Le taux d’encadrement représente un indicateur essentiel, plus important que la moyenne d’élèves par classe. Il est censé garantir l’octroi de postes d’enseignants en suffisance par rapport au nombre d’élèves. Mais il faudrait d’abord savoir si la norme est convenable et comment elle s’est imposée… Rappelons que pour l’enseignement primaire, le taux d’encadrement se calcule en divisant le nombre d’élèves par le nombre de postes d’enseignement. Entrent dans le calcul les enseignants titulaires de classe (TIT), ceux chargés de soutien pédagogique (ECSP) et les maîtres spécialistes (MS). Les élèves et les postes de l’enseignement spécialisé, ainsi que les titulaires de classe d’accueil (CLAC), ne sont pas pris en compte. Le résultat de l’opération doit être égal ou inférieur à 17. Cela signifie que pour dix-sept élèves de l’enseignement ordinaire, il y a au minimum un poste d’enseignant à plein temps. Concrètement, s’il y avait 33'507 élèves à la rentrée 2009, il devrait y avoir au moins 1'971 postes TIT-ECSP-MS. Mais qui a décrété que le chiffre de 17 était acceptable ? Sérieuse alerte en 1998… A l’origine de ce seuil à ne pas dépasser, il y a une motion (M 1237) déposée le 6 octobre 1998. Deux députées s’étaient émues à juste titre du fait que, entre 1991 et 1998, l’enseignement primaire avait dû accueillir 5'077 élèves de plus alors que, dans le même temps, le nombre d’enseignants n’avait augmenté que de 21 postes. Les auteurs de la motion estimaient que pour rétablir la situation il fallait engager quelque 300 enseignants. La diminution drastique des prestations dispensées par les MS et les généralistes non titulaires (GNT) était dénoncée. En effet, comme il n’était pas possible d’entasser 30 élèves ou davantage par classe, ce sont essentiellement les postes de MS et d’appui qui ont été supprimés. La commission de l’enseignement et de l’éducation a finalement traité cette motion durant l’année 2000 et rendu son rapport le 13 novembre. Le département de l’instruction publique (DIP), déjà fataliste et ayant largement contribué à sabrer les moyens destinés à l’Ecole, admettait qu’il n’était pas possible de laisser les conditions se dégrader encore plus mais n’arrivait pas à envisager de les corriger véritablement. Il concédait que le nombre d’élèves était passé de 27'525 en 1991 à 33'442 en 1999 (+ 5'917) et que le nombre de postes d’enseignement, lui, avait évolué seulement de 1'936 à 1'977… (+ 41). La solution consistait ainsi, selon lui, à considérer la situation de l’époque comme une limite à ne pas dépasser. Avoir un taux d’encadrement à 17 n’était pas un objectif en soi, c’était surtout la ligne rouge à ne pas franchir. Aujourd’hui, on entend plutôt une autre chanson… …et toujours pas d’amélioration Malgré les chiffres contradictoires que l’on trouve dans le texte du rapport de 2000, laissant par là supposer qu’à l’époque c’était déjà la croix et la bannière pour obtenir des informations fiables, certaines données fournies par le DIP sont frappantes et méritent d’être rappelées. En 1991, le taux d’encadrement se situait à 14,2. En 1999, il y avait 1'615 classes (= TIT), 136 GNT et 226 MS, soit 1'977 postes pour 33'442 élèves. Le taux d’encadrement était donc de 16,9 et la moyenne d’élèves par classe à 20,7. Dix ans plus tard, en 2009, la moyenne d’élèves par classe s’est un peu améliorée (20.26) mais le taux d’encadrement ne cesse de flirter avec les limites (17.01). Pour 33'500 élèves annoncés en 2009 (+ 58 par rapport à 1999), il y aurait 1'653 classes (+ 38), 111 ECSP (- 25) et 205 MS (- 21). On constate que, pour assurer des conditions minimales d’enseignement et ne pas trop surcharger les effectifs de classes, ce sont les MS et les ECSP qui continuent à fondre comme neige au soleil. Une seule classe à 28 élèves dans le canton et c’est l’émoi généralisé, le branle-bas de combat, et l’on voit le conseiller d’Etat ouvrir généreusement une classe. Mais que des élèves n’aient plus de soutien pédagogique, plus de couture ou de musique, là, c’est moins visible, plus diffus, et le grignotage continuel permet d’user de phrases passe-partout du style : « le nombre de MS est stable par rapport à l’an passé ». Damme, c’est simplement qu’il n’est pas possible de descendre encore quand on est au fond du trou ! Mais peut-être que des managers bien inspirés vont essayer de le creuser davantage… (à suivre) |