Affiches contre les minarets :L’interdiction, preuve d’échec de l’éducation ?
Vaud - 20/11/2009
Et si les exécutifs des villes qui ont cru bon d’interdire l’affiche des défenseurs de l’initiative « Contre la construction des minarets » avaient tout simplement rejoint les initiants dans leur perception du peuple, considérant ce dernier comme immature et non éduqué ?
 
Si l’affiche « Stop aux minarets » - qui présente un drapeau suisse constellé de ce qui ressemble plus à des missiles qu’à un signal du lieu de prière et une femme en burqua - dérogeait à des normes juridiques, son interdiction relevait de la seule application la Loi.
Dans le cas contraire, les exécutifs des cités qui ont refusé son affichage ont pris le risque d’en sur-amplifier la portée, mais surtout de mettre en lumière le fait qu’ils considèrent le peuple comme non suffisamment éduqué.
 
Dans ce cadre, plus que jamais, il convient que l’école prenne ses responsabilités, et qu’il lui soient offerts les moyens d’atteindre les objectifs que le politique lui assigne. Qu’elle puisse réellement promouvoir la lecture de l’image et la connaissance des religions (dans une perspective culturelle et en termes de pratiques sociales), deux pans de la connaissance et de la compréhension du monde largement sous exploités sur les bancs scolaires. Qu’on l’invite à mieux développer, dès les premiers degrés, la mise en perspective des faits historiques et le débat argumenté.
Abreuvés à journée faite d’images le plus souvent réductrices ou métaphoriques, notamment par les journaux télévisés, nous - et a fortiori les élèves - n’en possédons qu’encore trop peu les clés de compréhension[1]. Le Plan d’études romand semble se refuser à faire de la lecture d’images une vraie discipline, inscrite à la grille horaire et dans laquelle les connaissances seraient susceptibles d’être évaluées, quand bien même chacun sait que ce ne sont pourtant qu’à ces seules conditions que cette lecture pourrait trouver sa vraie place à l’école. Cette politique de « petits bras » manque singulièrement de responsabilité.
En termes de connaissances des religions, l’approche reste du même acabit : caoutchouteuse et frileuse.
À l’heure où la question religieuse envahit l’espace social et médiatique et nourrit les échanges de ceux qui fréquentent encore les Cafés du commerce au matin, cette question semble pourtant essentielle. Elle nécessite certes un effort de belle envergure. Mais si l’on considère que les connaissances des enseignants restent trop fragmentaires, rien n’indique que celles-ci ne puissent pourtant être acquises ou renforcées. Rien ne sert de déclarer la fonction civilisatrice de l’école et de refuser d’en donner les moyens à ses acteurs.
Enfin, quand bien même le débat argumenté relève des objectifs formels de l’école, tout porte à croire que sa pratique - difficile à mettre en musique dans la classe, en tout cas à l’oral - n’est pas aussi développée que certains semblent le croire. Ne pourrait-on pas dégager quelque espace au sein du temps consacré, dans la classe de français, aux règles de grammaire, aux tableaux de conjugaison, aux exceptions orthographiques… ?
Certains désirent que l’école - et pourquoi pas - resserre ses objectifs sur les fondamentaux.
Comment ne pas défendre alors le fait que la compréhension des messages véhiculés par l’image et celle des causes et conséquences de phénomènes historiques - dont le fait religieux - relèvent du centre de ses missions ?
Comment ne pas militer pour que les facultés d’expression et de discernement, la défense de la raison contre l’envahissement de l’irrationnel, s’y développent de manière à en faire émerger une nouvelle et responsable citoyenneté ?
Certes, répondra-t-on, le haut niveau d’éducation des élites allemandes des années 30 et le fait que celles-ci soient récipiendaires d’une culture européenne de haut vol n’ont pas empêché le triomphe momentané du nazisme.
Il n’empêche. Quand bien même la défense de l’Etat de droit a sa part dans le rempart qu’il convient de dresser contre les dérives que l’on s’attache par paresse à nommer « populistes », l’éducation de tous reste la meilleure des défenses contre la barbarie.
S’il advient un jour pour toutes et tous, ce haut niveau d’éducation conduira à considérer la question même de la possible interdiction de diffuser les messages outranciers comme définitivement caduque.


[1] A l’heure où elle s’interroge sur une signalétique « à la française », indiquant les âges requis pour regarder une émission, la TSR se dirige-t-elle vers une mise en garde du Téléjournal pour les moins de 16 ans ?
 
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