Directions d’établissement : le cumul des erreurs (1ère partie/3)
Genève - 20/11/2009
L’enquête menée par la SPG en automne 2008[1] avait d’emblée révélé les faiblesses et défauts du nouveau fonctionnement instauré trois mois auparavant. Mais, soi-disant, ces observations intervenaient trop tôt. Il fallait laisser du temps au temps, permettre au système de s’installer et de s’ajuster. Alors, maintenant qu’une année s’est écoulée, où en est-on ?
  
La mise en place du nouveau fonctionnement de l’enseignement primaire à la rentrée 2008 n’a pas laissé de place à la critique. Ainsi, les propositions faites dès le début par l’association professionnelle, la seule à même de les formuler en consultant au plus près sa base, ont été ignorées par les autorités. Au prétexte qu’il était prématuré de demander l’avis du corps enseignant, aucune vraie correction n’a été apportée, comme cela aurait pu ou dû être le cas, dès janvier 2009. Aujourd’hui, un an plus tard, il est intéressant non pas d’essayer de prouver que le syndicat avait raison avant l’heure mais de tenter d’essayer de comprendre comment un tel écart peut se produire entre ce qui est attendu au départ d’une réforme, dont les principes ont été négociés, et la réalité observée peu de temps après lors de sa mise en application. L’analyse qui suit montre cependant, en s’attachant à des points-clés, que les reproches étaient fondés et que le mécontentement des maîtres aurait mérité d’être pris au sérieux. Les éléments nouveaux, qui ne pouvaient être connus à l’époque de l’enquête, expliquent et renforcent a posteriori la justesse du profond sentiment d’insatisfaction exprimé alors, et qui perdure.
27 élèves en plus – 27 classes fermées
Difficile de ne pas juxtaposer ces deux nombres que le hasard a voulu identiques : pour chaque élève supplémentaire, une classe a disparu en août 2008. Cette équation n’a, bien entendu, aucune validité mais symbolise une erreur fondamentale du département de l’instruction publique (DIP). En effet, tabler sur une baisse du nombre d’élèves afin de conserver les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’une réforme relève d’une politique hasardeuse. Certes, 27 élèves en plus, c’est peu en regard des quelque 33'500 élèves que compte l’enseignement primaire. Mais c’est loin des prévisions qui annonçaient une diminution de 283 élèves. A nouveau, il a fallu absorber une quantité critique d’élèves (+ 310) qui n’étaient pas prévus, sans aucun ajustement des ressources. Les conditions de travail se sont donc dégradées à cause de la mise en place des directions d’établissement et le corps enseignant l’a ressenti durement. Le DIP, lui, n’a pas pu tenir son engagement et le taux d’encadrement fixé à 17 élèves au maximum pour 1 poste d’enseignement a été dépassé (17,07 au lieu du 16,90 visé). Il faudra même plus de six mois pour corriger en partie ce manque en saupoudrant in extremis, au dernier trimestre, des bouts de postes d’appui aux quatre coins du canton.
Conditions de réussite mises à mal
Engager une réforme en supprimant simultanément les moyens – ou sans en disposer suffisamment – est la plus sûre façon de la faire capoter. C’est exactement ce que nous avions vécu avec la rénovation. Demander un effort important aux acteurs principaux, les enseignants, tout en leur coupant les vivres ne peut que conduire à la démotivation. Affamer les troupes pour les rendre plus agressives au combat est un procédé d’un autre âge, et surtout d’une autre institution… Il était donc convenu que nous ne nous engagerions pas sur la voie d’une nouvelle désillusion et que la condition première de réussite consistait à garantir les moyens. Las, le DIP a préféré invoquer la fatalité et imposer un changement sans revoir le scénario, en taillant dans les forces au front, mais en se gardant bien, par exemple, de toucher à un seul poste de directeur… Le choix du DIP d’aller de l’avant malgré des ressources insuffisantes n’est pas nouveau. Mais cette constance conduit plus sûrement au désastre et à la régression qu’au progrès. Demain, les autorités joueront la même partition avec la future réorganisation de l’enseignement spécialisé, prévue pour la rentrée 2010. Il faut s’y opposer dès maintenant et œuvrer aussi, car il est encore temps, pour rétablir un fonctionnement plus acceptable, davantage équitable et surtout moins aberrant que celui qui régit notre niveau d’enseignement depuis seize mois. (à suivre)


[1] Synthèse des résultats de l’enquête (15 déc. 2008, 16 pages) disponible sur le site de la SPG, sous AD du 10 nov. 2008
 
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