Ce sont certaines observations et réflexions dans la salle des maîtres lors de sa vie de stagiaire qui ont interpellé Caroline Sperisen et qui l'ont amené à s'interroger sur la possibilité du maintien à long terme du plaisir d'enseigner. Son impression - corroborée par d'autres sources - que certains enseignants plus âgés n'étaient plus vraiment motivés, plutôt découragés et parfois même quelque peu amers, était-elle juste ? Pourrais-je faire cela toute ma vie s'est-elle alors demandé ? Elle a donc cherché une réponse … Ainsi, après son diplôme de Bachelor à l'HEP, Caroline Sperisen a décidé de poursuivre directement ses études à l'Université de Fribourg, en Sciences de l'Éducation et a choisi ce thème comme travail de Master en "Innovation et Formation". Aujourd'hui, elle partage son temps entre la recherche et l'enseignement. Comme Assistante de Recherche à 50% à l'IRDP, elle travaille sur le projet "Épreuves Romandes Communes" sous la direction de Madame Viridiana Marc et, comme enseignante à 40 %, à l'École Libre Publique à Fribourg (ELP), elle enseigne en première et deuxième année primaire de la partie francophone. Expériences et lectures instructives Son mémoire, intitulé : "Le vécu professionnel des enseignants.e.s en fin de carrière", réalisé sous la direction de Mme Dr Jacqueline Monbaron, a donc constitué le moyen d'approcher une réponse à cette fondamentale question de la capacité à maintenir une forte motivation professionnelle tout en gardant le plaisir d'enseigner. Au-delà des nombreuses conversations et échanges avec des enseignants de tous les degrés, Caroline Sperisen s'est particulièrement attachée, dans ses recherches bibliographiques initiales, aux auteurs qui ont réfléchi et travaillé dans la même direction. Elle a notamment retenu les théories de Riverin-Simard, de Duchesne et Savoy-Zjac et d'Hubermann. Chez Riverin-Simard, elle s'est surtout intéressée aux dernières "planètes" du "voyage interplanétaire" que propose cette auteure pour traduire les étapes de vie au travail et, en l'occurrence, s'interroger sur la finalité de la vie professionnelle et personnelle des enseignants. Avec Duchesne et Savoy-Zjac, elle a pu prendre en compte et analyser le processus de développement et le maintien de l'engagement professionnel ciblé sur l'enseignement au travers de deux types de stratégies : l'une dans le savoir-être et dans la relation avec les élèves, l'autre dans le comportement et dans l'art de garder la motivation pour une action vers de nouveaux moyens, de nouvelles pédagogies. Enfin, auprès d'Hubermann, elle a découvert une analyse approfondie du cycle de vie professionnelle des enseignants du secondaires 2 ainsi que des phases de désengagement en fin de carrière. Enquête Suite à ses lectures, elle a alors élaboré des hypothèses telles que :"Les enseignants en fin de carrière se désengagent progressivement de la profession" et cherché à les vérifier par une enquête par interviews auprès de 15 enseignants ayant 35 ans de carrière ou plus. Pour ce faire, elle a créé un guide d'entretien comportant autant des questions ouvertes (qualitatives) que fermées (quantitatives). Elle parvient à la conclusion que ces enseignants sont encore très motivés, satisfaits, plein de projets, engagés autant dans l'être que dans l'agir et prêts, au-delà de la retraite, à coacher leurs collègues plus jeunes. Son analyse lui a permis notamment de constater que l'évolution de l'engagement était progressive pour le travail avec les élèves mais, pour tout ce qui est relatif aux nouveautés imposées, projets d'écoles et travaux administratifs, cette évolution était plutôt négative. Pour certains, il y a beaucoup trop de temps perdu en discussion de groupe. Conclusion Au terme de cette étude, si les résultats sont plutôt positifs et meilleurs que ceux qu'elle postulait, Caroline Sperisen reste toutefois prudente. La nature et la relative faiblesse de l'échantillon audité et les particularités propres aux techniques employées l'amènent à relativiser l'image obtenue. Reste que cette étude lui a permis un certain optimiste et lui a donné l'envie d'en savoir plus. Ainsi, elle trouverait intéressant à lancer un nouveau sondage afin de contrôler ses résultats et obtenir une vision plus globale, et probablement, encore plus réaliste du problème. Comme Caroline souhaite poursuivre sa vie professionnelle entre recherche et enseignement, qui sait …! |