Un fait divers de mon parcours d’enseignant m’a fait penser, une fois de plus me direz-vous, aux parents de nos élèves. Je me suis amusé à les classer en cinq catégories. Il y a d’abord la grande majorité des parents : ceux qui approuvent le travail des enseignantes et enseignants et qui sont prêts à collaborer, voire à donner un coup de main dans l’organisation d’une manifestation particulière. Ce sont aussi les parents qui partagent les préoccupations, les soucis et parfois le désespoir émis par le corps enseignant au sujet de l’un de leurs enfants. Ces parents-là méritent toute notre estime et notre reconnaissance. Il faut bien le dire une fois. On trouve aussi les parents qui vivent un peu à l’écart de la scolarité de leur progéniture. Ceux dont on a l’impression qu’ils marquent une certaine indifférence par rapport à l’école. Ils laissent aux enseignants le soin (et la responsabilité) de faire leur boulot, mais qui, tout compte fait, leur font totale confiance. Nous connaissons tous, nous autres enseignants, les parents qui savent tout mieux que nous. S’il s’agit du domaine des connaissances proprement dites, ça ne nous cause pas de problème particulier. Nous pouvons même, à la limite, les inviter en classe, afin qu’ils nous fassent part de leur savoir : ce sera un enrichissement collectif. En revanche, ceux qui connaissent mieux la pédagogie que nous, ont très vite tendance à nous taper sur le système ; surtout s’ils se font insistants ! Ensuite, nous trouvons quelques parents qui contestent absolument tout ce qui se passe à l’école. Probablement des personnes qui ont mal vécu leur propre scolarité. Il s’agit de parents qui n’admettront jamais que leur rejeton soit puni et qui trouveront tous les stratagèmes pour que le petit échappe à la sanction. Il existe des parents qui, dans de pareils cas, n’hésitent pas à faire appel à un avocat pour sauver l’honneur de la famille ! Si, si, ça existe ! Pour finir, au bout de mon échelle bien subjective, je le concède volontiers, il y a les parents qui nous épient. Ceux qui croient encore et toujours que les enseignants sont des planqués de première. (Alors, il s’agit de les faire morfler un maximum !) Pour eux, la moindre peccadille sera examinée sous toutes ses coutures, histoire de savoir s’il n’y a au moins pas lieu de déposer une plainte. Il pourra s’agir là d’une improbable incohérence dans un bulletin ou alors d’une histoire de discipline que l’enseignant aurait, à leurs yeux, mal gérée. Il est question là de personnes qui pensent davantage à leur honneur, qui bien entendu est parfois remis en question, qu’à l’avenir de leur enfant. C’est dans cet ensemble de population que nous, enseignants, sommes appelés à évoluer. Heureusement pour nous, les deux premières catégories en représentent une très large majorité ! Ulrich Knuchel |