Mon sentiment général sur l’école est mitigé et comporte deux aspects. L’un plutôt sombre et l’autre plus lumineux. D’un côté, nous pouvons constater qu’à Neuchâtel, en Suisse et dans de nombreux pays la proportion des ressources collectives allouées à la formation de la jeunesse est en diminution. Beaucoup de politiciens au pouvoir aujourd’hui refusent d’octroyer à celles et ceux qui leur succéderont la même qualité de formation que celle dont ils ont pu bénéficier. Nous connaissons aussi une rupture dans la transmission de notre héritage culturel et religieux parce que nous vivons la fin de la domination culturelle des valeurs humanistes issues de la civilisation gréco-romaine et celle des religions révélées dont les poussées extrémistes sont malheureusement le signe. Bouleversements colossaux qui ne sont pas sans conséquences sur l’école. Les inégalités sociales sont également reparties de plus belle après la période d’après-guerre qui avait, comme jamais auparavant, égalisé quelque peu les conditions d’existence et surtout d’espérance des différentes classes sociales. Le creusement des inégalités, dynamique naturelle liée au besoin de hiérarchie et de différenciation sociale propre à la race humaine, joue un rôle non négligeable dans les attaques que subit l’école publique. L’ascenseur social est en panne et ce n’est pas l’école qui peut le faire redémarrer. Et il est vraiment injuste de le lui reprocher. L’école, au mieux, ne fait que reproduire les inégalités sociales. La thèse de Bourdieu sur la reproduction sociale, et le rôle central de l’école dans celle-ci, me paraissait quelque peu caricaturale quand je l’ai découverte pendant mes études. Mais plus j’enseigne, plus elle m’apparaît pertinente ! Je poursuis avec une face plus lumineuse. Dans une société comme la nôtre, il faut bien reconnaître que l’école n’est plus l’unique vecteur de la transmission des connaissances culturelles, religieuses ou scientifiques. Une part toujours croissante de nos concitoyens dispose d’un bagage culturel et intellectuel important, surtout grâce à la démocratisation et l’allongement des études si souvent et injustement décriés. Le développement intellectuel et la réussite scolaire des enfants dépendant beaucoup plus de leur milieu social et familial que de l’école qu’ils fréquentent, il est clair que l’évolution d’une bonne part de notre jeunesse, jouissant d’un encadrement extra-scolaire épanouissant, est plutôt positive. Et voici mon petit commentaire sur l’école obligatoire et particulièrement sur son école secondaire. Le maillon fort de l’école obligatoire neuchâteloise est son école primaire. Mais attention à ne pas trop augmenter les effectifs de classe et à multiplier ses missions sans en retrancher d’autres. L’introduction d’HarmoS renforcera et modifiera profondément l’école enfantine de notre canton. Les structures de notre école secondaire apparaissent quant à elles aux yeux du comité cantonal de notre syndicat comme totalement dépassées. Notre cycle secondaire sélectif n’amène aucun avantage aux bons élèves et il discrimine fortement les moins bons. La sélection précoce n’a rien d’une orientation. L’appartenance à une filière prévaut sur les capacités scolaires réelles des élèves. Ce ne sont par exemple pas uniquement les meilleurs élèves du canton qui entament une maturité académique, mais la très grande majorité d’une volée issue de la section maturité, avec naturellement des taux d’échec importants en fin de première année de Lycée. Beaucoup d’élèves de la section moderne vont entamer des études longues et n’y sont pas toujours préparés. Les élèves fragiles ou en délicatesse avec l’école que l’on retrouve dans les classes préprofessionnelles et terminales exigent un encadrement bien supérieur que s’ils évoluaient dans des classes hétérogènes. Et les moyens ont du mal de suivre en période de restrictions budgétaires. Inspirons-nous de nos amis valaisans qui renforcent encore un peu plus la qualité de leur système scolaire en passant à une école secondaire intégrée, donc sans filière, avec des cours à niveaux pour les branches fondamentales ! Une école obligatoire de 11 années qui mènerait tous les enfants, quelles que soient leurs capacités, aussi loin que possible sur les chemins de la connaissance n’est-elle vraiment qu’une utopie ? Pour terminer, mon évaluation des structures de l’école secondaire dans le canton de Neuchâtel : mention clairement insuffisante Cette évaluation ne porte que sur les structures de l’école secondaire. Dans le cadre qui leur est imposé, le corps enseignant et les directions d’école font du bon travail. John Vuillaume |