Ce prochain 27 septembre, selon toute vraisemblance, le peuple vaudois validera l’obligation faite aux communes de mettre en place des structures d’accueil de jour pour l’ensemble des élèves. Ainsi, au moment même où de nombreux spécialistes de l’enfance tentent de réhabiliter l’autorité et la présence parentale[1], sera consacrée populairement l’orientation selon laquelle le modèle libéral - qui exige de dégager un maximum de temps consacré au travail rémunéré - conduit immanquablement à la prise en charge de plus en plus large des enfants par des spécialistes de la garde et de l’accompagnement éducatif. Métaphore éclatante de nos attentes paradoxales, la votation du 27 septembre nous apparaît donc exemplaire. Moins d’impôts ! revendique le peuple ; qui exige - en même temps - que le nombre et la qualité des prestations offertes soient toujours à la hausse. Qui parle des millions de francs que pourrait coûter aux communes, donc au contribuable, l’accueil de jour tournant à plein régime ? « Des activités parascolaires proposées du matin au soir !… », supplient des familles, qui, parallèlement, militent pour le maintien de la petite classe unique du village. Même si c’est artificiellement que cette classe est maintenue par un large ratissage et que l’accueil de jour oblige à la création de centres scolaires. « Des cantines, oui, et vite ! » Simultanément des voix se font déjà entendre afin que persiste la possibilité de rentrer à domicile le midi, qui demandent en conséquence le maintien d’une longue pause et l’organisation de transports scolaires à cet effet… Dans ce contexte, l’école est désormais la cible d’une hyper exigence parentale, revendiquée par les familles comme une réponse expiatoire à de culpabilisantes déficiences ou absences en matière éducative. L’exigence du respect des valeurs et des rythmes de chacun, même si ces rythmes et ces valeurs sont multiples, opposées ou contradictoires. L’exigence d’un cadre strict, à respecter, mais, concurremment, la multiplication des demandes de congé d’agrément ou la revendication de pouvoir moduler les devoirs à domicile en fonction des activités extrascolaires de chaque enfant. L’exigence de la sévérité et de l’effort enfin, mais aussi, en tout temps et sur tout objet, le droit de remettre en question l’attitude de l’enseignant et le cadre réglementaire. Bien fou celui qui pense que l’école puisse répondre à satisfaction à tant d’incohérence, de paradoxes et d’antithèses ! L’école supermarché ? Nous y sommes. Ou presque. Le 25 août, la Cheffe du DFJC a présenté ce que pourraient être les grands axes de la future Loi scolaire vaudoise (projet Harmos) et relancé les travaux y relatifs, suspendus en avril dernier afin d’établir une première synthèse des grandes options possibles. A ce stade, ces options restent toujours ouvertes, et pourraient s’inscrire dans les positions adoptées par l’AD de la SPV en 2008 (re-scolarisation, suppression du redoublement et des filières au profit de niveaux au secondaire I, notamment…). Nous y reviendrons tout soudain. En principe, après un dernier tour de manège au sein des groupes de travail, l’avant-projet de loi sera mis en consultation cet hiver. Ainsi, comme dit celui qui tombe alors que le sol se rapproche: Pour l’instant, tout va bien… ! Car il ne reste rien de moins qu’à convaincre le Conseil d’Etat, le Grand Conseil et au final le peuple - sans parler de bien des enseignant-e-s ! - qu’il est plus que temps de redonner de l’air à l’école vaudoise. Alors que les élections de 2012 agitent déjà les esprits, la bataille politique a en effet déjà commencé. Les radicaux notamment sont fébriles (mise en cause de l’école le jour de la conférence de presse du DFJC, interventions parlementaires demandant une discipline renforcée, plus de français, plus de maths, plus d’anglais…). C’est vrai qu’il doit être tentant de tout mettre en oeuvre pour faire échouer Mme Lyon, qui, jusqu’à ce jour, a conduit et fait conduire le projet de future loi d’une manière très habile. Par exemple en excluant du texte à venir toute modification signifiante du statut et du pensum des enseignant-e-s ! Rendez-vous en janvier 2010 pour une assemblée générale de la SPV qui pourrait sur ce chemin s’avérer une étape décisive !
[1] « Faites des choses avec les enfants et emmenez-les dans les bois… », résumait la psychanalyste Jeanne Moll, lors de la journée des Centres thérapeutiques de jour du 10 juin dernier consacrée à la « fonction contenante » |