Directions d’établissement : le cumul des erreurs (2e partie/3)
Genève - 11/12/2009

Le nouveau fonctionnement de l’enseignement primaire ne produit pas les effets escomptés, au contraire. Source de démobilisation du corps enseignant, il convient d’essayer de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Nous poursuivons l’analyse entamée au numéro précédent.

Le département de l’instruction publique (DIP) est resté sourd face aux revendications exprimées depuis un an. Occulter les doléances, se réfugier derrières des bilans globalement positifs et prôner la fuite en avant ne résoudra pas grand-chose. Un certain nombre de faits objectifs existent et ils doivent être pris en compte.

Deux modèles qui s’opposent

En 2006, la SPG a réclamé une centaine de postes de directeurs d’établissement (Dir-E). L’association des inspecteurs genevois (AIG), elle, n’en voulait que la moitié. Le calcul de l’association professionnelle reposait sur l’idée d’attribuer une direction à 100% pour 16 classes. Cela correspondait à environ 105 postes. L’AIG a établi pour finir un scénario comprenant 57 établissements répartis sur 7 régions. Le conseiller d’Etat a tranché le 2 novembre 2006 en faveur de la SPG et un accord signé le 16 entre la direction générale de l’enseignement primaire (DGEP), la SPG et l’AIG, a entériné cette décision. Le problème, c’est que le modèle de directeur que défendait la SPG était opposé à celui de l’AIG. Le syndicat soutenait un modèle plus proche des responsables d’école (RE) qui, une fois l’échelon des inspecteurs supprimé, auraient pu assumer de vraies responsabilités, jouer un vrai rôle d’autorité vis-à-vis de l’extérieur et notamment des parents, et occuper cette fonction à plein temps. Cela constituait déjà une sacrée évolution de l’ancienne fonction de RE. Comme en France, ces directeurs auraient eu des attributions hiérarchiques importantes à l’exception de celle d’exercer un contrôle sur les enseignants de leurs équipes.

Un compromis boiteux

Ce modèle, pour qui nous avions proposé un traitement salarial inférieur à celui des inspecteurs (cl. 21 au lieu de 22), justifiait une quantité élevée de postes pour assurer un vrai soutien de proximité. Malheureusement, le nombre de directions d’établissement a été défini avant que le cahier des charges des directeurs ne soit rédigé. Et donc, dans un deuxième temps, c’est le modèle très hiérarchique voulu par l’AIG qui a été retenu, avec la classe salariale 24 à la clé. En ménageant les deux parties, le résultat est forcément hybride et peu convaincant. Actuellement, toutes les manières d’endosser la fonction de Dir-E peuvent être observées. Mais un nombre certain de Dir-E, comme par hasard ceux qui donnent plutôt satisfaction à leur équipe, se sentent en fait encore assez proches du modèle que défendait la SPG, c’est-à-dire qu’ils ont axé leur action sur les aspects pédagogiques, ont répondu aux préoccupations des enseignants, et laissé les tâches de contrôle de côté. Il serait toutefois naïf de penser que, si l’on ne change rien, cette sorte d’hétérogénéité se poursuivra. Non, la réalité rattrapera ceux qui ont su composer avec leur fonction et soit ils se plieront au mode de gestion managériale dominant, soit ils quitteront leur poste pour être remplacés par des personnes au profil plus « conforme ». Avant que les Dir-E ne forment un groupe de plus en plus homogène, davantage motivé par le management que par le leadership pédagogique, il faut soit diminuer drastiquement leur nombre soit modifier leurs responsabilités.

Un réservoir insuffisant

L’ambition d’engager d’un seul coup 93 Dir-E impliquait de disposer ou d’être capable d’attirer suffisamment de personnes ayant les compétences pour assumer cette fonction. Or, il a vite été avéré, le DIP l’a reconnu en premier, que les candidatures n’étaient pas à la hauteur des attentes. Le repêchage des dossiers a engendré une suspicion légitime envers l’ensemble des Dir-E. Là encore, garder une position rigide comme l’a fait le DIP en maintenant à tout prix son plan, alors qu’à l’évidence une proportion importante des futurs cadres supérieurs n’avait pas les qualités requises, ne peut être compris que comme une incapacité à anticiper, à reconnaître les défauts et à s’adapter. Mais refuser aussi ensuite – alors qu’un 10% de « déchet » avait été prévu – de se séparer des éléments inadéquats constitue un aveu de faiblesse pire. (à suivre)

 
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