La ligne verte
Vaud - 30/10/2009
L’affaire a fait du bruit : un établissement de la commune de Morges a estimé qu’il était bon de réguler l’accès des parents à ses préaux par une ligne verte tracée au sol.
Nous avons dit ailleurs que cela nous semblait une bêtise. Il s’agit maintenant localement de reconstruire la confiance et plus largement de tirer les leçons de cette affaire.
 
La barrière n’est pas que symbolique : Au collège de la Gracieuse, à Morges, le parent qui s’aventurerait au-delà de la ligne verte qui marque le territoire scolaire est passible de dénonciation au préfet.
A ce stade, des éléments manquent pour comprendre ce qui a conduit à cette décision lourde de conséquences. Notamment, l’histoire locale et en particulier celle qui a régi au fil du temps les rapports entre les familles, les enseignants et la direction du lieu.
Pourtant, cette affaire, quelle qu’en soit ses fondements, ne nous semble pas relever du simple fait divers scolaire.
Il y a belle lurette que nous essayons de rendre attentifs les partenaires - qu’ils se situent du côté de la Barre ou au sein du comité de l’association vaudoise des parents d’élèves - à la nécessité d’engager un vrai débat sur les champs de compétences respectives des familles et de l’école : si cette ligne verte est apparue, c’est bien qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la sérénité qui devrait prévaloir à la coopération entre parents et acteurs scolaires.
Il s’agit maintenant d’empoigner cette question à la hauteur de son enjeu principal, selon lequel parents et enseignants ne devraient posséder qu’un seul unique et commun objectif: le bien scolaire de l’enfant-élève et sa réussite.
 
Pour le comité de la SPV, l’école ne peut pas (plus) être un château fort et menacer de ses marmites d’huile bouillante celles et ceux qui désireraient que se lève un tant soi peu son pont-levis. L’école doit pouvoir trouver les lieux adéquats pour expliquer quels sont ses objectifs et le cadre légal dans lequel ceux-ci prennent place. Les enseignants doivent y pouvoir exposer sans crainte leurs pratiques.
Les familles, de leur côté, doivent pouvoir partager avec les enseignants leurs soucis relatifs aux difficultés que pourrait rencontrer l’enfant dans l’école. Que ces difficultés - ou ces réussites - relèvent de l’apprentissage ou de questions plus éducatives.
Pour ce faire, les relations doivent être régulées et formalisées. En temps et en lieux.
Comme le rappelle Bernard André, formateur à la HEP[1], les limites respectives peuvent être considérées comme une condition indispensable à l’établissement d’un dialogue serein et productif. Encore faut-il que ces limites relèvent d’une définition commune et préalable de ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas.
Dans ce cadre, les normes légales doivent surtout préciser quelles sont les conditions d’accès aux bâtiments. C’est d’abord une question de sécurité des enfants confiés à l’école.
Au-delà, nous serions tentés de penser que tout est possible localement.
Mais à la condition expresse que le cadre soit fixé en commun, puis respecté de tous, et que le degré d’ouverture de l’école aux parents relève d’une politique d’établissement où toutes et tous puissent se sentir à l’aise. Il est quand difficile d’expliquer pourquoi telle classe serait ouverte en tout moment alors que sa voisine resterait fermée comme une huître. Pourquoi ne pas charger le Conseil d’établissement d’explorer cette question et de proposer des solutions concertées, lui qui se cherche du grain à moudre …!
Il convient surtout que chacun puisse s’exprimer au plus profond de ses attentes.
 
Enfin, la décision morgienne réinterroge les responsabilités respectives de l’Etat et des communes. Comme pour les caméras de surveillance, c’est bien une commune qui est intervenue sur le cadre de travail d’enseignants dont l’employeur reste l’Etat. Il y a là aussi des éléments à renégocier. Il serait bon que la nouvelle loi scolaire prenne en compte ces questions.
Contrairement à ce qu’a outrageusement exprimé l’éditorialiste Sandra Jean[2], bon nombre de « ces messieurs dames les pédagogues » estiment que le dialogue avec les familles doit primer.
Oui, dans ce sens, la décision de tracer cette ligne verte, par son aspect vexatoire, est une vraie erreur.


[1] Le Matin, 29 septembre 2009
[2] ibidem (« circulez svp « )
 
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