Le taux d’encadrement, tel qu’il est défini actuellement, ne répond pas vraiment aux attentes des acteurs de l’enseignement primaire. Mais, avant de changer les paramètres à prendre en compte dans le calcul du ratio élèves/postes d’enseignement, il faudrait savoir à quels chiffres se fier… Diviser le nombre d’élèves par le total des postes d’enseignement pour arriver à un résultat égal ou inférieur à 17 paraît simple. Plusieurs problèmes sont toutefois récurrents. D’abord, comme il s’agit d’une moyenne cantonale, cela engendre une certaine confusion auprès des écoles qui le dépassent. Grosso modo, le taux d’encadrement va de 14, pour les établissements du réseau d’enseignement prioritaire (REP), à 20, pour ceux dits privilégiés. La mise en place progressive du REP (1 établissement en 2006 ; 15 en 2009) a suscité des craintes légitimes car l’octroi de ressources supplémentaires aux uns se fait censément au détriment des autres. En effet, la logique des vases communicants prévaut alors qu’une véritable discrimination positive consisterait à donner davantage aux défavorisés sans rien enlever aux autres… Toutefois, l’effet « REP » est à relativiser vu que les établissements qui ont rejoint le réseau connaissaient déjà, du fait de leur contexte social connu (forte proportion de critères socioprofessionnels inférieurs), un taux plus favorable. Ensuite, la répartition des moyens existants oblige à certaines aberrations. Des pommes et des poires… En prenant en compte dans le calcul les postes de titulaires de classes (TIT), de soutien pédagogique (ECSP) et de maîtres spécialistes (MS), on se retrouve contraint à équilibrer sans cesse dès qu’une des trois variables est modifiée. Pourquoi l’ouverture d’une classe dans un bâtiment quelconque du canton, sûrement pour une raison évidente, obligerait-elle la suppression d’un poste de MS ? Les prestations délivrées par les MS sont dues à tous les élèves, en quantité égale. Si le quota de MS dont chaque élève doit bénéficier durant son cursus scolaire était clairement défini, les postes seraient attribués en fonction du nombre de classes. Laisser dans la même balance les postes de MS et d’ECSP obligera à terme les équipes à procéder à des choix douteux. Enfin, il faut aussi savoir que sur le nombre de MS annoncé, certains postes ne sont pas au front des classes (Les Arts et l’enfant) et d’autres sont en fait occupés par des psychomotriciens… Dans cet embrouillamini, il est difficile de s’y retrouver. Il conviendrait donc de modifier le calcul du taux et, surtout, de s’accorder sur un seuil à ne pas dépasser, voire une fourchette, qui garantirait des conditions d’enseignement acceptables, propres à la réalité actuelle. Le département semblait acquis à cette évolution et prêt à entamer une négociation mais, pour l’instant, il faut bien reconnaître que les pistes restent brouillées. Encadrement dégradé par le nouveau fonctionnement Sur le site du département de l’instruction publique (DIP), on trouve ce paragraphe assez surprenant (communiqué du 4 juin 2008) : Avec la nouvelle réorganisation de l'enseignement primaire – et donc en comptant les directeur-trice-s –, le taux d'encadrement des élèves s'établira en moyenne à 15,86 élèves par poste lors de la rentrée 2008. Dans les établissements du REP, il sera de 13,58. Ainsi que l'a souligné Charles Beer, «l'encadrement des élèves sort renforcé de la nouvelle organisation». Intégrer sans consultation les postes de directeurs d’établissement (Dir-E) dans le calcul du taux n’a pas de sens ; pourquoi ne pas y mettre aussi les éducateurs sociaux, les secrétaires, les classes d’accueil, etc. et la direction générale, pendant qu’on y est ? Il faut aussi se souvenir que l’an passé, vu l’incapacité des directions à établir un compte rendu de la situation des établissements, les chiffres les plus fous avaient circulé (des écarts de 400 élèves en plus par rapport aux prévisions avaient été annoncés). En réalité, alors qu’une baisse de 200 élèves avait été prévue par le service de la recherche en éducation (SRED), le primaire en avait accueilli 27 en plus. Augmentation modeste, certes, et qui n’aurait pas posé de problème s’il n’y avait pas eu dans le même temps 27 classes qui avaient été fermées… Avec un taux à 17.07, il manquait 8 postes il aura fallu attendre six mois pour les obtenir. Ces situations intolérables sont amenées à se répéter si on ne trouve pas des garde-fous rapidement. (à suivre) |