencontreront les cantons pour négocier des accords allant au bout de la logique dune coordination intercantonale, la recommandation du comité de la CDIP du 21 septembre propose deux " emplâtres ", pour calmer les esprits. Dune part, il propose de prescrire (en tant quobjectifs minimaux) les mêmes objectifs linguistiques pour la deuxième langue nationale et langlais, tant pour la fin de la 6e primaire, que pour la fin de la scolarité obligatoire. Dautre part, il propose que les cantons soient tenus de proposer aux nouveaux arrivants des mesures individuelles leur permettant un raccordement à lenseignement des langues dans leur nouveau canton de domicile, afin de les aider à alléger les difficultés dadaptation qui sont causés par le manque de coordination sur le plan intercantonal. Les associations professionnelles estiment quon tente dinciter lensemble des acteurs concernés à se voiler la face aux vrais problèmes. Car il nest guère possible déliminer, voire de minimaliser, par décret, des décalages de formation qui peuvent aller jusquà deux années, ainsi que leurs conséquences sur le parcours de formation des élèves. Les enseignants ne sont pas prêts à assumer, face aux parents et aux apprenants, des engagements dont ils savent pertinemment quils sont irréalisables.
- Sil devait savérer que la CDIP est dans limpossibilité de coordonner très rapidement tant le début que lordre de lintroduction de lenseignement des langues étrangers, tant LCH que le SER engageront une démarche au niveau fédéral.
LCH : Exemples de problèmes actuellement encore non résolus - Nous ne connaissons pas suffisamment les causes des faibles réussites et les difficultés de transfert des acquis dans le domaine des apprentissages du français (cf. par exemple les études de Lüdi), avant tout dans le domaine de la communication orale (bien que les plans détude et les moyens denseignement visent avant tout ces objectifs-là), pour être certains de ne pas reproduire les mêmes défaillances lors de lenseignement de langlais.
- Nous disposons actuellement dune connaissance insuffisante des conditions de succès et déchec lors de lenseignement des langues étrangères concernant les élèves de la 3e année primaire, dans le contexte spécifique helvétique.
- Nous ne disposons actuellement daucune connaissance des conditions de succès et déchec quil faudrait prendre en compte lors de lintroduction dun enseignement simultané de deux langues étrangères dès la 5e année primaire, dans le contexte spécifique helvétique.
- Les considérations au sujet des effets de lintroduction dune langue étrangère supplémentaire dans le plan détudes de lécole primaire sont actuellement dordre purement spéculatif. On propose certes de multiples solutions pour faire face aux problèmes de surcharge : réduction quantitative dans certaines disciplines, augmentation de lhoraire scolaire, la toutepuissante immersion
. De même quaucune administration naccorderait les permis de construire sans évaluer les interférences avec les terrains voisins, toute politique de lenseignement des langues étrangères doit clairement déterminer le coût auquel tout changement peut être intégré dans lenvironnement existant.
- Nous connaissons certes actuellement quelques-uns des avantages de limmersion, respectivement de lembedding en lien avec lapprentissage des langues étrangères, mais ne disposons pas de données fiables pour pouvoir garantir le maintien du niveau des apprentissages dans les disciplines " dappoint ".
- Nous ne connaissons pas suffisamment le besoin de formation sur le plan de la didactique des disciplines. Les magnifiques modèles de recyclage des enseignants primaires qui ont été élaborés lors de lintroduction précoce de lenseignement de la deuxième langue nationale, nont pas produit, à moyen ou à long terme, les effets attendus. Que devrions-nous mieux faire pour mieux former les enseignants, tant pour lenseignement de langlais, que pour celui de la deuxième langue nationale.
- La composition actuellement très hétérogène des classes primaires soulève la question de savoir comment orienter laction pédagogique afin de rendre compatibles lenseignement précoce de deux langues étrangères et besoins spécifiques des élèves : élèves rencontrant des difficultés dapprentissages ou enfants particulièrement doués ; élèves parlant une langue étrangère ne faisant pas partie des langues enseignées ; élèves qui parlent déjà lune des langues enseignées chez eux, etc. Il est important de développer des mesures spécifiques (dispenses, appuis, dérogations, etc.) pour mieux prendre en compte la diversité qui augmente et qui a tendance à se cumuler dans certaines classes. Si cela nest pas fait, tous les élèves en pâtiront !
- Malgré les recommandations répétitives de la CDIP il convient de souligner que la deuxième langue nationale ne doit pas être considérée uniquement comme un " outil " pour les vacances et la future vie professionnelle, mais quelle remplit une fonction essentielle de compréhension et de communication interculturelle et politique entre les différentes régions linguistiques. La discussion actuelle au sujet de lenseignement des langues étrangères nous montre quindépendamment du niveau de linstruction, lensemble de la population suisse ne possède quune connaissance et compréhension très limitée de leurs voisins habitant lautre côté du " Röstigraben ", en ce qui concerne par exemple lhistoire de la Suisse. La question dactualité ne serait-elle pas plutôt comment amener les enseignants de lécole obligatoire à organiser lenseignement de la deuxième langue nationale de manière à réellement développer la compréhension interculturelle ? Quelles occasions offre-t-on réellement aux enseignants alémaniques et romands pour leur permettre de construire une connaissances culturelle mutuelle qui dépasse les clichés folkloriques ?
- Enfin, il nous paraît important de revenir à la première version du " concept de langues " qui avait soulevé la nécessité denvisager des alternatives radicales de lenseignement des langues, au lieu de persévérer dans des approches qui se contentent dune version infantilisée du modèle des écoles-clubs-langues. Il est souhaitable denvisager un enseignement des langues qui découle demblée dune vision multiculturelle et multilingue dune société moderne, qui mettrait lutilisation de la langue, le plaisir de communiquer, la capacité découte et de questionnement au centre du développement de lêtre humain. Dans une telle perspective, le plaisir de jouer avec les grammaires et les possibilités dexpression dans les différentes langues prendrait une importance toute nouvelle
ce qui signifie quon accorderait sa juste place à la priorité de la maîtrise de la langue maternelle, comme base de départ pour toute acquisition dautres langues
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