Inquiétudes syndicales
Neuchâtel - 28/05/2010
La prochaine rencontre Département de l’éducation-Syndicats d’enseignants du 3 juin 2010 permettra-t-elle de dissiper certaines de nos appréhensions concernant la conduite et l’évolution à venir de certains dossiers ?
 
1) Nouvelles mesures d’économies
En matière d’éducation, les coupes budgétaires se traduisent inévitablement par une baisse de la qualité de l’offre de formation : augmentations des effectifs de classe, autres péjorations des conditions de travail comme la hausse des tâches administratives et d’indice-horaire par exemple, écoles à plein temps dans le secondaire II réservées aux « bons » élèves, etc.
Le Conseil d’Etat justifie la poursuite des mesures d’économies par la conjoncture économique plutôt morose et la mauvaise situation des finances cantonales.
Le Chef du département de l’éducation affirme plancher sur des mesures d’économies qui toucheraient le moins possible la qualité de l’enseignement dispensé à nos élèves.
Notre syndicat a quant à lui fait le point sur les effets concrets des mesures d’économies dans les classes dans un document finalisé à la fin de l’année 2009 et transmis à nos membres, aux responsables politiques et à ceux du département de l’éducation (Ecole neuchâteloise, vision du SAEN) : les dégradations des conditions de travail, se traduisant notamment par un alourdissement constant du pensum du corps enseignant, doivent trouver des compensations par la suppression de certaines tâches qui n’ont pas cessé de s’additionner au fil des années.
L’école ne peut et ne doit pas tout faire. Elle doit se concentrer sur sa mission essentielle : préparer les citoyennes et citoyens de demain par la transmission d’une solide culture générale (langues, connaissances scientifiques et de l’environnement, sciences humaines) à même de leur permettre de jouer un rôle actif dans la société qui sera la leur au moment où ils prendront leurs destins en mains.
 
2) Améliorations salariales : à quel prix ?
Jean Studer, le Grand Argentier de notre petit canton, a fait miroiter aux représentants des associations du personnel de l’Etat un accord salarial de prime abord plutôt alléchant le 22 avril dernier.
Comme le canton n’a pas les moyens, et depuis longtemps, d’appliquer la loi, Jean Studer propose un accord qui apparaît à première vue favorable aux personnels de l’Etat. Suppression de la retenue obligatoire de 1,11%, indexation des salaires, progression automatique (échelon et haute paie), suppression du salaire au mérite dans l’administration (retour au système des échelons automatiques pour le dernier quartile) et gratifications accordées à tous les employés de l’Etat au cas où les comptes de ce dernier s’avéreraient noirs. Les enseignants de l’école obligatoire bénéficieraient aussi de cette dernière mesure, même si les communes qui financent à hauteur de 55% leurs salaires grinceront certainement des dents lorsqu’il faudra peut-être délier les cordons de la bourse.
Ce que notre grand homme ne dit pas, c’est que l’enveloppe budgétaire du DECS comprenant les améliorations salariales ne sera pas augmentée pour faire face à ces dépenses supplémentaires qui nous seraient favorables, mais au contraire diminuée de quelques pourcents !
Avec l’application des mécanismes de frein à l’endettement qui a conduit à cette politique des enveloppes budgétaires allouées à chaque département et en baisse constante d’année en année, toute amélioration salariale ou des conditions de travail du corps enseignant ne peut que déboucher sur de nouvelles mesures d’économies péjorant nos conditions de travail !
Par exemple, le surcoût du succès des retraites anticipées dans le corps enseignant a été financé par l’augmentation des effectifs de classe. C’est dans ce système des enveloppes budgétaires toujours en diminution, c’est donc au prix de la détérioration des conditions de travail de beaucoup que certains ont pu prendre une retraite anticipée, de toute manière bien méritée ! Tant mieux pour eux, mais il me semble qu’il faut désormais réfléchir à deux fois avant d’accepter béatement une revalorisation de nos salaires. Amélioration des salaires, oui, mais à quel prix ?
Le chef du DECS, Philippe Gnaegi, semble quant à lui prêt à nous consulter sur cet équilibre à trouver entre évolution positive des salaires et conséquences négatives sur les conditions de travail.
Notre syndicat ne ferme évidemment pas à la porte aux discussions avec Jean Studer en vue d’un accord salarial qui nous serait propice jusqu’en 2013, mais nous voulons connaître avec précision les effets réels d’une amélioration salariale sur notre travail au quotidien afin d’éviter les mauvaises surprises !
 
