L’école primaire risque-t-elle de se faire phagocyter par l’enseignement secondaire 1 ? Au motif que les deux niveaux devraient se rapprocher – ce qui est par ailleurs souhaitable – le projet de fusion des directions respectives est parfois évoqué, mais de manière allusive et sans réflexion ni imagination, au risque de laisser le modèle le mieux connu déteindre sur l’autre… L’école obligatoire à 4 ans (2012), l’introduction de l’anglais en 5ème primaire (prévue en 2013) et les attentes toujours plus nombreuses de la société envers l’école tendent à faire penser à un décalage, à un démarrage de l’école avancé de deux ans. Le cycle d’orientation (CO) – celui actuel, parce que le nouveau qui s’annonce en 2011, avec le retour des sections et ses multiples passerelles, sera plutôt coton ! – offre un système peut-être plus lisible, rassurant, avec tant d’heures de maths, tant de français, etc. ; il est aussi plus proche du vécu de chacun et donc mieux compris. Du coup, pourquoi ne pas appliquer aux élèves du primaire le régime réservé jusqu’à maintenant à ceux du CO ? Pourquoi ne pas leur imposer un horaire rempli de 32 périodes de 45 minutes ? En réalité, quantité n’est pas garantie de qualité. Mais le problème principal vient du fait que la majorité des acteurs ont toujours de la peine à concevoir la scolarité obligatoire comme un tout. Onze degrés qui se suivent, sans scission, avec une progression cohérente du parcours de l’élève, serait-ce chose impossible ? Une DGEO fantôme Le département de l’instruction publique avait bien annoncé la création d’une direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) en 2009… Il n’en a rien été, bien évidemment, le projet est resté au point mort, et le CO continue à ignorer largement ce qui se fait au primaire. Oh, bien sûr, les directions affirmeront la main sur le cœur et en chœur que des progrès notables ont été faits, que les expériences concernant l’allemand, et la méthode Geni@l en particulier, sont positives, etc. Dans les faits, après deux décennies au minimum de dénonciations d’incohérences diverses (la généralisation de l’introduction de l’enseignement de l’allemand au primaire date de 1988), les changements constatés par les enseignants sur le terrain sont minimes. Il suffit de penser au portfolio européen des langues et ce qu’il en est fait d’un niveau d’enseignement à l’autre. Une DGEO ne constituerait pas la panacée, certes, surtout si elle se met en place dans la peur, l’incompréhension et le refus du corps enseignant secondaire qui craint notamment pour son statut. Mais faire perdurer deux directions générales ne se justifie pas, se révèle néfaste pour la formation des élèves ; une DGEO devrait donc se réaliser avant la fin de la législature. Il convient ainsi de favoriser les conditions pour que son avènement probable ne se fasse pas au détriment de l’une ou l’autre partie. Prédominance, prééminence… Le 11 février 2010, la conférence de l’enseignement primaire (CEP) s’est réunie dans les locaux de la direction générale du cycle d’orientation, à l’invitation de cette dernière, au prétexte de présenter le projet de règlement du CO 2011. Symboliquement, ce n’est pas anodin. Rien n’aurait empêché les directeurs du CO de venir commenter leurs diapositives dans le lieu où siège la CEP. La prépondérance du CO, si l’on considère par exemple qu’il lui revient d’accepter ou pas les élèves en provenance de l’enseignement primaire, existe bel et bien. Une situation inédite aurait pu permettre de modifier cela. En effet, le primaire d’abord puis le CO ont dû subir l’épreuve d’une votation populaire qui modifie leur organisation. Quoi qu’on pense de la traduction qui est faite de la volonté du souverain par les autorités, ce point commun aurait dû sauter aux yeux. Ainsi, le département de l’instruction publique (DIP) aurait pu saisir l’occasion de fondre les règlements de l’enseignement primaire et du CO en un seul document, donnant enfin l’opportunité aux deux entités de commencer à construire l’avenir. Au lieu de cela, les territoires respectifs vont continuer à être gardés, avec avantage au secondaire qui conserve sa position dominante. Le paradoxe, c’est que le corps enseignant primaire voit bien l’intérêt qu’il y aurait à gagner en cohérence durant la scolarité obligatoire en regroupant les forces, et serait prêt à changer ses représentations pour le bien des élèves, mais que, au vu de la faiblesse et du peu de conviction de sa direction et du DIP, il résistera tant que les velléités de « secondariser » les huit premiers degrés de l’école ne seront pas clairement écartées. |