Ces dernières semaines, la HEP alimente les discussions, quels que soient mes interlocuteurs. Quelles perspectives d’avenir pour la Haute Ecole Pédagogique de l’arc jurassien ?
Un seul site pour la HEP ? La rumeur se fait insistante. Les trois cantons concernés chercheraient à concentrer les différentes plateformes en un seul site. Delémont ? Trop excentré. Bienne ? Trop alémanique. La Chaux-de-Fonds ? Trop haut. Neuchâtel ? Trop peu de place. Si le site unique est la condition sine qua non de la survie de notre HEP, la fixation de sa localisation ne devrait pas être insurmontable, la priorité étant le maintien d’une solide infrastructure de formation du corps enseignant dans l’arc jurassien. Est-ce important qu’une stagiaire bruntrutaine (habitante de Porrentruy) puisse à l’avenir continuer de se former dans l’arc jurassien, par exemple à Neuchâtel, plutôt qu’à Lausanne, Fribourg ou Genève ? Dissocier formations primaire et secondaire ? Un autre scénario est également régulièrement évoqué ces derniers temps. Celui d’une séparation entre formations primaire et secondaire. Les futur-e-s institutrices et instituteurs, fers de lance de la création d’une école romande, ne fréquenteraient plus qu’un seul institut de formation en Suisse romande, qui pourrait trouver place sur le campus lausannois. Cette solution apparaît comme celle à même de mettre enfin sur pied cette école romande que nous appelons depuis de nombreuses années de nos vœux en lui conférant une véritable identité, humainement des plus concrètes. Les futur-e-s enseignant-e-s du secondaire I et II resteraient quant à eux plus étroitement attaché-e-s à leur université respective (Neuchâtel, Fribourg, Lausanne ou Genève), même pendant leur année de stage. Cette option aurait le mérite de recentrer la formation sur les connaissances. C’est en effet rarement l’aspect « animation pédagogique » qui pose problème lors des stages dans le secondaire I et II, mais un niveau de connaissances scientifiques qui laisse parfois à désirer. Notre HEP victime de la tourmente financière neuchâteloise ? Les difficultés financières structurelles, et donc persistantes, de l’Etat de Neuchâtel contraint le département de l’éducation à trouver toutes les années de nouvelles mesures d’économies. L’école obligatoire a été essorée depuis de longues années et plus aucune économie d’envergure n’est envisageable à ce niveau, au contraire; de nouveaux moyens financiers seront mobilisés dans le cadre de l’introduction d’HarmoS dans notre canton. Le secondaire II et la formation professionnelle en école sont des secteurs qui connaissent actuellement les affres des mesures d’économies. Concernant les hautes écoles, l’Université devrait traverser la tourmente sans grands dommages. Elle coûte certes 50 millions par année au canton mais rapporte beaucoup plus sur un plan strictement financier, mais pas seulement. L’existence d’une université est fondamentale pour les régions jurassiennes. Dans notre société de la connaissance, sa disparition, ou même son affaiblissement, conduirait à une périphérisation accélérée de l’arc jurassien et à une désertification humaine programmée. L’intérêt stratégique des autres hautes écoles sises dans notre canton est généralement moindre. Si mes chiffres sont bons, la HEP coûte à peu près 11 millions de francs par année au canton de Neuchâtel. Il est malheureusement fort à parier que le département étudie sérieusement les possibilités de diminuer cette somme. John Vuillaume |