L’inévitable réforme du canton de Neuchâtel doit-elle nécessairement passer par un démantèlement de sa Fonction publique et une désagrégation de son système de formation ? 1) Fonction publique Nous vivons dans un canton qui connaît de multiples divisions, celle du Haut et du Bas étant une des plus visibles. Les associations et syndicats du personnel de l’Etat de Neuchâtel sont aussi plus divisés qu’ailleurs. Pas de fédération comme à Fribourg, pas de cartel comme à Genève ou de coordination comme dans le Jura. Il est vrai que lors des mobilisations de l’automne dernier pour défendre le secteur public et parapublic ainsi que les conditions de travail de leurs personnels, seule la SMF (société des magistrats et des fonctionnaires) s’est désolidarisée du mouvement, avec à la clef trois jours de congé supplémentaires octroyés par le roi Studer aux fonctionnaires. Certes, toutes les autres associations se sont montrées unies et solidaires. Mais est-ce une fatalité d’être plus divisés, et donc plus faibles, à Neuchâtel que chez nos voisins ? Personnellement, je ne le crois pas. Reste à convaincre le plus important syndicat de la Fonction publique neuchâteloise, le SSP, du bien-fondé d’une alliance entre les diverses associations du personnel de l’Etat qui ne soit plus seulement de circonstance. A l’heure actuelle, ses dirigeants semblent penser que le SSP pèse davantage seul qu’au sein d’une coordination cantonale. Les événements de l’automne 2009 nous ont montré que de toute évidence, ce n’était pas le cas. Que faire quand certains préfèrent perdre en restant les plus gros que tenter la gagne en étant tous ensemble ? 2) Ecole obligatoire De nouvelles économies dans l’école obligatoire neuchâteloise ne sont tout simplement pas envisageables. Effectifs de classes en hausse, dégradation des conditions de travail : la coupe est pleine depuis trop longtemps. L’introduction d’HarmoS dans notre canton aura un coût qu’il s’agirait de financer autrement que par l’affaiblissement de l’offre de formation dans d’autres secteurs de l’éducation, comme c’est le cas cette année avec la détérioration des conditions d’enseignement dans le secondaire II. 3) Secondaire II La volonté du Conseil d’Etat d’augmenter de 10% la proportion de jeunes qui devraient accomplir un apprentissage est louable, et pas seulement pour économiser quelques millions de francs par année dans le secondaire II, mais surtout pour permettre une meilleure orientation des jeunes scolairement peu performants ou qui ne se plaisent pas à l’école. Cependant, la structure de l’économie neuchâteloise, peu diversifiée (horlogerie et machine-outil toujours largement majoritaires) offre beaucoup moins de places d’apprentissage que dans les cantons environnants. De plus, beaucoup d’employeurs ont depuis longtemps l’habitude de voir leurs futurs collaborateurs se former dans une école à plein temps plutôt que dans leurs entreprises. Comment pourrons-nous multiplier le nombre d’entreprises formatrices dans notre canton ? Au bout du compte, n’oublions tout de même pas qu’un jeune sans formation coûte et coûtera beaucoup plus cher à la société que celle ou celui qui suit une école à plein temps, faute d’avoir trouvé une place d’apprentissage ! Les lycées et autres écoles à plein temps de notre canton ne constituent donc pas uniquement des coûts, mais aussi des investissements pour l’avenir. Obnubilés par les déficits structurels qu’il faut absolument résorber, certains de nos politiciens, conseillers d’Etat ou députés, paraissent parfois l’oublier. John Vuillaume |