Directions d’établissement : le cumul des erreurs (3e partie/3)
Genève - 22/01/2010
Un retour sur plus d’une année de nouveau fonctionnement met en évidence le fait que les écueils ont été nombreux et que certains auraient dû être évités. Cette troisième et dernière partie de la réflexion ne clôt pas le chapitre. Souhaitons simplement qu’ensuite des enseignements seront tirés…
 
Surcharge de travail, grogne et épuisement professionnel seraient-ils le lot obligé de toute réforme ? Peut-être que le département de l’instruction publique (DIP) préfère laisser passer ce message plutôt que d’admettre la réalité et reconnaître l’incapacité de ses services à mettre en œuvre le changement.
Pas de petits chefs !
Le conseiller d’Etat a eu beau marteler qu’il ne tolérerait pas l’avènement de directeurs d’établissement (Dir-E) autoritaires et assoiffés de pouvoir, son discours est resté lettre morte. Une conception caporaliste de la fonction rebute et fait des dégâts – c’était déjà le cas par le passé avec quelques inspecteurs, mais à une échelle moindre. Aujourd’hui, certains Dir-E ont tout loisir (il faut bien s’occuper !) de convoquer à tout bout de champ des collègues pour des babioles, leur rappeler qui est le chef et leur chercher des poux dans la tête. D’aucuns ne souffrent pas qu’une idée autre que la leur puisse être exprimée et cherchent à couper les têtes qui dépassent. D’autres jouent sur l’affect (« vous m’aimez ou vous me quittez ! ») ; etc. Face à des ambiances détestables, des équipes ont eu le courage d’écrire. Mais la direction générale de l’enseignement primaire (DGEP) a couvert ses cadres en banalisant les doléances, les reléguant à des « problèmes de communication » qu’elle se faisait fort d’aplanir. Seules les équipes soudées, qui ne s’en sont pas laissé compter, ont, avec l’aide de l’association professionnelle et au prix d’un grand effort, obtenu gain de cause. Ailleurs, le corps enseignant s’est divisé, la loi du silence à commencer à s’installer, et les conflits perdurent. Si, par négligence, ces cadres aux compétences insuffisantes sont confirmés dans leur fonction à la rentrée 2010 (après deux ans de période probatoire), la situation des équipes actuellement en souffrance ne s’améliora pas, au contraire.
Girouettes régionales
L’évaluation des Dir-E révèle l’ampleur du malaise. Ce sont les cinq directeurs en charge des régions qui sont censés la faire, par délégation. Mais ceux-là ont été propulsés au dernier moment à cette pseudo fonction, sans cahier des charges. En effet, le conseiller d’Etat, faisant fi de la concertation, a décrété au printemps 2008, qu’il ne nommerait pas de directeurs de région, que ceux en place à la DGEP n’avaient qu’à se dédoubler et improviser. Du jour au lendemain, sans formation, ces cinq directeurs se sont vu attribuer la responsabilité d’une vingtaine de Dir-E. Outre le fait que ce suivi requiert des compétences qui ne sont pas innées, la nouvelle charge qui s’ajoute aux autres double en quelque sorte le volume de travail et a eu pour conséquence qu’aucune tâche n’a été assumée à satisfaction. Déboussolée, la DGEP n’a, dans nombre de cas, même pas eu l’occasion d’entendre l’avis de l’équipe enseignante sur la capacité du Dir-E à gérer l’établissement.
Les errances se répètent
Les multiples travers de la rénovation, depuis 1995 jusqu’à son quasi abandon en 2002, ont été analysés. Ils étaient censés être évités lors de cette nouvelle réforme. Les leçons du passé semblent cependant totalement ignorées. Le DIP continue à prétendre qu’il faut laisser du temps et ne prend aucune mesure corrective. Mais, finalement, si la réforme divise à nouveau, n’est-ce pas aussi tout simplement dû au fait que la DGEP conduit le changement à son corps défendant ? M. Didier Salamin, ancien directeur général, n’avouait-il pas, au moment de prendre sa retraite, que son pire souvenir[1] était le jour où il avait appris que les notes allaient disparaître ? Autant hier avec la rénovation qu’aujourd’hui avec le nouveau fonctionnement, un pilotage clairvoyant et convaincu fait défaut. Pour rire, relevons encore que lors de la première commission de fonctionnement, le 9 septembre 2005, les maîtres mots pour définir l’objectif étaient : « déhiérarchisation » et « désenchevêtrement ». Avec une DGEP nantie de tous les pouvoirs et un système opaque, plus bureaucratisé que jamais, c’est raté.


[1] Tribune de Genève du 27 déc. 2008, interview réalisée par Laurence Bézaguet
 
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