Nés pour polluer
Genève - 07/05/2010
« Mettez l’essence au prix du champagne et vous ferez sauter les bouchons ! » J’avais relevé cette phrase amusante sur Lautrinfo, média en ligne créé par notre regretté collègue Alain Marquet. Militant écolo, Alain est disparu un 14 mars – et son journal alternatif avec lui – il y a cinq ans déjà. Son souvenir reste présent.
Je ne me sens pas plus écologiste que n’importe quel citoyen normalement constitué devrait l’être. Toutefois, certains comportements, observables au quotidien, me laissent perplexe. D’aucuns jugeront mes considérations naïves et à des années lumières des vrais enjeux pour l’avenir de notre planète. Mais c’est le décalage entre ce que la population est censée savoir et ce qu’elle en fait dans la réalité qui m’interpelle. Ainsi, je suis particulièrement horripilé par les conducteurs qui laissent tourner le moteur de leur voiture pour rien. Chaque jour, je passe à côté d’automobiles stationnées, dont le moteur est allumé. Leurs propriétaires sont soit bêtement assis à l’intérieur, soit discutent sur le trottoir proche, soit ont carrément abandonné leur véhicule pour aller acheter le pain, chercher leur enfant à l’école, etc.
Attaché à sa voiture, plus qu’à la vie ?
Je sais bien qu’à côté de l’aéroport, des chauffages, des poids lourds, le trafic routier privé n’est pas le plus gros responsable de la pollution. Une malheureuse bagnole en marche cinq minutes pour rien ne fera pas à elle seule la différence. Mais puisque, justement, un moteur qui tourne à l’arrêt est le comble de l’inutile, pourquoi tant de personnes ne font-elles pas le simple geste de tourner la clé pour couper le contact ? Je me suis astreint à demander poliment aux fautifs s’ils pouvaient arrêter leur moteur. Immanquablement, l’étonnement face à la démarche prédomine. Je n’ai pas tenu de statistiques mais peux faire un double constat : d’abord l’automobiliste (mâle, en grande majorité) demande « pourquoi ? » ; ensuite, quelle que soit la réponse donnée, il obtempère (les prétextes liés à la climatisation en été et au chauffage en hiver ne sont même pas avancés), plutôt de mauvaise grâce, avec l’air de dire « si ça peut lui faire plaisir… ». Un succès mitigé donc car sans effet durable. Pourtant, « l’échec du sommet de Copenhague » (déc. 2009) a fait les grands titres et le protocole de Kyoto est régulièrement évoqué. L’automobiliste lambda ne ferait-il aucun lien avec l’actualité ? Refuserait-il un geste qui, aussi insuffisant soit-il pourrait quand même – c’est déjà ça – lui donner meilleure conscience ? Probablement que ce qui relie l’homme à sa machine est plus fort. Le besoin de sentir sa voiture « vivante » à ses côtés l’empêche d’agir. Inconsciemment, il se refuse à débrancher cette entité qu’il affectionne, à supprimer son doux et rassurant ronronnement, peut-être de peur de qu’elle ne lui en veuille plus tard ; un grand sensible, l’être humain…
Police complice ? Education inefficace ?
La loi (art. 33, let. a, OCR) est néanmoins formelle : elle prévoit une amende d’ordre de 60 fr. (no 326) pour celui qui fait chauffer son moteur ou le laisse en marche inutilement. Mais aucun cas de verbalisation pour ce motif ne m’est connu… Cela ne doit pas rapporter assez. Quand, l’hiver venu, tous les gratteurs de givre s’agitent devant leur pare-brise dans les volutes de gaz d’échappements, personne ne vient leur dire que c’est interdit. La police est-elle seulement au courant ? L’autre soir, des agents municipaux ont éprouvé le besoin subit de contrôler mon identité (ils veillent à la sécurité que voulez-vous, et avec ma mine « patibulaire mais presque » comme disait l’autre…). Bref, descendus précipitamment de leur voiture pour me coincer sur le trottoir, c’est moi qui ai dû, avant de leur présenter mes papiers, leur demander de bien vouloir arrêter leur moteur. Envers et contre toute logique, le motard (spécialiste des coups de gaz intempestifs à l’arrêt) et l’automobiliste – toutes catégories sociales confondues – rouspètent dès que le prix de l’essence augmente d’un centime mais la gaspillent allègrement. Qualité de l’air dégradée, nuisances sonores, cette pollution, d’autant plus stupide qu’elle n’apporte aucune contrepartie, semble malgré tout acceptée, convenue. Je n’ai pas remarqué de changement notable de comportement ces dernières années alors que les informations et les alertes, sur les changements climatiques dus à la pollution notamment, croissent en permanence. L’école doit-elle prendre cela plus au sérieux, sans attendre ?

Olivier Baud
Président de la SPG
 
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