3) La régionalisation de l’école
Notre syndicat prône une cantonalisation du statut du corps enseignant et verrait d’un bon œil la cantonalisation administrative de notre école obligatoire qui n’empêcherait cependant pas les différents établissements scolaires de garder une certaine et nécessaire autonomie, notamment au niveau pédagogique et didactique, pour faire progresser au mieux les enfants qui leur sont confiés.
Mais la réforme structurelle appelée de nos vœux n’est pas à l’ordre du jour. L’exécutif cantonal n’a pas fait plier les grandes communes et la régionalisation de l’école obligatoire, qui n’a pas encore été présentée dans le détail aux syndicats d’enseignants, ne semble même pas constituer à l’heure actuelle une étape vers la cantonalisation !
Le SAEN ne se satisferait pas d’une évolution qui conduirait à un gonflement administratif avec l’apparition d’un nouveau niveau hiérarchique à l’école primaire qui se traduirait par plus d’argent dépensé pour des directeurs, argent qu’il faudrait économiser, vu les contraintes budgétaires actuelles, sur le dos des enseignants, des enfants et de leurs familles par le biais de regroupements de classes et de la généralisation de celles à deux ordres pour aboutir partout à de gros effectifs.
Ce transfert des ressources de l’enseignant à son futur supérieur hiérarchique nous déplairait fortement et nous n’hésiterions pas à le dénoncer publiquement pour faire comprendre aux familles neuchâteloises à quelle sauce elles seraient mangées !
La pédagogie ne devrait en outre pas être du ressort des futurs directeurs, mais rester l’apanage des professionnels du terrain, les enseignant-e-s ! Les bons directeurs d’école sont passés maîtres dans l’administration de leur établissement et dans la gestion de leur personnel. Ils ne devraient pas être amenés à intervenir sur le plan pédagogique : à chacun son métier !
Il ne faut pas non plus oublier qu’un directeur pond des directives qui ont plutôt tendance é alourdir les tâches administratives du corps enseignant.
Enfin, d’un point de vue strictement syndical, l’entrée en fonction de toute une série de nouveaux directeurs pourrait poser problème. A côté d’individus qui rempliraient admirablement bien leur fonction, certains « grimpions » abuseraient inévitablement de leur pouvoir et nécessiteraient des réactions syndicales parfois musclées. Autant éviter ces cas de figure en évitant une trop grande régionalisation de notre école.
Quoi qu’il en soit, une régionalisation de l’école obligatoire neuchâteloise qui, sous couvert d’HarmoS, aurait la fâcheuse conséquence d’ôter des moyens aux enseignants pour payer le salaire de nouveaux directeurs ne serait tout simplement pas acceptable pour nous.
 
4) Vous avez dit « intégration » ?
Les différentes expériences d’intégration d’enfants dits « différents » ne sont positives que quand le soutien pédagogique est adéquat (deux enseignants dans la classe plusieurs fois par semaine) et que le handicap n’empêche pas l’enfant d’accomplir des progrès dans un cadre scolaire.
Le contexte financier et politique actuel pourrait malheureusement pousser les autorités scolaires à saisir l’opportunité de l’intégration pour chercher à dégager des économies (enfants handicapés placés dans des classes déjà bondées et baisse des subventions aux institutions spécialisées) là où il faudrait au contraire mobiliser des moyens pour relever un formidable défi.
La vigilance est donc particulièrement de mise dans ce dossier et toute velléité politique d’imposer une intégration au rabais sera fortement combattue par notre syndicat.
 
5) Volcan et remplacements
Le Conseil d’Etat a décidé d’exiger des compensations de la part des enseignants remplacés lors des perturbations du trafic aérien occasionnées par l’activité d’un volcan islandais. Légalement, il n’est pas possible que la caisse de remplacement prenne en charge les frais liés aux contrecoups de cette éruption volcanique.
Les collègues touchés ne sont pas coupables de ce coup du sort. La plupart d’entre eux se sont démenés au mieux pour préparer à distance leur remplacement.
Nous aimerions en l’espèce que le département puisse faire preuve de souplesse et de compréhension en proposant des solutions autres que la retenue financière pour celles et ceux qui durant l’année scolaire 2010-2011 n’auraient pas trouvé la possibilité de compenser leur absence d’avril 2010 avec des remplacements ou des tâches administratives réalisées pendant les vacances, par exemple.
Pour les collègues concernés, la situation n’a en effet rien d’anecdotique.
John Vuillaume
 
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